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Sur le fil, des Palestiniens risquent leur vie pour la gagner en Israël

REPORTAGE

"La police m'a arrêté quatre fois", raconte un jeune homme, se plaignant d'avoir été détenu pendant plusieurs heures et battu.

OLJ/AFP/Majeda EL-BATSH
24/11/2019

A la faveur de la nuit qui enveloppe encore de son manteau obscur la campagne, des silhouettes se faufilent sans bruit par le trou d'une barrière pour rejoindre Israël, tentant d'échapper aux gardes-frontières et leurs chiens.

Comme eux, des milliers de Palestiniens prennent le risque d'être arrêtés pour travailler clandestinement en Israël et donner aux leurs, en Cisjordanie occupée, de quoi vivre.

Dans le sud de la Cisjordanie, Younès, le visage strié de rides et la barbe poivre et sel, attend de pouvoir passer. "Je suis arrivé à trois heures du matin et je suis tombé sur des patrouilles de police qui nous attendaient", explique l'homme de 55 ans, préférant taire son nom. Ce jour-là, ils sont quelques centaines à vouloir se glisser dans le trou large de deux mètres dans la barrière séparant Israël de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l'Etat hébreu depuis 1967.

Ils doivent ensuite éviter les gardes-frontières israéliens, se cacher dans les buissons sur la colline d'en face, pour finalement atterrir sur un parking. Là, des taxis conduits par des Arabes israéliens les attendent pour les conduire à leur travail.

A un kilomètre du trou par lequel cherche à s'échapper Younès, ceux qui ont la chance d'avoir un permis de travail attendent d'être fouillés, au point de passage de Mitar, entre Beersheva, dans le sud d'Israël, et le sud de la Cisjordanie.

Enfouis sous des anoraks dans le froid du petit matin, ils patientent, visages creusés par la fatigue, et petits sacs avec leur nourriture et leurs habits de travail à la main. Selon la Banque centrale israélienne, près de 70.000 Palestiniens possèdent un permis pour travailler légalement en Israël. Pour obtenir ce précieux sésame, les Palestiniens doivent prouver qu'ils ont un employeur en Israël.

D'après la Banque centrale, 20.000 Palestiniens ont payé l'an dernier l'équivalent de 480 millions de shekels (125 millions d'euros) à des entremetteurs ou des employeurs pour faciliter l'obtention d'un permis. Des milliers d'autres triment clandestinement en Israël, principalement dans le secteur de la construction.


(Lire aussi : Les Palestiniens d’Israël, une histoire entre deux feux)

Pour une bouchée de pain

Conscient des risques, Amir, 20 ans, se faufile tout de même, pour aider sa famille. "On veut juste vivre dignement", dit-il.

En Israël, les salaires sont plus élevés que tout ce qu'il pourrait espérer en Cisjordanie, où le chômage avoisine 15%. "La police m'a arrêté quatre fois", raconte le jeune homme, se plaignant d'avoir été détenu pendant plusieurs heures et battu, et que des chiens lâchés par la police aient poursuivi son groupe.

Interrogé sur les accusations de violences lors des interpellations, le porte-parole de la police israélienne Micky Rosenfeld a affirmé à l'AFP que ces dires étaient "inexacts". "Toutes les activités de la police aux frontières prennent place selon des ordres et un protocole stricts", a-t-il ajouté.

Tayseer, 38 ans, a réussi à pénétrer en Israël et à éviter la police. "On gagne 130 shekels par jour (environ 34 euros) et on paie 50 shekels (13 euros, pour le transport) pour passer. On reste sur notre lieu de travail une semaine ou plus, puis on revient à la maison", explique-t-il.

Parfois, les employeurs rognent leurs salaires, sachant qu'ils ne pourront pas protester, poursuit-il. "Ils ne nous accordent pas de repos parce qu'ils savent qu'on travaille sans permis".


(Lire aussi : Les Palestiniens sont-ils déterminés à rompre leurs relations avec Israël ?)


"Vie d'amertume"

Fin octobre, lorsqu'il a passé illégalement la barrière, Khaled Amro ne savait pas qu'il la franchissait pour la dernière fois. Ce Palestinien de 50 ans est tombé d'un bâtiment en construction, lorsqu'il grimpait pour dormir sur le toit, à Ramla, dans le centre d'Israël, raconte son frère Muntaser.

Selon lui, Khaled s'était vu refuser un permis de travail parce qu'il avait été arrêté pendant la première Intifada (soulèvement palestinien, 1987-93). "Il était chef de famille, avec trois enfants à charge. Et il n'y a pas de travail en Cisjordanie", explique Muntaser.

Le cas de Khaled Amro n'est pas isolé. Selon Dakhil Abou Zaid Hamid, cadre au syndicat israélien Histadrout, la plupart des 81 personnes tuées dans un accident du travail cette année en Israël étaient arabes. Et environ la moitié des décédés travaillaient sur des chantiers.

Dans le sud de la Cisjordanie, Younès doit renoncer à traverser pour aujourd'hui. Le jour se lève et la police israélienne est toujours là. Certains ont réussi à s'échapper, mais 80 ont été arrêtés, selon la police.

Mais il va retenter sa chance, dès qu'il le peut. "Quand je quitte ma maison, je sais qu'il se pourrait que je ne revienne jamais, mais cette vie d'amertume nous pousse à tout tenter", dit-il. "Je n'ai pas peur de la mort, il n'y a pas d'autre choix".


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