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Beyrouth Insight

Ammounz, l’humour en temps de crise

Depuis des mois, elle transforme sa colère et sa frustration d’être loin de la révolution et du Liban en minividéos qui font le tour des réseaux sociaux.

Amani Khaled Danhach, plus connue sous le pseudo d’Ammounz. Photo tirée de son compte Instagram

« Je m’appelle Amani Khaled Danhach, mais on m’appelle Ammounz. » C’est ainsi que se présente la femme de 32 ans, grandes lunettes, tatouages aux bras et piercing à la lèvre, et dont les vidéos inondent depuis quelques mois les réseaux sociaux. Un peu par hasard, beaucoup grâce aux reposts, les Libanais découvrent, intrigués et amusés, cette inconnue sortie de nulle part, ni actrice, ni blogueuse, ni mondaine, qui s’amuse et amuse en saisissant l’actualité et ceux qui la (dé)font. « Je ne suis avec personne mais je suis contre tous nos politiciens. À chaque fois que l’un d’entre eux sort un argument stupide, ou agit d’une manière critiquable, je saisis l’occasion au vol et rebondis dessus. Je ne peux pas ne pas commenter tout ça. »

« 100 % Libanaise » de Tripoli, Amani vit à Dubaï depuis 2010. Diplômée en business management de la Hariri Canadian University, elle a quitté le Liban à son corps défendant. « J’ai toujours refusé l’idée de l’exil. J’adore mon pays mais nos gouvernants nous le rendent très mal… » Et d’ajouter, avec une pointe de colère mêlée de tristesse, loin de son humour coutumier : « J’ai dû partir pour pouvoir vivre dignement. J’ai dû partir pour pouvoir m’occuper de ma famille, comme tant d’autres. Pour pouvoir entretenir les deux trésors de ma vie, ma mère et mon père aujourd’hui disparu. Assurer de la nourriture, des médicaments, des soins quand cela est nécessaire, des couvertures quand il fait froid, sans avoir à les mendier. »

Dans ses minividéos tournées souvent dans sa voiture, ou chez elle, sans aucun effet spécial, elle s’adresse avec une familiarité voulue à tous les hommes politiques qui défrayent la chronique, choisissant elle aussi l’irrespect face à l’irrespect dont ils ne cessent de faire preuve, depuis plus de quatre mois. Derrière son sourire se cache une immense brûlure, une rage face à ces êtres arrogants et indifférents à tout ce qui se passe autour d’eux.


De la communication

Sur le plan professionnel, Amani a démarré dans une agence multinationale, responsable de montres haut de gamme, avant de devenir directrice de communication de plusieurs marques de luxe. « Je n’ai jamais été intéressée par la politique, précise-t-elle. J’ai toujours préféré le sport, la musique, l’art et tous genres de défis. La réussite a toujours été mon objectif et j’ai pu l’atteindre aux Émirats arabes unis, plus précisément à Dubaï. Dans ce pays d’accueil, qui est un peu devenu le mien, où les personnes sont respectées indépendamment de leur religion, de la couleur de leur peau, de leur origine et de leurs conditions sociales et financières. Un pays où les leaders sont estimés et aimés. Où ces derniers croient en leur peuple et leur pays et où, enfin, les lois sont respectées à la lettre. Je m’y sens bien parce que j’y sens une appartenance… Et c’est dommage que le Liban ne puisse pas offrir à ses citoyens ce minimum… »

Ses vidéos se sont ainsi presque imposées à elle, face à une révolte dont elle était physiquement absente. « Je n’ai rien prémédité ou planifié. Le succès, très peu pour moi… Je n’ai jamais pensé que ça aurait un impact, qu’il soit positif ou négatif. » Pourtant, sa tendance naturelle à dire les choses, ses mots directs et incisifs sont vite devenus sa marque de fabrique. « Ma mission, affiche-t-elle sur son compte Instagram, est de sauver le monde des extraterrestres. » Ce qu’elle tente de faire, à sa manière. « Entre mes professeurs, mes amis, ma famille et mes collègues, j’ai toujours été la personne qui aimait et savait faire rire. Et j’adore ça ! Le plus beau sentiment pour moi est de changer l’humeur des gens. »

Dans sa première vidéo, devenue virale, dévoilée il y a 8 mois, et donc avant le 17 octobre, elle parodiait les salles de gym et les sportifs, leurs poses étranges et leur narcissisme. Puis il y eut le déclenchement de cette révolution qui a bousculé les vies d’une jeunesse en soif de changement. « Une source inépuisable d’inspiration qui m’a fait changer de cap. Certaines personnes croient que je suis pour un parti spécifique, mais pas du tout. Je suis contre tous. Dès qu’un politicien s’exprime, sortant des inepties, ou agit de manière stupide, je ne peux pas me taire. Je mets ma caméra en mode on et je parle. Mes mots sont naturels, mes propos spontanés et directs. Évidemment, je ne fais pas l’unanimité, je ne suis pas épargnée par certaines critiques, mais bon, je ne peux pas plaire à tout le monde. Et finalement, ça m’encourage encore plus à continuer. » Alors, quand elle s’adresse à Gebran Bassil, de retour de Davos, à Hassane Diab, à Ziad Assouad, après ses dérapages, ou encore aux députés qui ont donné leur confiance au gouvernement, mardi, alors que des Libanais, derrière les murs de la honte, brûlaient de rage, on ne peut que se consoler, sourire et applaudir. Une bonne manière de canaliser sa révolte et parfois son désespoir. « Cette révolution m’a permis de grandir et d’améliorer mon quotidien, poursuit la jeune femme. Les réactions que j’ai reçues de personnes que je ne connais même pas m’ont fait chaud au cœur. C’est un cadeau magnifique que cet amour partagé. Il est à la mesure de celui que je porte au Liban. »

De passage au pays pour les fêtes de Noël, « pour quatre jours seulement », Ammounz a eu le temps de flâner sur la place des Martyrs, « malheureusement vide », de humer les parfums d’une révolution alors en mode attente et de ressentir, violemment, « une immense fierté et ce sentiment d’appartenance que j’ai expérimenté pour la première fois » !


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« Je m’appelle Amani Khaled Danhach, mais on m’appelle Ammounz. » C’est ainsi que se présente la femme de 32 ans, grandes lunettes, tatouages aux bras et piercing à la lèvre, et dont les vidéos inondent depuis quelques mois les réseaux sociaux. Un peu par hasard, beaucoup grâce aux reposts, les Libanais découvrent, intrigués et amusés, cette inconnue sortie de nulle...

commentaires (3)

Que pense -t-elle du pillage des sites a Beyrouth ? Va -t-elle faire quelque chose?

Eleni Caridopoulou

18 h 49, le 13 février 2020

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Commentaires (3)

  • Que pense -t-elle du pillage des sites a Beyrouth ? Va -t-elle faire quelque chose?

    Eleni Caridopoulou

    18 h 49, le 13 février 2020

  • Bravo ! Ne lâchez rien c'est vous qui avez raison ✌✌✌✌

    Brunet Odile

    14 h 11, le 13 février 2020

  • J'adore cette jeune femme avec son humour ses tatouages et ses piercings...elle a pu briser tous les tabous de notre societe orientale bien pensante et hypocrite ...et prouver qu'une femme en orient peut reussir seule,par la force de son caractere..et sa vraie nature...

    Houri Ziad

    08 h 53, le 13 février 2020