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Économie

Sans surprise, le Liban annonce qu’il fera défaut sur l’ensemble de sa dette en dollars

Eurobonds

Le ministère des Finances planifie d’effectuer une présentation aux créanciers vendredi prochain.

K.O. | OLJ
24/03/2020

Le Liban, confronté à une crise financière inédite, ne remboursera pas l’ensemble des eurobonds, soit 29 séries, a annoncé lundi le ministère des Finances. Le pays, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit 170 % du PIB, avait déjà annoncé le 7 mars qu'il ne paierait pas une première tranche de sa dette, d'un montant de 1,2 milliard de dollars qui arrivait à échéance le 9 mars, marquant ainsi le premier défaut de paiement de son histoire.
"Le Liban a annoncé le 7 mars sa décision de suspendre le remboursement des eurobonds d’une valeur de 1,2 milliard de dollars qui arrivaient à échéance le 9 mars, avec un intérêt de 6,375 %, en vue de préserver ses réserves en devises. Dans ce même but, et en raison des pressions croissantes s’agissant du recours aux devises, le gouvernement a décidé d’arrêter le remboursement de l’ensemble des eurobonds", a écrit le ministère des Finances dans un communiqué.

La dette en dollars du Liban s’élève à 33,7 milliards de dollars, soit plus de 33 % de sa dette publique totale. Le Liban a au moins une échéance à honorer par année jusqu’en 2037, à l’exception des années 2029, 2033, 2034 et 2036.

Cette annonce du ministère des Finances ne surprend point, car en déclarant il y a deux semaines un défaut de paiement sur la série de mars, sans avoir au préalable trouvé un accord avec ses créanciers, le gouvernement savait qu’il s’exposait à un "cross-default" : en faisant défaut sur une série d’eurobonds, le Liban verra les détenteurs des autres séries d’eurobonds accélérer leurs maturités et exiger un remboursement immédiat.

Le ministère des Finances a donc une nouvelle fois souligné que le gouvernement souhaite mener des négociations "de bonne intention" avec ses créanciers dans les plus brefs délais. C’est pourquoi, le ministère des Finances planifie d’effectuer une présentation aux créanciers (Investor Presentation) le vendredi 27 mars. Des orientations dans ce sens ont été communiquées aux conseillers financiers du Liban, soit le cabinet Lazard, afin qu’ils entament les préparatifs adéquats en vue de faciliter ces négociations. Les informations à destination des créanciers seront publiées sur le site du ministère des Finances, ajoute le communiqué.

Les détenteurs des eurobonds sont la Banque du Liban (BDL), les banques locales et les investisseurs internationaux. Des représentants des principaux détenteurs d’eurobonds sont censés se regrouper au sein d’un ou plusieurs comités pour négocier avec l’État les termes de la restructuration, soit les nouveaux termes d’un remboursement. En général, une restructuration de la dette signifie que de nouvelles séries d’eurobonds sont émises avec des dates de maturité plus longues, une réduction des intérêts et souvent du principal. Les séries existantes sont alors échangées contre les nouvelles séries. Mais les nouveaux termes ne seront pas forcément les mêmes pour l’ensemble des séries d’eurobonds. Cela dépend aussi des représentants des principaux détenteurs d’eurobonds de chaque série, de leur disposition à négocier et à accepter les nouveaux termes proposés par le gouvernement. À l’issue des négociations, les termes de la restructuration doivent être approuvés par une majorité de 75 % des détenteurs pour chaque série, votant série par série.

En parallèle, "le gouvernement prendra toutes les mesures qu’il jugera nécessaire pour la gestion des réserves limitées en devises du Liban, et ce avec sagesse et précaution". Lors de son discours prononcé le 7 mars, Hassane Diab avait reconnu, pour la première fois officiellement, que "les réserves (en devises de la Banque du Liban) ont atteint un niveau critique et dangereux". Quelques jours plus tard, le ministre des Finances, Ghazi Wazni, avait affirmé que la Banque centrale "a 29 milliards (de réserves en devises), dont 7 milliards qu’elle a prêtés au secteur bancaire" pour lui permettre de renflouer ses liquidités. Sur les 22 milliards de dollars restants à la disposition de la BDL, environ 18 milliards sont des réserves obligatoires que les banques doivent déposer à la Banque centrale, ce qui signifie que celle-ci ne détient plus qu’environ 4 milliards de dollars "utilisables". Même si, selon plusieurs responsables politiques et experts financiers, la BDL peut également utiliser les 18 milliards de réserves obligatoires des banques.

L’Exécutif réitère enfin son engagement "ferme" en vue de lancer les réformes économiques et indique qu’un plan de relance est en cours d’élaboration, en vue de remédier à la situation actuelle et de permettre la naissance d’une économie durable, a indiqué le ministère des Finances. Ce plan tripartite a pour objectifs : l’assainissement des finances publiques à travers notamment une restructuration de la dette publique et la mise en œuvre d’une série de mesures budgétaires ; la création d’un environnement propice à la croissance à travers un plan global de réformes structurelles incluant un mécanisme visant à améliorer la gouvernance et à lutter contre la corruption ; et une stabilité du secteur financier à travers une restructuration du secteur bancaire.

Le Liban surendetté traverse l'une des pires crises économiques et financières depuis la fin de la guerre civile (1975-1990). Le pays avait requis, en février, une assistance technique du Fonds monétaire international (FMI) mais n'a toujours pas formulé de demande d'aide financière auprès de l'institution internationale. Le FMI est "prêt à aider les autorités dans ces efforts", a récemment indiqué le porte-parole du FMI, Gerry Rice. Outre les défis financiers, le pays fait face depuis des semaines à la propagation du nouveau coronavirus qui risque de mettre à genou une économie déjà au point mort.

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Ô Liban

Les miracles, il faut peut-être s'y attendre.
Qui sait?
Devant le tumulte mondial suite au corona, une nouvelle ère s'annonce. On rêve peut-être de revoir les dépôts transférés revenir à leur maison d'origine, pour relancer un pays arrivé à la faillite malgré le dynamisme de son peuple. Et ceci par un réveil de conscience de la part de ceux qui avaient beaucoup bâti des" châteaux en Espagne" et en Suisse et partout ailleurs sauf là il le fallait.
Même la diaspora, malgré toutes les incertitudes et l'ingratitude à son égard, concernant l'avenir, pourrait regagner confiance à long terme et retourner aux sources.
Il est vrai que le pays manque de dollars avec une centaine de milliards de déficit, mais,le grand défi, c'est de ne pas désespérer,car sa valeur est incalculable face à ce manque.

VIRAGE CONTRÔLÉ

En espérant fortement une dédollarisation de l'économie mondiale .

Les yankys ont assez vampirisé les pays de cd bas monde , il est temps de se débarrasser de leur système.

Regardez ce qui se passe , le dollar est à la hausse sur toutes les autres devises mondiales , est ce normal ?

TOUT ÇA POUR COMPENSER LA CHUTE DU PÉTROLE.

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