L’édito de Élie FAYAD

Nasrallah ignore le Liban : tant mieux ou tant pis ?

L’édito
Élie FAYAD | OLJ
06/01/2020

D’une certaine manière, on peut dire que Hassan Nasrallah s’est plutôt bien sorti de l’exercice périlleux auquel il s’est livré dimanche dans son discours consacré à l’affaire du meurtre par l’armée américaine de Kassem Soleimani. L’enjeu, pour le secrétaire général du Hezbollah, était de taille : comment répondre comme il se doit à l’énorme défi posé par la liquidation de l’homme qui était la clé de voûte de ce que les pro-iraniens nomment fièrement l’« axe de la résistance » ; comment, dans le même temps, montrer que cet axe continue d’exister et de prospérer et que le Hezbollah en demeure partie intégrante ; et, enfin, comment faire en sorte que malgré ce qui précède, le territoire libanais – mais pas nécessairement l’État – reste autant que possible à l’écart des retombées de cette affaire.

En effet, lorsque Hassan Nasrallah appelle à cibler les militaires américains dans la région en guise de « juste châtiment » pour l’assassinat du haut responsable iranien, il exclut de facto le sol libanais de toute opération de représailles, puisqu’il n’existe pas au Liban de présence militaire américaine, sous quelque forme que ce soit. En outre, le patron du Hezbollah a bien pris soin, de façon plus appuyée que de coutume, de prohiber toute action ciblant des civils américains. Le contraire eût d’ailleurs mis en émoi le pays et fortement embarrassé ses alliés politiques.

Faut-il se féliciter de cette évolution du Hezbollah vers une plus grande prise en compte de l’espace et des particularités du Liban dans ce qui touche aux intérêts et à la politique de l’« axe de la résistance » ? Dans une très petite mesure, oui. Cette prise en compte commence en effet à devenir une réalité plus ou moins tangible, ce qu’on a pu observer à quelques occasions au cours des dernières années. Mais ce satisfecit ne peut être que très relatif parce que dès lors qu’il s’agit du processus de « libanisation » du parti de Dieu, l’histoire se montre plus lente qu’un escargot et qu’au-delà de la question territoriale, les prises de position du Hezb continuent de porter en elles de graves périls pour le Liban ; si ce n’est sur le plan militaire, c’est le cas dans les domaines politique, financier et économique.

Voilà des années que le Hezbollah est partie prenante au sein des gouvernements qui se succèdent au Liban, sans que cela ne l’empêche de mettre en œuvre sa politique privée dans un certain nombre de domaines normalement réservés à l’espace régalien. Cette situation contribue à aggraver la schizophrénie dont souffre l’État libanais depuis bien longtemps et qui est l’une des principales causes de l’effondrement de la gouvernance dans ce pays, à côté de la corruption, du clientélisme à grande échelle et de l’incompétence.

Après le discours de Hassan Nasrallah, dimanche, on se retrouve dans la situation suivante : un parti politique libanais armé, membre influent des coalitions gouvernementales successives, appelle à tuer des militaires d’une grande puissance amie du Liban; une puissance qui est la principale source d’assistance pour l’armée libanaise, un membre effectif du Groupe international de soutien au pays du Cèdre, et un État dont un grande nombre de citoyens libanais portent la nationalité… Au final, ce qu’on pense de Donald Trump et de sa politique dans le monde et dans la région importe peu, car ces contradictions-là, c’est le Liban qui, hélas, est appelé à en payer le prix fort, et certainement pas l’Amérique.

Passons, en outre, sur le fait que les propos du secrétaire général tombent sous le coup de la loi, personne n’étant censé appeler à tuer des ressortissants – civils ou militaires – d’un État avec lequel on n’est pas en guerre…

Mais il y a autre chose encore : quelque chose qui tient à la culture même du Hezbollah. Alors que le pays du Cèdre est exsangue, qu’il est en phase d’effondrement moral, politique, économique, financier, social et écologique, et qu’un mouvement de contestation sans précédent y a éclaté, y compris dans l’environnement humain de ce parti, le chef de cette formation se permet de discourir fiévreusement pendant près de deux heures en prononçant une seule fois le mot Liban, de façon tout à fait accessoire, dans le cadre d’une énumération d’une liste de contrées censées faire partie de l’« axe de la résistance ».

Cent ans après la proclamation du Grand Liban, 76 ans après son indépendance, cette entité continue de ne pas peser lourd dans l’esprit de certains Libanais : voilà la triste réalité…

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LA VERITE

Quand HN a dit qu'il allait faire un discours j'ai cru stupidement qu'il consacrera ce discours a la situation Libanaise et au ministere qui n'en fini pas d'etre forme tous les 3 jours dixit Aoun et autres avec quelques mots de sympathie et de condoleances pour Sleimanie

Contrairement aux problemes majeurs des Libanais , HN a parle durant deux heures du meurtre des generaux Iraniens et chefs de milices Irakiennes et pas un mot sur les problemes du Liban. Il a aussi menace toute l'armee Americaines de reprisailles majeurs alors que toute cette affaire ne nous concerne en aucune maniere de pres ou meme de loin.

Il a oublie donc que l'Amerique, NOS AMIS, fourni a l'armee Libanaise les armes necessaires pour la lute contre tout ennemi du Liban a commencer par les restes de ISIS

PAS UN MOT SUR LES PROBLEMES DE CONSTITUTION DU GOUVERNEMENT JUSTE DES PROMESSES D'ATTAQUES SUR L'ARMEE AMERICAINE DANS LE MONDE ENTIER

Qui est ce personage pour se permettre de menacer un pays ami du Liban sans etre poursuivi par la justice et honte a un soit disant president ( et gendre ministre des affaires etrangeres) qui n'ont pas ose ouvrir leur bouche pour condamner fermement cette prise de position alors qu'ils envoie en justice toute personne qui les critique

HASSAN NASRALLAH CONTROLE LE LIBAN C'EST UNE EVIDENCE
TOUS LES AUTRES SONT DES MARIONETTES

PAUVRE LIBAN

Revoltution

CELUI QUI PENSE QUE CE TIR S'EST FAIT SANS L'ACCORD RUSSE C'EST QU'IL N'A RIEN COMPRIS DES COALITIONS DU MOMENT !
Au 20 eme siècle il se trouve encore des gens qui pleurent des génocidaires qui ont fait pleurer et fuir et arracher de leur terre des millions de sunnites Syriens et qu' ont ils gagné ?
Des milliers de jeunes Libanais du Sud morts pour que la Russie s' empare de la Syrie avec les Turques et NE VOULANT PLUS des Iraniens qui sont devenus indésirables .
Et pour HN le comble c'est que après tout ce qu' il a sacrifié qu' a t il découvert ?
c'est que toutes les richesses de Syrie aujourd'hui sont entre les mains de qui ? De riches Syriens ...Sunnites SVP ! Rien pour l' Iran rien pour Hezbollah !!!!Et pour nous les réfugiés .

Honneur et Patrie

La route de l'aéroport de Beyrouth, n'est pas à Ispahan. La banlieue-sud n'est pas à Chiraz. Le bunker n'est pas à Ormuz.
Hassan Nasqrallah est là de passage. Son nom ne sera pas gravé sur le rocher de Nahr-el-Kalb.

Sissi zayyat

La même question revient sans cesse.
Y A-T-IL UN PRESIDENT DANS CE PAYS?
Comment un chef de parti iranien se permet-il de menacer de tuer des militaires d'un pays ami sans que le soit-disant président ne moufte?

Il se manifeste simplement quand son gendre chéri est attaqué. Mais lorsque notre pays est représenté par un chef d'un parti terroriste prenant la posture du president pour décider d'actes répréhensibles par la loi internationale impliquant notre pays dans des conflits qui ne nous concernent pas, il reste muet comme une carpe.

Les libanais devraient ajouter un slogan dans leurs protestations demandant le départ de ce président inexistant et qui fait office de figurant dans le film dont le scénario est écrit par HB et qui est produit par l'argent des libanais qui n'existent que virtuellement dans leur propre pays.
J'espère que les têtes pensantes qui réfléchissent aux déroulements de cette révolution vont trouver une solution alternative radicale pour inverser la vapeur et redonner aux libanais leur liberté et les dirigeants qu'ils méritent. Et le plus tôt sera le mieux vu l'accélération des événements dans la région.
L'armée libanaise doit réfléchir aussi à s'impliquer dans le changement qui aura lieu et reprendre tout son honneur et sa dignité tant méprisés depuis de décennies.

Bashir Karim

Puisque Mr Nasrallah a appelé au meurtre d’américains alors que le Liban n’est pas en guerre avec les USA, un juge va t il le poursuivre pour ceci? Une justice indépendante est une des premières demandes du peuple. Montrez nous!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LUI IL PEUT CROIRE LE FAIRE IGNORER S,IL AGIT AILLEURS MAIS LES AUTRES SAVENT OU IL GITE. C,EST DU CHARABIA. POUR DES ACTIONS AILLEURS IL Y AURAIT DES REACTIONS DANS ET SUR LE DOMAINE.

Yeomans Roger

Chose si triste, c'est que le Liban va bientôt commémorer son indépendance, sans être vraiment indépendant.

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