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Esmaïl Qaani, la continuité sans la flamboyance à la tête de la force al-Qods

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"Qaani n'a pas le charisme de Soleimani, ni sa compréhension du Levant", relève Annalisa Perteghella, chercheuse à l'institut italien ISPI.

OLJ/AFP/ Fabien ZAMORA
09/01/2020

Esmaïl Qaani, le nouveau chef de la force al-Qods désigné pour remplacer Kassem Soleimani, a un long parcours de gardien de la révolution, et semble taillé pour assurer la continuité, mais sans le charisme de son prédécesseur éliminé par les Américains, selon les éléments rassemblés par l'AFP.

"Après le martyr du glorieux général Kassem Soleimani, je nomme le brigadier général Esmaïl Qaani commandant de la force al-Qods" des gardiens de la révolution, a déclaré l'ayatollah Ali Khamenei dès vendredi dernier.

M. Qaani était jusqu'ici chef-adjoint de la force al-Qods, chargée des opérations extérieures de l'Iran. L'ayatollah Khamenei l'a décrit comme "l'un des commandants les plus décorés" des gardiens de la révolution, l'armée idéologique iranienne, depuis la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Si M. Soleimani était devenu depuis quelques années un visage un peu familier pour les observateurs, celui de M. Qaani, est moins connu. Originaire de la province du Khorassan, dans le nord-est du pays, Esmail Qaani serait né en 1957. Selon les éléments du chercheur Ali Alfoneh dans une note du Arab Gulf States Institute à Washington, M. Qaani a rejoint les gardiens de la révolution (IRCG) très peu de temps après l'instauration de la république islamique de 1979, entre 1979 et début 1980. Son parcours le conduira au Kurdistan iranien pour combattre les séparatistes kurdes, et il participera aux combats de la guerre Iran-Irak (1980-1988), au cours de laquelle il se liera d'amitié avec M. Soleimani. "Nous sommes des frères d'armes et c'est la guerre qui a fait de nous des amis", dira-t-il à son sujet dans un entretien de 2015 cité par M. Alfoneh. Il est ensuite nommé en 1987 à la tête du corps Ansar, qui opère en Afghanistan et au Pakistan, ce qui marquerait son entrée dans la force al-Qods.

"Quand Soleimani a été désigné à la tête de la force al-Qods, entre le 10 septembre 1997 et le 21 mars 1998, il a probablement désigné Qaani comme son adjoint", estime M. Alfoneh, ajoutant que le chef se chargeait du front Ouest (Syrie, Irak, Yémen, Liban...) tandis que l'adjoint se chargeait de l'Est.

Mais "sur la partie orientale, l'Iran fait de la diplomatie, mais ne fait pas la guerre", relève Thomas Flichy de La Neuville, professeur d'Histoire des civilisations orientales à la Rennes School of business et chercheur associé à Oxford. Si "Soleimani émerge rapidement comme un chef charismatique (...) Qaani semble plus cantonné à des tâches quotidiennes administratives et bureaucratiques", selon M. Alfoneh.




(Lire aussi : Iran/USA : retour à la case départ ?)



Perpétuer l'héritage
C'est une des différences clés, selon les chercheurs interrogés par l'AFP : "Qaani n'a pas le charisme de Soleimani, ni sa compréhension du Levant", relève Annalisa Perteghella, chercheuse à l'institut italien ISPI.

"Soleimani était un magnétiseur, avec une grande puissance de persuasion, une grande puissance psychologique, c'était un peu Murat en Russie (maréchal de l'empire napoléonien dont les actions sur le champ de bataille étaient souvent décisives, ndlr). Il y a une situation difficile, on envoie Murat avec trois cavaliers, et avec sa force de persuasion il arrive à magnétiser les troupes" et renverser la situation, explique M. Flichy de La Neuville.

Pour autant, lui succéder n'est pas une tâche impossible, Soleimani "est tout à fait remplaçable (...) l'Iran est organisé pour gérer ses opérations d'influence indépendamment des personnalités", estime François Heisbourg, expert à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS).

Le profil de M. Qaani semble le prédestiner à perpétuer l'héritage de son prédécesseur, d'autant que "les ordres de la Force al-Qods demeurent exactement les mêmes que sous la direction du martyr Soleimani", selon le guide suprême.

"A court et moyen terme, ce sera la continuité", selon Mme Perteghella, qui estime "qu'il pourrait y avoir des changements à plus long terme, mais nous restons en terrain connu".


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