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Liban

Tabassage, bombes lacrymogènes, balles en caoutchouc... : Amnesty fulmine

Droits de l’homme

L’organisation internationale a publié hier son rapport 2019 pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, couvrant la répression du mouvement de contestation au Liban.


19/02/2020

L’usage excessif de la force par l’armée et les FSI (Forces de sécurité intérieure) contre le soulèvement populaire qui a éclaté le 17 octobre dernier est « l’une des violations des droits de l’homme les plus flagrantes » constatées au Liban en 2019 par Amnesty International.

Elle s’est manifestée par « le tabassage de contestataires, l’utilisation inutile et souvent exagérée de canons à eau et de gaz lacrymogènes, le recours trop fréquent aux balles en caoutchouc et jusqu’aux balles réelles à certaines occasions dans les régions de Beddaoui, Abdé et Saïda ». De même, « les arrestations arbitraires de manifestants étaient nombreuses, accompagnées, lors des interrogatoires, de torture et de mauvais traitements, coups perpétrés au moyen de crosses de fusil ou de chaînes en fer, électrocutions, obligation de rester debout des heures durant »…


(Lire aussi : « Protéger les manifestants pacifiques relève de mon devoir », assure Fahmi)


Un pouvoir répressif

Ces violations sont au cœur du rapport annuel publié hier lors d’une conférence de presse par l’organisation Amnesty International de défense des droits de l’homme sur la situation des droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. « Perpétrées par le pouvoir en réponse au soulèvement populaire qui a éclaté le 17 octobre 2019 au Liban, sous prétexte de disperser les manifestants, elles sont considérées comme les plus importantes au pays du Cèdre, au cours de l’année passée », révèle pour l’occasion la directrice de la recherche au sein d’Amnesty International, Lynn Maalouf. Et cette répression s’est accompagnée « d’une importante restriction de la liberté d’expression » à l’égard des journalistes, des musiciens, des militants des droits de l’homme ou des révolutionnaires qui s’exprimaient sur les réseaux sociaux, accusant le pouvoir de corruption, de mauvaise gouvernance, de vol des deniers publics et qui « réclamaient une vie décente et le respect de leurs droits les plus basiques », à savoir l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation et un environnement sain. La chercheuse constate aussi que malgré la création d’un comité d’avocats de défense des contestataires, « le pouvoir n’a mis en place aucun mécanisme pour sanctionner ces violations ». Depuis le début de la révolte, « aucun membre des forces de l’ordre n’a jamais été inquiété ». Pire encore et « à plusieurs reprises, les forces de l’ordre ne sont pas intervenues pour protéger les manifestants à Beyrouth, Baalbeck, Nabatiyé et Tyr des violentes attaques perpétrées par des partisans de partis au pouvoir ». Les revendications des protestataires appelaient pourtant au respect des droits de l’homme.


Au péril de leur vie

Hier, dans les locaux de l’organisation à Hamra, se sont succédé à la tribune la directrice régionale d’Amnesty International, Heba Morayef, la chercheuse sur l'Irak Razaw Salihy et Lynn Maalouf. Les trois porte-parole ont évoqué les graves crises et conflits armés qui secouent la région du monde arabe et d’Afrique du Nord, entraînant d’importants déplacements de populations. Elles se sont penchées en particulier sur les crises libanaise et irakienne. « Les aides internationales étaient, pour les dirigeants, source de satisfaction. Ils estimaient que les populations n’auraient pas de raison de s’insurger. Ils se sont trompés », souligne Heba Morayef, évoquant l’éclatement des soulèvements populaires en Algérie, en Iran, au Soudan, en Irak et jusqu’au Liban. Des soulèvements qui ont fait de 2019 « une année pleine de défis » pour la région, car elle suscite « l’espoir d’un changement ».

Désormais « les populations se soulèvent au péril de leur vie, pour réclamer une existence décente et le respect de leurs droits les plus basiques. Entre-temps, les pouvoirs continuent de recourir à la répression. Ils tuent parfois et n’hésitent pas à recourir aux arrestations arbitraires », dénonce-t-elle, faisant état de plus de 500 tués en Irak et plus de 300 en Iran. Or, soutient la responsable, « ces gouvernements doivent prendre conscience que la répression des manifestations et les atteintes à la liberté d’expression ne mèneront à rien », parce que les populations revendiquent des droits essentiels que les pouvoirs ont échoué à leur assurer, comme le droit à la santé, à l’éducation, à l’eau, à une bonne gouvernance, à demander des comptes, à une justice indépendante. Et, estime-t-elle, « ces batailles sont de longue haleine ».


(Pour mémoire : Aoun prône la "tolérance zéro" contre les personnes portant atteinte au "prestige de l'Etat et de ses responsables")

Prisonnières de la kafala

Si le soulèvement populaire au Liban et les atteintes aux droits des militants ont capté l’attention d’Amnesty International en 2019, compte tenu qu’il s’agit « du mouvement populaire le plus important dans l’histoire du pays », les violations chroniques des droits de l’homme sont toujours répandues à large échelle dans le pays et touchent différentes populations. Parmi lesquelles les réfugiés syriens, même les enfants, qui souffrent de sévères restrictions de la part des autorités libanaises. Lynn Maalouf dénonce dans ce cadre « la destruction de leurs abris », suite à une décision du Conseil supérieur de défense de démolir les structures semi-permanentes, en juin 2019. Elle évoque aussi l’obligation d’obtenir des documents de séjour valides, sous peine de refoulement. « Nous considérons que 2 450 réfugiés syriens ont été refoulés, ce qui va à l’encontre des engagements internationaux du Liban », révèle-t-elle. Elle rappelle aussi que les réfugiés palestiniens continuent d’être victimes de lois discriminatoires, qui les privent d’accès à l’école publique, aux services de santé, à la propriété privée.

Les abus sont toujours nombreux à l’égard des employées de maison migrantes au pays du Cèdre. Et cette réalité n’a pu que s’amplifier depuis l’exacerbation de la crise financière et le soulèvement populaire. Montré du doigt, le système du garant (kafala) qui les place sous la tutelle de leur employeur, favorisant ainsi les violations répétées de leurs droits. Mme Maalouf regrette à ce propos que les recommandations du comité de travail mis en place par le précédent ministre du Travail, Camille Abousleiman, n’aient pas été prises en considération.

Le rapport d’Amnesty ne manque pas d’évoquer les femmes du Liban qui continuent d’être victimes de lois discriminatoires. En 2019, « aucune mesure n’a abouti pour lever ces discriminations », malgré des propositions de loi pour exempter les enfants étrangers de mère libanaise de permis de travail ou pour criminaliser le harcèlement sexuel. Quant à la communauté LGBT, elle est toujours « interdite d’exercer ses droits librement », dans un pays qui a vu la liberté d’expression régresser de manière générale. C’est dans ce cadre que le groupe libanais de rock alternatif Mashrou’ Leila, a été empêché de se produire à Byblos, en août dernier, « pour atteinte aux valeurs et symboles chrétiens ».



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Toni Pantaloni

On tappe, on tabasse, on matraque, on tire, on incarcere certains.
Mais en contrepartie, on distribue des gateau pour l'anniversaire de notre venéré president Kim Aoun Il.

Corée Du Nord ? no no je vous promets, c'est le Liban de nos jours.

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LES CHOSES PRENNENT UNE TOURNURE TRES SERIEUSE ET NEGATIVE AU PAYS QUI ETAIT RENOMME POUR SA LIBERTE D,EXPRESSION.

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