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Politique - Contestation

« Une campagne est clairement menée contre les militants », estime Wassef Haraké

Le journaliste Moussa Assi a été entendu hier pour diffamation, tandis que le militant Tony Khoury a été interrogé pour son implication dans des blocages de routes.

Le militant et avocat Wassef Haraké. Photo tirée de son compte Facebook

Tandis que les interpellations et interrogatoires de militants de la société civile se poursuivent, l’avocat et militant Wassef Haraké, qui fait lui-même l’objet d’une plainte déposée contre lui par l’ancien ministre de la Santé Waël Bou Faour, a tenu hier une conférence de presse pour annoncer son intention de continuer à dénoncer la corruption au Liban. Au même moment, le journaliste Moussa Assi et le militant Tony Khoury étaient entendus respectivement au Palais de justice de Beyrouth et au sérail de Jounieh pour une affaire de diffamation pour l’un et de blocages de routes pour l’autre.

« Une campagne est clairement menée contre les militants, au vu du nombre d’interpellations dernièrement. C’est assez problématique, a déclaré M. Haraké, l’une des figures du mouvement de contestation, à L’Orient-Le Jour. Nous devons y faire face à travers la justice. Les juges devraient refuser que des arrestations aient lieu dans ce cadre-là. » « Nous menons un combat contre la corruption sur lequel nous ne reviendrons pas », avait déclaré Me Haraké un peu plus tôt dans la journée, lors de sa conférence de presse. Il a ensuite interpellé M. Bou Faour : « Lorsque votre chef (Walid Joumblatt) a déclaré que tout le monde a trempé dans la corruption, vous auriez dû renoncer à votre immunité parlementaire. » Wassef Haraké accuse l’ancien ministre druze d’avoir envoyé des médicaments pour le traitement du cancer dans la ville druze syrienne de Soueida lorsqu’il était en fonctions et d’avoir ainsi causé une rupture de stock de ces médicaments au Liban. Une accusation à laquelle Waël Bou Faour a réagi en portant plainte, il y a trois jours, pour diffamation et fabrication de fausses informations, tout en assurant qu’il démissionnerait si les accusations à son encontre s’avéraient fondées. Dans un communiqué publié en soirée, l’ancien ministre a par ailleurs estimé, en réaction à la conférence de presse de Me Haraké, que l’avocat « s’est rétracté par rapport à ses accusations antérieures ». « Comment un homme de loi peut-il se permettre d’émettre des accusations sur base de racontars ? » s’est demandé M. Bou Faour. Il faisait référence au fait que Wassef Haraké avait déclaré avoir eu vent de l’affaire des médicaments acheminés en Syrie par le biais d’Ismaïl Succarié, ancien député proche du Hezbollah, qui l’avait déclaré à la télévision.



(Lire aussi : Les interpellations de contestataires, entre intimidations et dissuasion)



« Bataille pour la liberté d’expression »
Par ailleurs, le journaliste Moussa Assi, qui fait l’objet de deux plaintes déposées contre lui en mars 2019 simultanément et séparément par le Conseil supérieur chiite et par Randa Berry, épouse du président du Parlement, a comparu hier au Palais de justice de Beyrouth. M. Assi est poursuivi à cause de deux publications sur Facebook, en février 2019, que les deux parties ont jugées « diffamatoires » et « attisant les dissensions confessionnelles ». Le journaliste a vu son interrogatoire remis au 17 juin prochain.

« Il s’agit d’une bataille pour la liberté d’expression », a déclaré M. Assi qui collabore à la chaîne al-Mayadeen et au quotidien an-Nahar, à sa sortie du Palais de justice. « Ce que j’ai écrit ne relève ni de l’insulte ni de la diffamation, mais était adressé indirectement à tous les politiques. Personne n’était visé en particulier », a souligné le journaliste. M. Assi a en outre expliqué à L’OLJ que son post Facebook sur le Conseil supérieur chiite « portait sur la vente illégale de biens du wakf », et celui concernant Mme Berry était un parallèle entre une déclaration de cette dernière sur la corruption et une déclaration du mufti jaafarite contre le mariage civil.

Enfin à Jounieh, plusieurs personnes se sont rassemblées hier devant le sérail de la ville, en soutien à l’activiste Tony Khoury, interrogé par les Forces de sécurité intérieure en raison de sa participation à plusieurs blocages de routes. À sa sortie d’interrogatoire, Tony Khoury a estimé que la plainte déposée contre lui était « ridicule », avant d’affirmer : « La révolution ne fait que commencer, ils n’ont rien vu encore de la révolution. Qu’ils nous attendent le jour du vote de la confiance au gouvernement. Rien ne nous fait peur. »



(Lire aussi : Encore un journaliste devant les tribunaux)



« La cour militaire n’a pas à juger les civils »
Réagissant à la recrudescence des interpellations depuis le début de l’année, Human Rights Watch a de son côté dénoncé le fait que certains manifestants continuent d’être traduits devant le tribunal militaire. « La cour militaire n’a pas à juger les civils. Le Parlement libanais devrait interdire cette pratique en adoptant une loi à ce sujet », indique HRW dans un communiqué publié hier.

L’ONG indique que deux personnes « au moins » ont récemment été entendues par le tribunal militaire, pour des affaires liées à leur engagement dans le mouvement de contestation. « Le militant Hassan Yassine, arrêté par les FSI lors d’une manifestation à Beyrouth le 22 janvier 2020, a été traduit devant le tribunal militaire le 3 février pour “résistance avec force aux forces de sécurité” », affirme le communiqué. Le militant Nour Chahine, originaire de Tripoli, a également comparu devant le tribunal militaire le 31 janvier, puis a été entendu par un juge d’instruction militaire le 4 février, selon HRW. M. Chahine est accusé d’avoir « tenté de tuer un militaire et d’avoir résisté aux forces de sécurité devant le Parlement ». Il s’est rendu aux renseignements de l’armée à Tripoli le 25 décembre dernier et serait toujours détenu au poste de police de Rihaniyé relevant du ministère de la Défense.



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"La cour militaire n’a pas à juger les civils". Dans tous les pays démocratiques, c'est une lapalissade. Le tribunal militaire est un tribunal interne à l'armée, chargé de juger les infractions au règlement militaire. N'importe quel crime ou délit commis contre la loi civile doit être jugé par des tribunaux civils, que l'auteur soit civil ou militaire. Imagine=t=on un cambrioleur jugé par l'Ordre des Médecins?

Yves Prevost

07 h 31, le 06 février 2020

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Commentaires (1)

  • "La cour militaire n’a pas à juger les civils". Dans tous les pays démocratiques, c'est une lapalissade. Le tribunal militaire est un tribunal interne à l'armée, chargé de juger les infractions au règlement militaire. N'importe quel crime ou délit commis contre la loi civile doit être jugé par des tribunaux civils, que l'auteur soit civil ou militaire. Imagine=t=on un cambrioleur jugé par l'Ordre des Médecins?

    Yves Prevost

    07 h 31, le 06 février 2020

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