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Liban

Un centre de soins solidaire chaque samedi au LAUMC-hôpital Rizk

Social

L’équipe médicale se mobilise pour proposer des consultations et des offres de soins à prix réduit, à destination des patients dans le besoin. Une initiative qui s’inscrit dans un vaste mouvement de solidarité qui prend de l’ampleur depuis le début du soulèvement populaire.

14/02/2020

En sortant de la salle de consultation, Fady A. se dirige vers l’accueil du centre de soins du Centre médical LAU-hôpital Rizk. Ces derniers temps, le trentenaire et sa femme rencontrent des difficultés financières, si bien que Fady a décidé de se rendre dans ce dispensaire sur les conseils du prêtre de son église. Souffrant de perturbations digestives, il accompagne aussi sa mère qui se plaint de varices et de problèmes vasculaires. Il est l’un des premiers patients à inaugurer ce centre de soins solidaire beyrouthin, qui propose des consultations à prix réduit chaque samedi matin, de 9h à 12h, et qui a ouvert ses portes le samedi 1er février. Une conférence de presse, au cours de laquelle le programme a été détaillé, avait été organisée pour l’occasion.

Depuis quelques mois déjà, de nombreux médecins de l’hôpital se mobilisent pour des projets caritatifs. Ils réservent par exemple deux fois par mois une partie de leur rémunération pour financer des soins auprès de personnes âgées en difficulté. Depuis la révolution, l’initiative a pris de l’ampleur et s’inscrit à présent dans le cadre d’un programme plus large, du nom de Act of Compassion (acte de compassion). Les médecins, étudiants, infirmiers et pharmaciens associés ont pris la mesure de la souffrance des Libanais, face à une situation économique difficile.

De nouvelles idées ont ainsi émergé. L’équipe hospitalière a mis sur pied le centre de soins, baptisé Out Patients Dispensary (Dispensaire pour les consultations externes), qui propose des consultations facturées au prix réduit de 10 000 LL. Le prix des médicaments est aussi adapté en fonction du revenu des personnes. Les patients rencontrent différents médecins à l’occasion d’un premier check-up, avant d’être redirigés vers le spécialiste adapté, qui leur élabore ensuite un traitement. Parmi les professionnels, on compte de nombreux étudiants en fin d’études, qui vont entrer en spécialité, mais aussi des travailleurs sociaux et des pharmaciens donateurs, qui fournissent les malades en médicaments.


(Lire aussi : La solidarité s’organise au dispensaire de l’église Saint-Joseph)


« La santé n’est pas un privilège, c’est un droit »
Au centre de soins, le dossier de chaque patient est minutieusement préparé. « On établit les antécédents et on veille à adapter au mieux les traitements, explique Micheline Akl, médecin et coordinatrice technique de l’opération. De nombreuses personnes suivent le même traitement depuis des années sans pouvoir s’assurer qu’il soit toujours adapté à leur pathologie au fil du temps. » L’équipe cherche à mettre les patients à l’aise, notamment parce que la majorité d’entre eux n’ont pas pu consulter depuis plusieurs années.

« Le médecin résident que je viens de rencontrer était très attentif à mes difficultés, il m’a beaucoup informé sur ma pathologie, raconte Fady. J’ai connu dans ma vie des médecins qui prodiguaient des soins coûteux et inutiles uniquement pour s’enrichir. » Les patients reçus se rendent au centre de soins de leur propre initiative, ou sont envoyés par d’autres dispensaires aux moyens plus modestes, ou encore par des associations qui leur viennent en aide. Le programme est spécifiquement destiné à ceux qui n’ont pas d’assurance ni couverture nationale de Sécurité sociale. « La santé n’est pas un privilège, c’est un droit, insiste le Dr Georges Ghanem, directeur médical de l’hôpital et responsable de l’opération. On voit des gens mourir à l’entrée des hôpitaux. Et la situation ne fait qu’empirer : les écarts se creusent, malheureusement, et les pauvres deviennent de plus en plus pauvres. »

À l’avenir, les médecins réfléchissent à proposer des examens poussés, comme des radiographies, et des soins psychologiques pourraient être proposés prochainement. Pour plus d’informations sur les consultations, une ligne téléphonique a été mise en place: 01/200800, ext. 6577.


(Pour mémoire : Sur les réseaux sociaux ou à travers les applis, l’entraide se développe)




Un programme de solidarité en plusieurs volets
L’hôpital envisage également de porter l’initiative à une échelle plus large, en favorisant les collaborations avec des associations et d’autres hôpitaux, pour tirer profit d’un réseau médical beyrouthin étendu, qu’ils peuvent facilement solliciter. Les médecins de l’hôpital Rizk imaginent par exemple compléter l’offre de soins d’autres dispensaires de la ville. « On échange beaucoup entre nous autour des pathologies des patients et tous les médecins sont prêts à aider », explique la Dr Madona Azar, l’une des membres du comité de gestion de ce programme.

Un homme d’une soixantaine d’années, qui est venu consulter le samedi 1er février, a ainsi bénéficié d’un rendez-vous auprès d’un cardiologue. « J’ai vécu plusieurs années en Allemagne, et je n’y ai jamais été aussi bien reçu qu’ici, sourit-il. On prend vraiment soin de nous dans ce centre. » Étouffé par des douleurs thoraciques, il n’a pas pu rencontrer de médecin depuis plusieurs années par manque d’argent.

Le projet est aussi appelé à se déployer hors de Beyrouth. Dans le programme « Act of Compassion », le centre de soins est complété par des initiatives qui se concentrent dans les régions, comme dans une maison de retraite à Aïn el-Remmané où sont accueillies 90 personnes âgées, et où les fonds du programme permettent de financer soins, vêtements et médicaments, par exemple en fournissant des couches et des pyjamas. Les médecins de l’hôpital (résidents, diététiciens et pharmaciens) se déplacent aussi dans des régions rurales où l’accès aux soins est plus difficile, avec l’appui de l’ONG Vision Care. L’équipe s’est déjà rendue dans la Békaa, à Baalbeck : 350 patients ont pu aussi venir consulter en une seule journée à Zahlé et dans le quartier de Nabaa. Elle envisage également de mettre sur pied une « clinique mobile » pour faire venir de nombreux spécialistes dans ces régions. Enfin, le département des soins infirmiers a organisé pour la deuxième fois la campagne « 1 KG », visant à collecter et remettre aux familles nécessiteuses des produits de première nécessité.

L’équipe hospitalière a pour ambition de mener ces œuvres caritatives hors de tout engagement politique partisan. Les fonds reposent sur les apports du ministère de la Santé, les donateurs particuliers, comme des compagnies pharmaceutiques, et la solidarité de l’équipe médicale elle-même. « Depuis la révolution, les mentalités changent, se félicite le Dr Ghanem. Les gens se demandent comment ils peuvent aider les autres. »



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Les Libanais n’ont jamais été aussi pauvres, ni non plus aussi solidaires

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Cadige William

Excellente Initiative de l’Hopital RIZK LAU.
A quand de similaires initiatives humanitaires chez les autres Etablissements Hospitaliers ?

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