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Éclairage

Face au coronavirus, l’Égypte fait la sourde oreille

Les autorités, qui ne semblent pas disposées à reconnaître l’ampleur de la crise, recourent à la répression.


Des touristes dans le bazar du Caire hier. Ahmed Hasan/AFP

En Égypte, l’épidémie mondiale de coronavirus – désormais devenue pandémie – a été accompagnée d’une tempête qui, depuis jeudi, ravage le pays, faisant 5 morts et 13 blessés. Mais, alors que les autorités ont tiré la sonnette d’alarme en demandant la fermeture des écoles et des universités et en appelant les citoyens à rester chez eux en attendant la fin des intempéries, le virus ne semble, lui, pas inquiéter le gouvernement égyptien pour qui la situation semble sous contrôle.

Avec 80 cas déclarés de Covid-19, dont 26 qui ont été annoncés guéris, et seulement deux décès, le bilan officiel égyptien reste en effet relativement faible. Il ne s’agit pourtant que des chiffres communiqués officiellement, alors que beaucoup d’éléments portent à croire que le bilan réel est largement plus élevé. Dès février, plusieurs pays, dont les États-Unis, la France ou le Canada, avaient annoncé des cas de personnes diagnostiquées positivement au coronavirus après des séjours en Égypte, une information qui laisse penser que Le Caire ne fait pas preuve d’une totale transparence sur le dossier. « Les gens entendent parler des cas déclarés un peu partout dans le monde de personnes ayant transité en Égypte et se demandent pourquoi il y a si peu de cas déclarés ici », note Amr Magdi, chercheur spécialiste de l’Égypte à Human Rights Watch.


(Lire aussi : Séquestrés (in)volontaires, l'éditorial de Issa GORAIEB)


La méfiance d’une partie de la population vis-à-vis des autorités est renforcée par le recours à des méthodes de répression et de dissimulation dans la gestion de l’épidémie. « Le personnel médical envoyé sur le site de la quarantaine n’a pas été tenu informé de l’endroit où on l’envoyait : le ministère de la Santé les a piégés, ce qui va à l’encontre de toute éthique médicale », estime Amr Magdi. Dans la même logique, les autorités ont lancé depuis mercredi une vague d’arrestations dans le cadre d’une campagne visant à lutter contre les « fausses rumeurs » de cas de coronavirus, qui porteraient atteinte à l’image du pays. « Les gens ont de bonnes raisons de ne pas croire les déclarations du gouvernement qui prétend donner accès aux informations, mais qui en réalité réprime quiconque s’exprime sur le sujet, sous prétexte de lutter contre des rumeurs », observe Amr Magdi.

La réponse du régime égyptien reflète plus largement l’ensemble de la politique du général Abdel Fattah al-Sissi qui, depuis sa prise de pouvoir en 2013, a adopté une ligne de répression musclée pour faire taire les critiques, dans une logique autoritariste assumée. « Ce qui se reproduit à l’identique, encore et toujours, à l’occasion de chaque crise ou incident a lieu aujourd’hui avec le corona », déplore Amr Magdi, pour qui toute protestation pacifique est impossible du fait des vagues d’arrestations systématiques permises par un arsenal législatif d’exception.


(Lire aussi : L’amour au temps du corona, un peu plus de Médéa AZOURI)


Des conséquences dévastatrices

Derrière le maquillage des statistiques, beaucoup s’inquiètent de l’ampleur que pourrait prendre la crise sanitaire dans ce pays où la population a dépassé la barre symbolique des 100 millions d’habitants. Mardi, le Premier ministre Mustafa Madbouli annonçait l’interdiction des grands rassemblements et des déplacements en groupe à travers le pays afin de contenir le virus. De son côté, la ministre de la Santé Hala Zayed annonçait une série de mesures pour renforcer les mécanismes de détection à l’entrée du pays. Des mesures qui pourraient toutefois s’avérer insuffisantes si l’ampleur de l’épidémie dépassait largement le bilan officiel.

La faiblesse des infrastructures en place, l’absence de préparation du personnel médical, le manque d’équipement : tout porte en effet à croire que la situation pourrait rapidement devenir critique. « Tout le monde a conscience que le système manque fondamentalement de moyens, de budget et d’une administration efficace », dit Amr Magdi, pour qui, à ce stade, aucun signe d’une reprise en main des autorités ne semble apparent.

Si l’épidémie représente un défi de taille pour beaucoup de gouvernements, elle touche particulièrement ceux dont l’économie repose sur l’industrie du tourisme. Parmi les destinations les plus prisées en 2020, l’Égypte, dont le secteur reprenait des couleurs après des années difficiles marquées par un contexte sécuritaire instable, pourrait souffrir économiquement d’un prolongement de la crise sanitaire. Mercredi, le ministre des Antiquités et du Tourisme, Khaled al-Anany, en tournée avec la ministre de la Santé, tentait de rassurer quant à la bonne santé du secteur, assurant que les sites resteraient ouverts et que le nombre de touristes présents battait des records. Une annonce qui, en l’absence d’un discours plus transparent, pourrait ne pas suffire à rassurer les touristes.



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En Égypte, l’épidémie mondiale de coronavirus – désormais devenue pandémie – a été accompagnée d’une tempête qui, depuis jeudi, ravage le pays, faisant 5 morts et 13 blessés. Mais, alors que les autorités ont tiré la sonnette d’alarme en demandant la fermeture des écoles et des universités et en appelant les citoyens à rester chez eux en attendant la fin des...

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Egypte et Syrie. Le cas de Jean Khoury, décédé à l'hôpital de Jbeil avec toutes les contaminations qui s'en suivent toujours, est une conséquence du manque de transparence des autorités égyptiennes qui ont dérouté les estimations même de l'OMS. Manque de transparence et danger réel d'une explosion de la maladie. Avec l'Égypte,il faut interdire absolument tout trafic aérien et maritime de personnes. Avec la Syrie,impossibilité de bien contrôler les frontières.

Esber

03 h 49, le 14 mars 2020

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Commentaires (1)

  • Egypte et Syrie. Le cas de Jean Khoury, décédé à l'hôpital de Jbeil avec toutes les contaminations qui s'en suivent toujours, est une conséquence du manque de transparence des autorités égyptiennes qui ont dérouté les estimations même de l'OMS. Manque de transparence et danger réel d'une explosion de la maladie. Avec l'Égypte,il faut interdire absolument tout trafic aérien et maritime de personnes. Avec la Syrie,impossibilité de bien contrôler les frontières.

    Esber

    03 h 49, le 14 mars 2020