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Gianni Bracciani, 89 ans au milieu des plumes

Mode
OLJ
09/12/2019

Sa vie, il l’a passée au milieu des plumes. Et à 89 ans, l’artisan italien Gianni Bracciani a toujours le regard pétillant quand il parcourt son atelier où de petites mains s’activent pour créer des pièces pour les grandes maisons de mode.

Angelina Jolie, Hilary Swank, Céline Dion, Naomi Campbell ou Jennifer Lopez ont arboré sur les tapis rouges ses créations imaginées en collaboration avec les griffes les plus célèbres, mais que par souci de confidentialité il se refuse à nommer.

Malgré son âge, Gianni est présent tous les jours aux côtés de sa fille Emanuela, 51 ans. « Les plumes, pour moi, c’est une passion », confie l’octogénaire aux yeux bleus rieurs qui n’a aucune envie de partir à la retraite.

Les plumes, il est quasiment né dedans. L’origine de l’entreprise remonte à 1883 quand son grand-père commence à importer de Paris des pièces de haute couture, puis des plumes qu’il vend en Italie notamment à des chapeliers et chausseurs.

Son père poursuit l’aventure, et lui-même dès l’âge de 15 ans le rejoint, peu friand de l’école. Il s’occupe d’abord des paquets, puis son paternel l’envoie chercher des clients en Europe, en particulier en France.

Quand il prend les rênes de la société avec sa femme Lucia, il décide de la réorienter vers l’habillement. De grandes griffes italiennes, françaises, anglaises, américaines lui passent rapidement commande.

Une famille

Avec ses mètres de tissu et ses plumes colorées, l’atelier Bracciani Piume, situé à Santo Stefano Ticino, à une trentaine de kilomètres de Milan, ressemble à une caverne d’Ali Baba. « Ici, c’est comme une famille », confie l’une des neuf employés, Dani, 62 ans dont 40 de maison. Penché par-dessus son épaule, Gianni lui souffle quelques conseils alors qu’elle colle à la main des plumes noires d’autruche sur une élégante minijupe. À côté d’eux, une machine souffle des plumes dans des morceaux de tissu qui seront assemblés pour créer des doudounes de luxe. Une deuxième activité dont l’idée est venue à Gianni il y a une quarantaine d’années lorsque l’un de ses compagnons d’excursion déchire sa veste alors qu’ils se trouvent sur la cime du Grand Paradis (4 061 mètres dans les Alpes italiennes).

« Nous utilisons des plumes d’oie venant de Sibérie. D’autres entreprises mettent des plumes recyclées, déjà utilisées, mais nous n’utilisons que des plumes vierges. Nous voulons uniquement le meilleur », explique Gianni, dont les manteaux sont exportés vers la Russie, le Japon ou la Chine.

L’atelier crée aussi les panaches des carabiniers italiens. Et a pu faire, par le passé, l’objet de demandes extravagantes, comme cette danseuse qui voulait un lit tout en plumes...

Quand on lui demande si à 89 ans il n’est pas fatigué, Gianni opine : « Si, je suis très fatigué, mais j’aime créer, réaliser ce que me demandent mes clients. »

Hausse des prix

Lui qui dort très peu et fut un grand sportif (ski de montagne, plongée en apnée...) est un vrai créatif. Il a inventé une dizaine de machines pour teindre ou travailler les plumes, et développé « 2 200 recettes » pour les colorer.

« Le problème est de trouver la matière première ; il est de plus en plus difficile de trouver des plumes de bonne qualité », explique Gianni. Car pour qu’un coq ait de belles plumes, il faut près de deux ans.

Or en raison de l’élevage intensif, les oiseaux sont souvent tués avant que les plumes aient pu croître correctement, ce qui a entraîné une hausse des prix.

Les plumes sont coupées sur les autruches car elles repoussent, ou prélevées sur des oiseaux abattus pour être consommés. Aucun animal n’est tué spécifiquement pour ses plumes, dans le respect des traités internationaux, insiste Gianni.

Le futur de l’entreprise, qui réalise un chiffre d’affaires de deux millions d’euros par an, il le voit avec optimisme, grâce à sa fille.

« Travailler avec mon père est incroyablement divertissant mais aussi extrêmement fatigant. C’est un créatif, il commence beaucoup de choses mais les mène rarement à terme », raconte en souriant Emanuela, à qui il revient de les faire aboutir comme l’a fait sa mère jusqu’à sa disparition il y a trois ans.

Mais, malgré les difficultés, elle a elle aussi la passion chevillée au corps et espère que son fils de 17 ans la fera également sienne.

Céline CORNU/AFP

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