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Liban

« Je voudrais ressusciter, dans le cœur de la diaspora, le Liban qui ne meurt jamais »

Portrait

Abir Taha Audi, nouvelle consule générale du Liban à New York, est également auteure de huit ouvrages de philosophie. « Il est important de ramener les émigrés au bercail », confie-t-elle à « L’OLJ ».

18/02/2020

La nouvelle consule générale du Liban à New York, Abir Taha Audi, a pris ses fonctions en décembre dernier. Riche d’un long parcours diplomatique, Abir Taha Audi, qui a rang d’ambassadrice depuis 2017, a accepté ce poste-clé « parce qu’on ne refuse pas New York ». Elle remplace le consul Majdi Ramadan qui laisse un excellent souvenir au sein de la diaspora libanaise dans cette mégalopole américaine.

La diplomate, qui « a beaucoup voyagé », ambitionne de « servir avant tout l’importante communauté libanaise » qui tombe sous sa juridiction. Une juridiction qui couvre les dix États du nord-est des États Unis, à savoir New York, New Jersey, Delaware, Pennsylvanie, Massachusetts, New Hampshire, Connecticut, Vermont, Rhodes Island et Maine. « Il faut que la diaspora sache que le consulat représente le Liban à l’étranger. C’est la maison du Liban, celui qui ne meurt jamais et que je voudrais ressusciter dans le cœur de la communauté libanaise », confie-t-elle dans un interview accordée à L’Orient-Le Jour à New York.

Polyglotte, maniant avec brio l’arabe, le français, l’anglais et l’allemand, auteure de huit ouvrages philosophiques traduits en plusieurs langues, Abir Taha Audi couvre trois domaines d’expertise : la diplomatie, la philosophie et la spiritualité. « On peut dire que j’ai trois carrières : la carrière diplomatique, celle d’écrivaine intéressée surtout par la philosophie et la spiritualité, et celle de chercheuse à la Sorbonne », résume-t-elle. Outre ses activités professionnelles, elle prépare son doctorat en philosophie. « La philosophie et la recherche sont ma passion », relève cette spécialiste de Nietsche.

Riad Taha, « mon père, mon modèle »

Originaire du Hermel, Abir Taha Audi vient d’une famille de journalistes et d’intellectuels bien connue au Liban. Son père, le journaliste de renom Riad Taha, président du syndicat des journalistes assassiné en 1980, est tombé « pour avoir tenté d’humaniser la politique », pouvait-on lire dans L’Orient-Le Jour le 27 juillet 2009. « Mon père a toujours été mon modèle », dit Abir Taha Audi qui venait tout juste d’avoir douze ans lorsqu’il fut assassiné. « C’était un père aimant, un homme intègre, un humaniste très laïc, honnête, noble, d’une grande probité intellectuelle et morale », se souvient-elle. « À ses yeux, l’unité du Liban était sacrée, et l’essence du pays reposait sur la diversité et la tolérance religieuse. Le Liban ne peut survivre sans toutes ces communautés qui le composent. C’est cet esprit qui m’a marquée », confie-t-elle.

Parcours diplomatique

Abir Taha Audi démarre sa carrière diplomatique en tant que première secrétaire à la mission permanente du Liban auprès de l’ONU à Genève, à l’époque de l’ambassadeur Walid Nasr, en 2001-2002. Elle se rend ensuite à Paris, où elle occupe pendant cinq ans le poste de première secrétaire à l’ambassade du Liban en charge des affaires politiques, avant de devenir consule. Elle collabore avec plusieurs ambassadeurs, Élysée Alam, Sylvie Fadlallah et Boutros Assaker. Elle est ensuite nommée chargée d’affaires à Tokyo en 2017. Ces dix années « très enrichissantes » passées à Paris lui ont permis de « tisser un grand réseau de relations et d’amis », reconnaît-elle.

La diaspora, « ce capital humain important »

Depuis son arrivée à New York, la diplomate, qui prépare de « nombreux projets ambitieux », multiplie les contacts avec la communauté libanaise. « La plupart des Libanais des États-Unis n’ont plus de liens avec le Liban, poursuit-elle. Certains ont toujours le passeport libanais, mais d’autres sont devenus américains. À la lumière des récents développements au Liban, ils ont perdu confiance dans le pays, confondant État et gouvernement. Or, les gouvernements et les politiciens changent, mais l’État nation est immuable. »

« Il est important de ramener ces émigrés au bercail, poursuit-elle. Il faut que la connexion entre les Libanais soit ininterrompue et qu’ils sachent que le consulat est là pour représenter le Liban à l’étranger. »

Pleine d’espoir, la diplomate révèle qu’elle a « beaucoup d’idées, suivant une échelle de priorités ». L’une de ces idées est d’organiser un débat, un dialogue, pour mettre en exergue la diversité du Liban. « Il faut aussi exposer les talents de ces Libanais du Nord-Est américain », dit-elle. La diaspora « est un capital humain important pour le pays », dit-elle.

Dans cette même logique, le consulat vient de lancer un ambitieux projet consistant en la publication d’un guide, un Who’s Who, qui mettra en relief les profils des Libanais et publiera de brèves biographies des expatriés vivant à New York et dans le nord-est des États-Unis. Ce guide mettra l’accent sur la réussite de ces Libanais dans leurs domaines respectifs et deviendra sans nul doute une source d’inspiration pour les générations futures.

Une exposition de Gibran Khalil Gibran

Abir Taha, mariée à Dory Audi, un écrivain érudit auteur de plusieurs ouvrages, « a toujours été intéressée par la culture ». Après des études primaires au Lycée franco-libanais de Verdun, elle intègre le Collège protestant jusqu’au bac français en 1986. Elle poursuit des études universitaires à l’AUB où elle décroche un BA puis un master en sciences politiques (1998). Puis, en 2004, elle obtient un diplôme d’études supérieures en philosophie de la Sorbonne, à Paris.

Avec le temps, la diplomatie finit par l’emporter sur la philosophie et la spiritualité. « J’ai toujours été attirée par la politique et le journalisme de par mon père, explique-t-elle. La politique est la cousine du journalisme. J’ai choisi la diplomatie parce que j’adore à la fois voyager et découvrir de nouvelles cultures, et en même temps représenter mon pays. »

Le premier grand événement à avoir lieu sous la houlette de la nouvelle consule est une importante exposition sur Gibran Khalil Gibran en février, au siège du consulat. Cet évènement est coorganisé par le consulat, par le directeur du musée Gibran Khalil Gibran de Becharré, Joseph Geagea, par les Arab Ladies aux Nations unies, et l’Arab Club de New York. Le lancement se tiendra en présence du recteur de l’Université de Balamand, Élias Warraf, l’un des partenaires essentiels de cet événement.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE COEUR DE LA DIASPORA BAT TOUJOURS LIBANAIS MAIS ON SE DEMANDE SI ON A PERDU SUR LES GARANTIES DE SES DEPOTS DANS LES BANQUES DU LIBAN QU,ON ASSISTAIT TOUJOURS.

Élie Aoun

ca m'interesse de connaitre le titre de ses ouvrages merci

NAUFAL SORAYA

Chapeau à ces Libanaises et Libanais aux si beaux parcours!

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