Répression

L’icône féminine de la révolution, Malak Alaywe Herz, convoquée par le tribunal militaire

Un lycéen de 16 ans interrogé aujourd’hui par les renseignements de l’armée.

Malak Alaywe Herz et son époux, Mohammad, célébrant leur mariage place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, le 23 octobre 2019. Photo d’archives Mohammad Yassin

Alors que le soulèvement populaire vient à peine de boucler son quatrième mois d’existence, la répression enfle et se fait plus pressante, dans une volonté évidente de restreindre la liberté d’expression et d’étouffer la contestation. L’icône féminine de la révolution, Malak Alaywe Herz, désormais célèbre pour ce fameux coup de pied qu’elle a envoyé le 17 octobre dernier, premier jour de la révolte, dans les parties intimes du garde du corps du ministre de l’Éducation de l’époque, armé d’une kalachnikov, a été appelée à se présenter devant le tribunal militaire pour coup porté à un officier et outrage à la réputation de l’institution militaire. Et un lycéen de 16 ans et demi qui prend part aux manifestations a, quant à lui, été convoqué aujourd’hui par les services de renseignements de l’armée à Rihaniyé (Mont-Liban), pour des raisons inconnues. Enfin, onze contestataires du Akkar, dans le nord du pays, considérés comme la colonne vertébrale du mouvement révolutionnaire de la région, ont également été convoqués par la police criminelle centrale pour leur implication présumée dans un acte de vandalisme contre une permanence du Courant patriotique libre, parti politique fondé par le chef de l’État, Michel Aoun.


(Lire aussi : Tabassage, bombes lacrymogènes, balles en caoutchouc... : Amnesty fulmine)



« Je n’ai pas peur »

Dans une vidéo publiée en soirée sur Facebook avec son mari Mohammad, Malak Alaywe a réagi à sa convocation en affirmant être « fière » de son acte et en remerciant tous ceux qui la soutiennent. « Je n’ai pas peur, dit-elle, car je suis auprès d’un homme qui combat la corruption et le pouvoir », avant de rappeler que « la révolution est femme ». Le couple annonce aussi « son come-back au cœur de la révolution » qu’il avait « désertée parce que squattée par les partis au pouvoir ». Plus tard, à la chaîne LBCI, la militante a expliqué que le coup qu’elle avait assené au garde du corps du ministre Akram Chehayeb n’était autre qu’un geste de colère « contre le phénomène des convois (d’hommes politiques), les provocations et les menaces contre le peuple et l’État policier ». Les convocations de la part des divers services sécuritaires de militants pleuvent au quotidien depuis quatre mois. « Elles augmentent même en fréquence », constate l’avocat Mazen Hoteit, membre du Comité d’avocats de défense des manifestants au Liban, dénonçant « des services sécuritaires sous influence des partis au pouvoir ». Estimant à « une vingtaine » le nombre moyen de convocations par semaine, il indique que la grande majorité d’entre elles font suite à des publications ou même des likes sur les réseaux sociaux, qui critiquent généralement le pouvoir ou dénoncent les mesures restrictives prises par les banques à l’égard des déposants. « Nombre de convocations sont aussi liées à des actes de vandalisme contre des permanences de partis politiques au pouvoir, de distributeurs de billets bancaires ou de devantures de banque », note-t-il, interrogé par L’Orient-Le Jour.

Également membre du Comité d’avocats de défense des manifestants au Liban, Ghida Frangieh juge de son côté la convocation d’un mineur « particulièrement dangereuse », d’autant que « le lycéen est en période d’examens », regrette-t-elle. Et de manière générale, elle condamne « ces convocations injustes et en augmentation à l’encontre de contestataires qui ont recours à la désobéissance civile pour exprimer leur colère contre le pouvoir ». « Les manifestants sont sanctionnés et convoqués par cette même classe politique qui a violé leurs droits et volé leur argent », gronde l’avocate. Elle s’insurge aussi contre « cette volonté du pouvoir de déployer toutes ses ressources contre des manifestants qui ne font qu’exprimer leur refus, au lieu de se pencher sur les dossiers de corruption et d’œuvrer à l’intérêt général ».


(Lire aussi : La volonté politique d’intimider les manifestants va croissant)



« Ils veulent saper notre mouvement »

Concernant la convocation de onze contestataires du Akkar, Firas Abdallah, un membre de « la tente révolutionnaire de Halba », contacté par L’OLJ, estime que cette mesure n’est autre qu’une tentative du pouvoir de mettre fin à la contestation dans cette région. « Ils veulent saper notre mouvement et font pression sur nous pour nous intimider, alors que nous n’avons absolument rien à voir avec le saccage de la permanence du CPL », martèle-t-il. Et de rappeler, au passage, que les critiques des contestataires contre le pouvoir sont bien fondées. « Nous avions mis en garde contre l’effondrement financier et dénoncé le règne des banques », conclut-il. Mazen Hoteit est aussi l’avocat des onze contestataires du Akkar. Les protestataires n’ont rien à voir avec le saccage de la permanence du CPL, assure-t-il, ajoutant qu’ils se trouvaient ailleurs au moment de l’acte. Il condamne dans ce cadre « une convocation inadmissible, illégale, destinée à faire peur aux contestataires et à leur entourage, à briser aussi leur détermination, alors que le pays s’effondre et que la population est en colère et sous pression ». Me Hoteit ne manque pas de montrer du doigt « un État policier et un pouvoir répressif qui ont échoué à protéger les manifestants des agresseurs (baltagis) proches des partis au pouvoir ». « Cette convocation implique aussi pour ces protestataires au chômage de se rendre à Beyrouth et de payer des transports, alors qu’ils n’en ont pas les moyens financiers », déplore-t-il.

Les manifestants promettent déjà de hausser le ton contre la répression. Observateur du mouvement de contestation populaire, Wadih el-Asmar, président du Centre libanais pour les droits humains (CLDH), condamne le comportement des autorités. « En ayant recours à la répression pour faire peur aux révolutionnaires, le pouvoir se comporte comme s’il s’agissait d’un problème sécuritaire et néglige le ras-le-bol de la population qui voit son pouvoir d’achat diminuer et ses salaires amputés », déplore-t-il. M. Asmar se dit aussi « inquiet ». Car « les vraies violences, celles commises par les proches du pouvoir contre manifestants, n’ont jamais été sanctionnées. Et cela ne peut qu’engendrer un sentiment d’injustice ».


Pour mémoire

« Une campagne est clairement menée contre les militants », estime Wassef Haraké


Alors que le soulèvement populaire vient à peine de boucler son quatrième mois d’existence, la répression enfle et se fait plus pressante, dans une volonté évidente de restreindre la liberté d’expression et d’étouffer la contestation. L’icône féminine de la révolution, Malak Alaywe Herz, désormais célèbre pour ce fameux coup de pied qu’elle a envoyé le 17 octobre...

commentaires (13)

Entre temps les chemises noires en bâton ne sont pas inquiétés. Et ils disent qu’ils veulent construire un vrai pays. Ce qui va se passer c’est que le peu d’élite intellectuelle va quitter le navire qui coule. Seuls les gorilles bêtes et méchants à la solde des mafieux resteront. Ils ne pourront d’ ailleurs bientôt plus leur payer avec l’argent volé à l’état ordinaires. Un future à choisir entre le Venezuela et la Somalie

Liban Libre

12 h 45, le 20 février 2020

Tous les commentaires

Commentaires (13)

  • Entre temps les chemises noires en bâton ne sont pas inquiétés. Et ils disent qu’ils veulent construire un vrai pays. Ce qui va se passer c’est que le peu d’élite intellectuelle va quitter le navire qui coule. Seuls les gorilles bêtes et méchants à la solde des mafieux resteront. Ils ne pourront d’ ailleurs bientôt plus leur payer avec l’argent volé à l’état ordinaires. Un future à choisir entre le Venezuela et la Somalie

    Liban Libre

    12 h 45, le 20 février 2020

  • Icone mon ………. œil oui !

    FRIK-A-FRAK

    11 h 47, le 20 février 2020

  • Et les coups que les libanais recoivent dans leurs argents aux banques (retraits limités, etc.), alors qui va convoquers les dirigeants des banques?

    Eddy

    10 h 54, le 20 février 2020

  • que voulez vous ! qu'il se trouve encore des citoyens en TRES grand nombre qui applaudissent les arrestations de manifestants n'est qu'une preuve -encore une- de l'aveuglement culturel , social et puisque c'est a la mode, humanitaire - . une explication quant au nombre des manifestants en baisse dans les places publiques. une explication quant au fait que TOUS les partis au pouvoir a l'exception des kataeb ont donne instructions aux leurs de s'en retirer.

    gaby sioufi

    10 h 38, le 20 février 2020

  • Pour le saccage du QG d'un parti on convoque à tour de bras, et pour le saccage du pays on attend toujours qu'au moins un de ces voleurs soit convoqué en vain Comment croire dans la justice de ce pays lorsque les voleurs interpellent les victimes et les sanctionnent pour avoir osé manifester leur mécontentement et leur colère d'être ainsi dépouillé et humilié. C'est le monde a l'envers et ils exigent qu'on fasse avec. Si ce n'est pas de la dictature ça y ressemble. La tolérance zéro a été annoncée par la haute autorité contre le peuple mais le peuple continue à avoir une tolérance élastique vis à vis de ces pourris qui se croient capables de faire taire par la violence puisqu'ils détiennent le pouvoir. Jusqu'où les libanais sont disposés à aller avec ces innommables agissements importés de pays archaïques qu'ils veulent en faire une règle dans notre pays de liberté?

    Sissi zayyat

    10 h 27, le 20 février 2020

  • C'est l'hôpital qui se moque de la charité !Quelle injustice !!!

    Brunet Odile

    10 h 25, le 20 février 2020

  • Je pense que le garde du corps a eu l'élégance de ne pas réagir face à la colère de cette jeune femme, par contre notre nouveau ministre lui il en manque sacrément. Il n'a pas pris le bon chemin. La Syrie et la dictature sont de l'autre coté Mr le ministre. Le Liban est un peu plus civilisé, et de cette civilisation prenez en de la graine.

    Citoyen

    10 h 19, le 20 février 2020

  • C'est donc la nouvelle politique du ministre de l'interieur...ce fameux general qui a fait ses classes dans le service des renseignements syriens....je lui souhaite bonne chance il n'a pas realise qu'ici il ne fera pas long feu...il va etre vite mis hors jeu et classe dans les oubliettes de la republique Libanaise...quel ignard...et abrutit

    Houri Ziad

    09 h 33, le 20 février 2020

  • tous les Libanais ,y compris et surtout les services(si ,bien sur ,ils veulent servir un gouvernement propre)de trouver en face d 'eux une jeunesse qui réclame justice ,équité ,honnèteté, réformes et bien etre pour un peuple qu'elle aime ,elle!J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 30, le 20 février 2020

  • On pourrait comprendre la douleur,d'un "garde du corps" doté d'un pois chiche en guise de cervelle mais bourré à la testostérone, endurée face à une femme haute comme "trois pommes" qui lui a fait subir une certaine humiliation ... mais en quoi le tribunal militaire intervient ? Cet abruti, si vraiment il fait partie partie de l'institution militaire n’honore pas la corporation et depuis quand l'on a le droit d'utiliser ces militaires à des fins personnelles, en tant que garde du corps ?

    c...

    07 h 18, le 20 février 2020

  • Ainsi Malak Alaywe est convoquée devant le tribunal militaire "pour coup porté à un officier et outrage à la réputation de l’institution militaire". Dans quel pays du monde, une institution peut-elle être à la fois juge et partie?

    Yves Prevost

    06 h 35, le 20 février 2020

  • MA ASSARO FIHA !

    Chucri Abboud

    02 h 23, le 20 février 2020

  • Quelle bande d’en....cagoulés de leur race Ils ont vraiment dépassé Rouhani et Erdogan dans la répression mais le Liban leur ôtera cette capuche sordide et obscène de dictature et de répression! Ils n’en peuvent plus la fin est proche !

    PHENICIA

    01 h 45, le 20 février 2020