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Syrie

À Idleb, la Turquie bombe le torse

En coulisses, Moscou et Ankara, respectivement parrains de Damas et de l’opposition, ne parviennent pas à trouver un terrain d’entente pour désamorcer l’escalade.

Un soldat turc montant au sommet d’un véhicule blindé de transport de troupes dans la ville de Sarmin, à environ 12 kilomètres au sud-est de la ville d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 20 février 2020. Omar Haj Kadour/AFP

Les Turcs se rapprochent de plus en plus d’une intervention militaire directe en Syrie. C’est en tous cas ce que les différents événements survenus ces derniers jours dans la province d’Idleb – dernier grand bastion rebelle de Syrie – laissent penser.

Quelques heures après être parvenus à prendre la ville de Nayrab, dans les environs de Saraqeb (au sud-est de la ville d’Idleb), les forces rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL), appuyés par la Turquie, ont procédé à un retrait. Le même jour, deux soldats turcs ont été tués et cinq autres blessés dans une frappe aérienne que le ministère turc de la Défense (MSB) a imputée à l’aviation syrienne. Ces pertes portent à 15 le nombre de soldats turcs tués à Idleb depuis le début d’une escalade de tensions entre Ankara et Damas, le 3 février dernier. Quelques heures plus tôt, le MSB avait signalé la neutralisation de « 50 éléments du régime » et de la « destruction » de leurs véhicules.

Plusieurs convois de chars et de véhicules blindés, ainsi que des milliers d’hommes ont été déployés par Ankara à la frontière avec la Syrie ces dernières semaines. « Il y a maintenant environ 15 000 soldats turcs dans le nord-ouest de la Syrie », rapportait hier Reuters. Mercredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a réitéré son ultimatum au régime syrien pour qu’il se retire d’ici à fin février à l’est d’une autoroute-clé et des abords de postes d’observation que les Turcs ont placés il y a deux ans à Idleb, et dont certains ont été récemment pris pour cibles par l’artillerie du régime syrien. « Il s’agit de nos dernières mises en garde (...). Nous pourrons surgir une nuit sans crier gare. Pour le dire d’une manière plus explicite, une opération à Idleb est imminente », avait menacé le chef de l’État turc.


(Lire aussi : À Idleb, le malheur des civils fait le bonheur des passeurs)


La Turquie semble ainsi prête à joindre le geste à la parole. « Ce qui s’est passé hier est juste une opération tactique sur l’axe entre Nayrab et Saraqeb », confie à L’Orient-Le Jour Youssef Hammoud, porte-parole de l’Armée nationale (proturque), qui combat seule les forces du régime syrien à Idleb avec un soutien turc au niveau de l’artillerie. « L’objectif est de favoriser la “future” opération (…). La Turquie se prépare à mener une offensive de grande envergure », explique-t-il. Ankara semble ici chercher à tester les réactions de Damas et de son parrain russe.

Les analystes ne misent de leur côté pas sur une offensive de grande ampleur dans le cas où une attaque a lieu. « Elle aura pour objectif de sécuriser des zones spécifiques comme Nayrab, Afes (plus à l’ouest) et d’autres villages afin de sécuriser Ariha et la ville d’Idleb », estime Nawar Oliver, chercheur et analyste au centre Omran, un groupe de réflexion basé à Istanbul, interrogé par L’OLJ, précisant qu’il « pourrait y avoir des attaques sur l’ouest d’Alep juste pour aider à façonner la ‘nouvelle frontière’ de la région ». « La Turquie est prête à s’engager contre les forces d’Assad dans le cadre des accords de Sotchi, et je ne pense pas qu’elle ira au-delà », note pour L’OLJ Ahmad Khaled Kanjo, chef du premier régiment de l’Armée syrienne libre (ASL), faisant référence aux accords signés entre Ankara et Moscou en septembre 2018, lequel instaurait une zone démilitarisée entre la province d’Idleb et le reste de la Syrie.

« La Turquie est déterminée à reprendre la ville de Saraqeb », ajoute de son côté Tarek*, un journaliste qui accompagnait les forces armées de l’opposition au front, vers Nayrab. Saraqeb constitue une place stratégique. Elle représente le point d’intersection des autoroutes M4 et M5 reliant Damas, Alep et Lattaquié. Prendre la ville, c’est récupérer la totalité des deux autoroutes. La ville est de fait l’un des objectifs du régime syrien qui n’a aucune intention de l’abandonner.


(Lire aussi : À Alep et Idleb, les civils pourchassés « par la mort de tous les côtés »)


« Turkey is NATO »
La province d’Idleb est stratégique pour la Turquie. Elle représente l’une de ses principales cartes dans le cadre de sa politique syrienne, mais aussi régionale. Ankara veut par ailleurs y assurer une ceinture de sécurité afin d’éviter à tout prix un nouvel afflux massif de réfugiés à sa frontière. La Turquie accueille déjà sur son territoire trois millions et demi de réfugiés qu’elle souhaite relocaliser dans le nord de la Syrie. Or, la politique de terre brûlée de Damas, qui consiste à volontairement viser les infrastructures civiles afin de faire fuir la population, a provoqué un exode massif en direction de la frontière turque. Selon les dernières estimations de l’ONU hier, plus de 900 000 personnes ont été déplacées depuis le 1er décembre, en vaste majorité des femmes et des enfants.

Face à cette situation, en coulisses, la Turquie et la Russie ne parviennent pas à trouver un terrain d’entente. Rien de concret n’a pour l’instant émergé en dépit des deux séries de discussions que les deux parties mènent ces deux dernières semaines. Mardi, aux termes du dernier épisode de négociations, Ankara a jugé qu’elles n’étaient pas « satisfaisantes » sans toutefois être « complètement infructueuses », selon un membre de l’administration turque ayant requis l’anonymat. « Ni le retrait d’Idleb ni l’évacuation des postes d’observation ne sont à l’ordre du jour », mais « divers exercices » sont selon lui en discussion. « Par exemple, assurer la sécurité par le biais de responsables de la sécurité turcs et russes et organiser des patrouilles conjointes pourrait être possible », a précisé le haut fonctionnaire, selon lequel les présidents russe et turc vont « mettre fin au problème ».

En attendant de trouver une solution, la Russie monte au créneau. Le ministère russe de la Défense a demandé hier à la Turquie de cesser d’apporter son soutien aux « groupes terroristes » de la région d’Idleb, ajoutant avoir mené des frappes contre les groupes armés soutenus par Ankara. On estime dans la capitale russe qu’une intervention turque dans la région serait le « pire des scénarios » et on assure que le gouvernement de Moscou fera le nécessaire pour empêcher une aggravation de la situation. Ankara a précisé hier dans la soirée ne pas vouloir « chercher l’affrontement avec la Russie » en Syrie.

Dans une vidéo postée hier sur son compte Twitter, l’OTAN a de son côté affiché son soutien à la Turquie, l’un de ses membres. « L’OTAN est une famille avec des valeurs communes. Nous sommes unis avec nos alliés dans la paix et la stabilité », pouvait-on lire sur la page de l’Alliance atlantique, suivi des hashtags « Turkey is NATO » et « We are NATO ». Selon un responsable turc, la Turquie aurait demandé aux États-Unis – son allié au sein de l’Organisation – de déployer deux batteries de missiles Patriot sur sa frontière sud pour punir toute attaque des troupes syriennes soutenues par la Russie. Washington a apporté son soutien à Ankara dès le début de son escalade avec Damas. Le soutien des Américains et de l’Alliance atlantique pourrait toutefois se limiter à des mots, ces derniers ne voulant pas prendre le risque d’une confrontation militaire directe avec les forces russes.


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Les Turcs se rapprochent de plus en plus d’une intervention militaire directe en Syrie. C’est en tous cas ce que les différents événements survenus ces derniers jours dans la province d’Idleb – dernier grand bastion rebelle de Syrie – laissent penser.

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commentaires (4)

Ce que je n'arrive pas à comprendre c'est comment on peut s'en prendre à erdog-âne et faire abstraction du fait que ce dernier FAIT ET AGIT POUR LE COMPTE DE L'OTAN. Erdog-âne ne peut pas bomber le torse hausser le ton etc... si il n'a pas le feu vert de ceux pour qui il bosse. À moins que c'est un gros piège que tout le monde autour de lui lui tend , et je reste à dire que le turc est téméraire mais pas fou.

FRIK-A-FRAK

11 h 33, le 21 février 2020

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Commentaires (4)

  • Ce que je n'arrive pas à comprendre c'est comment on peut s'en prendre à erdog-âne et faire abstraction du fait que ce dernier FAIT ET AGIT POUR LE COMPTE DE L'OTAN. Erdog-âne ne peut pas bomber le torse hausser le ton etc... si il n'a pas le feu vert de ceux pour qui il bosse. À moins que c'est un gros piège que tout le monde autour de lui lui tend , et je reste à dire que le turc est téméraire mais pas fou.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 33, le 21 février 2020

  • Ils vont le pousser a la gaffe et par après le laisser mijoter dans son Jus! Un plaisir!

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 50, le 21 février 2020

  • L'expression " l'OTAN a des valeurs communes" (avec la Turquie, mais aussi en général) est sidérante.

    Tabet Ibrahim

    10 h 09, le 21 février 2020

  • L,APPRENTI MINI SULTAN OTTOMAN ERDO JOUE AVEC LE FEU. IL VA SE FAIRE BRULER LES DOIGTS ET CASSER LES DENTS ET LES PIEDS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 34, le 21 février 2020