Les quatre membres de la délégation de LFI, de gauche à droite, Andrée Taurinya, Manon Aubry, Arnaud Le Gall, et Rima Hassan, aux côtés de Simon Abiramia, président de la commission des Affaires étrangères et du groupe d'amitié France-Liban au Parlement libanais, lors d’un point presse au Parlement le 10 juin 2026, à Beyrouth. Photo transmise par le bureau de presse de LFI
En clôturant sa visite de cinq jours au Liban, une délégation de La France insoumise (LFI), composée des eurodéputées Manon Aubry et Rima Hassan et des députés Arnaud Le Gall et Andrée Taurinya, a appelé vendredi la France et l’Union européenne à durcir leur position à l’égard d’Israël. « Nous avons des leviers pour agir et nous sommes venus rappeler que nous pouvons les actionner », a déclaré lors d’une conférence de presse Mme Aubry, résumant en quelque sorte le leitmotiv des quatre élus du parti de Jean-Luc Mélenchon à l’issue de cette visite, présentée comme un geste de solidarité avec le Liban.
Une logique déclinée autour de trois mots d’ordre – renforcement de l’armée libanaise, suspension de l’accord d’association entre l’UE et l’État hébreu, et maintien d’une force onusienne au Liban-Sud, à l’heure où le retrait de la Finul est acté pour fin 2026 – réitérés notamment lors de leur rencontre avec le président Joseph Aoun, mardi, et ont rencontré plusieurs responsables politiques et acteurs humanitaires.
Conformément à la ligne traditionnelle de la diplomatie française, la délégation s’est dit favorable à un soutien accru aux forces armées libanaises », tout en appelant à un « cessez-le-feu effectif et durable et au retrait de l'armée israélienne du Sud », où Israël occupe plus de 600 km² de territoire libanais. « Il est fondamental qu’une force de l’ONU reste au Liban-Sud, ne serait-ce que pour témoigner des crimes de guerre, voire plus, qui y sont commis », a par ailleurs déclaré Arnaud Le Gall.
Sur la question du Hezbollah, la délégation a repris une position proche de celle des autorités libanaises. « La question du désarmement du Hezbollah est inséparable de celle du renforcement de l’armée libanaise », a estimé l’élu du Val-d'Oise, avant de critiquer l’approche israélo-américaine du dossier. « Tous les acteurs sérieux, militaires ou politiques (..) nous disent que désarmer le Hezbollah par la force est irréaliste, cela n’aboutirait qu’à aggraver la situation ». Lors de leur rencontre, le président Joseph Aoun avait plaidé pour une approche « politique, militaire, économique et sociale » du démantèlement de l’arsenal du parti chiite, qui a ouvert à deux reprises un front contre Israël en octobre 2023 et mars 2026.
« Double standard »
Mais c’est sur la question des sanctions contre Israël que la délégation marque sa principale divergence avec la position française et européenne. LFI appelle à la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël. Si l’on s’en tient à l’article 2 de l’accord d’association, il doit être suspendu dès lors qu’il y a une caractérisation d’une violation des droits humains et du droit international, ce qui était le cas avant même octobre 2023 », a rappelé Rima Hassan. La députée d’origine palestinienne a également souligné le « double standard » en comparant le traitement d'Israël à celui de la Russie.« Les dirigeants européens refusent toujours d’appréhender la question des sanctions contre l’État israélien en se limitant à des mesures individuelles », a-t-elle déclaré, en référence aux sanctions visant certains colons en Cisjordanie occupée. « La France participe ainsi au maintien de cette impunité, alors que chacun sait que le projet de colonisation de la Cisjordanie et le génocide à Gaza relèvent d’une politique d’État. »
Faute de majorité au Parlement européen, LFI mise sur une initiative citoyenne européenne (ICE), dont le dépôt est prévu le 15 juillet pour contraindre la Commission européenne à se saisir du dossier. Manon Aubry a enfin critiqué l’absence de déplacement au Liban de la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas. « Depuis sa prise de fonction, Kaja Kallas n’a pas trouvé un moment dans son agenda pour venir au Liban », a déclaré la cheffe de file de la délégation.



