Le clin d'œil

Abou-Elias-qui-sait-tout-sur-tout

D.R.taxi lebanon

Abou Elias, votre chauffeur de taxi préféré, un personnage rondouillard et volubile, de type libanais prononcé, vous le confirme : « Qu’on se le dise, il faut changer la Constitution ! » S’appuyant, pour toute jurisprudence de droit public, sur quarante années d’embouteillages beyrouthins au volant de sa voiture déglinguée (oui Settna, QUARANTE, confirme-t-il sur un ton emphatique) et sur de vagues conversations automobiles avec des « personnalités » (?), il en est absolument certain. Le changement constitutionnel est fatal. Maurice Duverger et Guy Carcassonne n’ont qu’à bien se tenir, Abou Élias, constitutionnaliste distingué, en sait bien plus long qu’eux.

Quant au vote du budget qui vous bloque l’accès du centre-ville, pfuitt, Abou Elias, le balaie d’un coup de main dédaigneux. Un budget, pourquoi faire glapit-il ? Puisque de toute façon l’État n’a pas d’argent ! C’est que Abou Elias est aussi, sans que vous le sachiez, un économiste confirmé ultra libéral, adepte d’Adam Smith et du laissez-faire à qui on ne la fait pas. Quand vous osez avancer que sans budget, ses enfants tous enrôlés dans les FSI, ne toucheraient peut-être pas leurs salaires, il décrète, souverain, qu’ILS (les responsables véreux) finiront bien par s’arranger, comme ils l’ont toujours fait…

Même les obscurissimes Eurobonds n’ont pas de secrets pour Abou Elias, un financier de haut vol. Et que je t’explique comment faire, à qui s’adresser et quels délais proposer. Au terme de développements embrouillés et étourdissants que vous êtes bien forcée d’écouter, sa conviction est faite : IL NE FAUT PAS PAYER ! Standard & Poors, Fitch et autres Lazard n’ont qu’à déguerpir ! Abou Elias, sorti major de MIT, tient ferme les rênes de la finance libanaise.

Le Corona Virus, dernier coup de massue de cette année 2020 décidément bien mal partie, n’ébranle pas pour autant votre intrépide conducteur. C’est qu’il a – et depuis longtemps affirme-t-il – découvert le remède : une décoction souveraine de chou vert et de fanes de navets. Les grands laboratoires pharmaceutiques n’ont qu’à bien se tenir et à arrêter leurs pseudo-recherches, toutes motivées par des histoires de gros sous et d’obscures conspirations américaines sur les gentils pauvres du tiers-monde.

Vous lui offrez, bien avant l’arrivée, un gros pourboire. Vous voulez acheter son silence.

La corruption n’est pas encore complètement éradiquée dans votre cher vieux pays.


Abou Elias, votre chauffeur de taxi préféré, un personnage rondouillard et volubile, de type libanais prononcé, vous le confirme : « Qu’on se le dise, il faut changer la Constitution ! » S’appuyant, pour toute jurisprudence de droit public, sur quarante années d’embouteillages beyrouthins au volant de sa voiture déglinguée (oui Settna, QUARANTE, confirme-t-il sur un ton...

commentaires (0)

Commentaires (0)