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Liban

La volonté politique d’intimider les manifestants va croissant

Contestation

La journée d’hier était marquée par des agressions contre des journalistes et des activistes, et l’interpellation de dix d’entre eux.

14/02/2020

Le bras de fer qui oppose le pouvoir en place aux contestataires se durcit, agressions et interpellations de journalistes et de militants à l’appui. Rien qu’au cours des dernières vingt-quatre heures, un confrère, Mohammad Zbib, a été violemment battu et dix autres militants de la société civile de Saïda interpellés. À en croire de nombreux observateurs, « une décision politique de vider les sites de la contestation est bel et bien prise ». En témoigne la violence avec laquelle les forces de sécurité ont réprimé les protestataires mardi, lors des manifestations organisées pour empêcher la tenue de la séance de vote de confiance au gouvernement de Hassane Diab. Ce jour-là, plus de 300 grenades lacrymogènes ont été lancées par les forces de l’ordre sur les manifestants qui ont également été généreusement arrosés par les canons à eau, bousculés et matraqués. Bilan : plus de 373 blessés, selon la Croix-Rouge libanaise.Mohammad Zbib, spécialiste des dossiers économiques et de corruption, a été agressé dans la nuit de mercredi à jeudi dans le quartier de Hamra, à Beyrouth. Dans les faits, M. Zbib se dirigeait à pied vers un parking à l’issue d’une conférence qu’il avait donnée dans le quartier sur les politiques économiques libanaises et les restrictions bancaires, à l’invitation du club laïc de l’Université américaine de Beyrouth, lorsqu’il a été attaqué par trois individus armés de bâtons. Ces derniers ont pris la fuite et le journaliste a été brièvement admis au Centre médical de l’AUB.

Sur son compte Twitter, le journaliste a accusé « l’oligarchie » d’être derrière cette attaque. « Cette oligarchie n’est pas seulement constituée de pillards, elle est également stupide, a-t-il écrit. Pensez-vous vraiment que nous allons avoir peur de vous et nous soumettre ? » Il a accompagné son tweet d’un tableau provenant, selon l’en-tête du document, de la Commission de supervision des banques du pays, appelant à « faire connaissance avec ceux qui nous ont volés ». « Un pour cent seulement des Libanais est responsable de 98 % des dépôts et retraits » dans les banques, a-t-il commenté.

Mohammad Zbib, très impliqué dans le mouvement de contestation que connaît le pays depuis octobre contre la classe dirigeante, avait démissionné quelques jours après le début du soulèvement populaire du quotidien al-Akhbar, aux côtés de Joy Slim. Il avait alors expliqué sur son compte Twitter qu’il avait pris cette initiative pour « protester contre la position affichée par la direction du quotidien à l’égard du mouvement de révolte ». Quelques jours plus tard, deux autres journalistes, Viviane Akiki et Sabah Ayoub, leur ont emboîté le pas.



(Lire aussi : Agressé à Hamra, le journaliste Mohammad Zbib dénonce "l'oligarchie")



« Nous n’avons pas le luxe d’avoir peur »
La ministre de la Justice, Marie-Claude Najm, s’est engagée, sur son compte Twitter, à « suivre de près les enquêtes jusqu’à ce que ses agresseurs soient identifiés et déférés devant la justice ». Elle a dénoncé « une tendance dangereuse visant à intimider les journalistes, principalement ceux qui se trouvent dans la contestation ».La réponse à l’attaque contre M. Zbib n’a pas tardé. Hier, en début de soirée, un sit-in a été observé devant le siège de la Banque centrale à Hamra. Les contestataires, venus nombreux, ont hué le gouverneur de la BDL, Riad Salamé, le traitant de « voleur » et appelé à « faire chuter le gouvernement des voyous ». « Est-il désormais nécessaire que toute personne qui s’oppose à la politique des banques prenne ses précautions ? » se demande Diana Mokalled, journaliste. « Dans le discours qu’il a tenu au cours des derniers jours, Mohammad a révélé des faits et des chiffres concernant les infractions financières et bancaires des droits des Libanais, poursuit-elle à L’Orient-Le Jour. Il a été agressé par un pouvoir qui a sa bande de voyous. Cette agression ne doit pas rester impunie. Elle est un prélude à plus de violence à l’avenir. » De son côté, le romancier Élias Khoury insiste : « Ils pensent que nous aurons peur, mais ils ne savent pas à qui ils ont affaire. La situation est grave et affecte la vie des gens. Nous n’avons pas le luxe d’avoir peur. Ils doivent comprendre que la lutte se poursuit, d’autant que, jusqu’à présent, ils n’ont fait que voler le peuple et lui déclarer la guerre. Ils verront à la fin que le peuple est plus fort. »

Les manifestants se sont par la suite dirigés vers le ministère de l’Intérieur, dénonçant la violence des forces de sécurité à l’égard des manifestants, les agressions contre les journalistes et les interpellations répétées contre les activistes.



(Lire aussi : Mohammad Bzeih, un « militant qui dérange », libéré après 24 heures de détention)



« Nous resterons dans la rue »
Hier, dix activistes originaires de Saïda ont été arrêtés par les services de renseignements de l’armée et transférés au commissariat de Ras Beyrouth. Ces nouvelles arrestations seraient liées au caillassage du convoi du député Salim Saadé, lequel a été blessé mardi alors qu’il se dirigeait à la place de l’Étoile pour participer à la séance consacrée au vote de confiance. Certains d’entre eux ont été convoqués alors qu’ils travaillaient ou qu’ils se trouvaient chez eux, et d’autres ont été contactés par téléphone. « Ce sont les services de renseignements de l’armée qui m’ont arrêté. Je n’ai pas été frappé. On m’a demandé qui a participé aux manifestations et si je connaissais quelqu’un qui aurait commis des actes de vandalisme », explique Dib Mallah, 25 ans, arrêté hier et relâché cinq heures plus tard. Sept autres activistes ont été relâchés dans l’après-midi, alors qu’un sit-in de solidarité avec eux était organisé sur la place Élia, rapporte notre correspondant Mountasser Abdallah. Les manifestants ont brandi des pancartes sur lesquelles il était marqué : « Les prisons ne nous font pas peur », « Liberté aux révolutionnaires » et « Non à la répression ». « Nous continuerons jusqu’à ce que nous ayons un gouvernement indépendant », insiste de son côté Ali Ibrik. En soirée, les deux autres activistes ont été relâchés.

À noter que le président du Parlement, Nabih Berry, les députés Salim Saadé et Ayoub Hmayed, dont la voiture a également été attaquée, ont annoncé qu’ils renonçaient à se porter partie civile dans cette affaire.

Les tentatives d’intimidation se sont poursuivies hier avec la convocation de Firas Bou Hatoum, activiste agressé la semaine dernière devant le département de la Sécurité de l’État. Dans un message publié sur Facebook peu après sa sortie de son interrogatoire, dans l’après-midi, M. Bou Hatoum a indiqué que la Sécurité de l’État lui avait « demandé de ne plus écrire (sur les réseaux sociaux) sur le président » Michel Aoun. Il n’a pas précisé s’il avait été convoqué pour une publication spécifique.

Commentant les événements d’hier à L’OLJ, Hassan Bazzi, avocat et activiste civil, explique qu’ « il y a une décision politique de vider les places des contestations ». « Les personnes arrêtées à Saïda figureraient au nombre des principaux éléments moteurs du mouvement de soulèvement, ajoute-t-il. On a eu écho d’informations selon lesquelles des mesures seraient également prises au Liban-Nord pour vider la place al-Nour ». Et d’affirmer : « Ces tentatives d’intimidation n’auront pas raison de notre détermination à poursuivre notre soulèvement. »



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DRAGHI Umberto

Avec une tète de bon enfant , votre premier ministre cache sa vrai façade

Honneur et Patrie

Attention : Ne laissez pas le dieu "Pyrémius" dieu des assassins, rentrer au Liban. Lissez-le sévir chez les autres comme d'habitude. Au Liban, il y a un pouvoir qui gouverne et une opposition qui s'oppose comme dans les pays républicains et démocratiques. Ne changez pas la donne !

aliosha

Si on conteste on commence par les tetes - au moins la il y en a et on les connait ( pas comme les inconnus koulo koulo et houla houla hop candidats ) ces tetes sont au beit wasat cet apres midi ...

Chucri Abboud

Ça va sûrement se calmer ... Il y a des mécontents qui ne savent pas être tranquilles . C'est fou !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE ERREUR STRATEGIQUE ! IL FAUT ESSAYER DE LES CONVAINCRE... SI ON LE PEUT... ET NON DE LES INTIMIDER.

Irene Said

Au lieu de continuer à contester dans les rues et devant certains bâtiments, contestez de manière forte les 2-3 principaux oligarques les plus haut placés de ce régime, car certains d'entre eux ont largement dépassé la date limite de consommation donc d'efficacité !
Et ce sont ceux-là qui dirigent tous les autres dans les banques, la justice etc., pour leurs propres intérêts.

Sinon nous vivrons bientôt dans un pays du genre "géré suprêmement"...!
Irène Saïd


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