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Éclairage

En Syrie, la question du coronavirus est déjà sur toutes les lèvres

Alors que le régime affirme toujours qu’il n’y a pas de cas sur son territoire, la conscience de l’imminence du danger lié à l’épidémie gagne les zones rebelles.

Les Casques blancs stérilisent une école à Afrine, le 18 mars 2020. Aref Watad/AFP

La Syrie serait-elle le seul pays de la région épargné par le coronavirus? Difficile à croire. Le régime de Damas continue d’affirmer n’avoir toujours aucun cas de contamination sur son sol. Si les journaux locaux rapportaient hier la propagation rapide du Covid-19 à travers le monde, ils restaient muets sur la situation dans leur pays. Pourtant, les grands moyens semblent être employés depuis plusieurs semaines par le régime sous prétexte d’éviter que le virus « n’atteigne le pays ». La Syrie a déjà suspendu les vols à destination et en provenance de plusieurs pays touchés par le virus, dont l’Iran, avec lequel elle entretient des liens étroits. Parmi les mesures les plus récentes, le gouvernement a décidé mardi la fermeture jusqu’au 2 avril des clubs de sports, écoles, jardins publics, bâtiments administratifs, restaurants et autres lieux de rencontre. Des photos d’employés municipaux à Alep et à Damas en train de pulvériser du désinfectant dans des bus ont notamment circulé. À Alep, les rues se sont peu à peu vidées avec la fermeture des jardins publics et de nombreux lieux de rassemblement. « Mais les gens continuent de vivre normalement. Il n’y a pas d’effervescence ou de psychose sur le sujet et pas de campagne de prévention non plus », raconte Sam*, un Alépin. Pourquoi autant de mesures préventives si le coronavirus n’est pas présent ? « C’est un secret de Polichinelle qu’il y a des cas de coronavirus en Syrie », confie un homme d’affaires résidant à Beyrouth. De la capitale, les nouvelles ne semblent pas être aussi roses que ce que le gouvernement affirme. « Les gens ne savent plus à quel saint se vouer, car il y a beaucoup plus de cas de contamination que ce que l’on peut imaginer. Les médecins sont obligés de signer des certificats de décès en notant “complications pulmonaires” pour cacher la vérité », poursuit le businessman. L’agence officielle d’information SANA affirme qu’un porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué à Russia Today qu’aucun cas de Covid-19 n’a été détecté en Syrie. Contactée, l’OMS n’a pas été en mesure d’infirmer ou de confirmer cette information. Le directeur régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale, Ahmad el-Mandhari, a exhorté hier les États du Moyen-Orient à partager davantage d’informations avec son organisation dans le cadre de la lutte contre le nouveau coronavirus, sans toutefois pointer du doigt la Syrie ou d’autres pays.

Des lanceurs d’alerte pro et antirégime ont déjà laissé entendre que ce dernier niait l’existence du virus et cacherait des dizaines, voire des centaines de morts. Plusieurs sources médicales à Damas, Homs, Lattaquié et Tartous auraient confirmé à l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) que 113 nouveaux cas ont été mis en quarantaine afin d’empêcher la propagation éventuelle de l’infection à d’autres. Des médecins auraient par ailleurs affirmé avoir reçu l’ordre strict des autorités syriennes de garder le silence et de s’abstenir de parler de l’épidémie. « Les moukhabarat (services de renseignements) contrôlent tout, malheur à celui qui ouvre la bouche », affirme l’homme d’affaires damascène. Selon Enabbaladi, un média de l’opposition, un médecin nommé Imad Ismaïl, qui travaillait à l’hôpital de Qardaha, aurait été tué parce qu’il a révélé la présence de personnes infectées du coronavirus dans son établissement. Cette ville de la province de Lattaquié est le berceau de la famille Assad. La semaine dernière, les autorités pakistanaises ont fait état de 8 cas de contamination parmi leurs ressortissants en provenance de Syrie. « C’est certain qu’il y a des cas, mais il n’y a pas de morts car l’État gère très bien la crise. De toute façon je ne vois pas pourquoi il nous mentirait », soutient Sam. Si certains refusent de voir l’évidence, des habitants, notamment à Damas, font la queue dans les rues pour avoir une ration de sucre, de riz et de pain en prévision. « Ils sont tous collés les uns contre les autres, aucune mesure de précaution n’est prise », confie le businessman.


(Lire aussi : Ave, Covid !, l'impression de Fifi ABOU DIB)


Pas de masques ni de gels

Dans les zones rebelles, la panique est plus palpable. Si les autorités locales du Nord-Ouest syrien, tout comme celles d’Idleb, ont déclaré ne pas avoir détecté de cas de contamination, des mesures ont d’ores et déjà été mises en place même si elles paraissent insuffisantes en cas d’épidémie massive. Le conseil local de la ville de Aazaz a ordonné la fermeture des écoles et des lieux publics. « À Afrine, Aazaz et al-Bab, la Défense civile a déjà commencé à pulvériser des produits dans des espaces publics, grâce au soutien matériel d’organisations turques. À Idleb, on espère pouvoir faire la même chose très bientôt et distribuer des brochures pour expliquer aux gens ce que c’est. Pour l’instant, personne ne semble avoir changé ses habitudes », explique via WhatsApp Abadat Zekra, un responsable des Casques blancs à Idleb. Les habitants d’Idleb profitent du cessez-le-feu signé il y a deux semaines entre Moscou, allié du régime, et Ankara, parrain des rebelles. En proie à une grave crise humanitaire à la suite de l’opération militaire du régime et des Russes, la région manque de tout et ne pourrait faire face à une épidémie, notamment parce qu’elle abrite des centaines de milliers de personnes déplacées vivant dans des camps de fortune. « Si le coronavirus arrive à Idleb, il n’en partira pas », déplore Abdelkafi Alhamdo, un déplacé d’Alep. « Avec la marée de tentes installées les unes à côté des autres, les déplacés dans les camps vont vite être contaminés », dit-il. Ce professeur d’anglais s’est rendu hier dans trois pharmacies de sa ville, Atmeh, et des environs pour essayer de trouver des masques et du gel hydro-alcoolique, en vain. « Un pharmacien m’a ri au nez en me disant : “Tu es sérieusement en train de me demander ça ? Mais on n’en a même pas pour nous” », raconte Abdelkafi. Dans le Nord-Ouest syrien, zone sous contrôle turc, les habitants n’ont guère plus de chance. « Cela fait une semaine qu’on tourne avec un ami à la recherche de masques et de gels, à Aazaz comme à Afrine, mais personne n’en a. On utilise de l’alcool à 90 degrés », confie pour sa part Ahmad Aziz, qui travaille dans une ONG venant en aide aux déplacés, à Afrine. « Je ne vous cache pas que ce virus me fait peur, surtout pour nos familles, nos proches. J’essaie autant que possible d’éviter les rassemblements et je travaille de la maison », raconte l’humanitaire.


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La Syrie serait-elle le seul pays de la région épargné par le coronavirus? Difficile à croire. Le régime de Damas continue d’affirmer n’avoir toujours aucun cas de contamination sur son sol. Si les journaux locaux rapportaient hier la propagation rapide du Covid-19 à travers le monde, ils restaient muets sur la situation dans leur pays. Pourtant, les grands moyens semblent être...

commentaires (2)

On utilise de l’alcool à 90 degrés FYI, l'alcool a 90 degree ne sterilize pas. Il faut un alcool autour des 70 %

SATURNE

15 h 10, le 19 mars 2020

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Commentaires (2)

  • On utilise de l’alcool à 90 degrés FYI, l'alcool a 90 degree ne sterilize pas. Il faut un alcool autour des 70 %

    SATURNE

    15 h 10, le 19 mars 2020

  • IL NE LEUR MANQUE QUE CA.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 21, le 19 mars 2020