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Liban

Aoun impute le retard dans la formation du cabinet aux « contradictions de la politique libanaise »

Message de l’Indépendance

Le chef de l’État lance aux contestataires un nouvel appel au dialogue.

OLJ
22/11/2019

Le président Michel Aoun n’a pas voulu donner la moindre indication sur la date à laquelle il compte convoquer les consultations parlementaires contraignantes pour la désignation d’un Premier ministre, dans le message qu’il a adressé hier à la nation, à la veille du 76e anniversaire de l’indépendance qui intervient cette année dans un contexte de crise économique et financière extrêmement grave. De manière générale, le chef de l’État est resté laconique sur la question du gouvernement. Tout en reconnaissant que « du temps a été perdu », il a attribué le retard dans la mise en place du cabinet aux « contradictions qui régissent la politique libanaise » lesquelles justifient, selon lui, « une temporisation pour éviter le pire ».

« À la veille du 76e anniversaire de l’indépendance, je m’adresse à vous avec la conviction que ce n’est pas le moment de faire des discours, encore moins celui des célébrations. En revanche, c’est l’heure de travailler et de travailler de façon sérieuse car nous menons une véritable course contre la montre. Les défis sont importants avec de lourds enjeux et nous avons déjà perdu trop de temps », a-t-il dit d’emblée. Et d’ajouter : « Le Liban attendait un nouveau gouvernement sur lequel se porteraient tous les espoirs. Il était censé être déjà formé et s’être mis au travail. Cependant, les contradictions qui régissent la politique libanaise ont imposé une temporisation pour éviter le pire. De plus, répondre aux attentes et aux aspirations exige un gouvernement extrêmement efficace, productif et rigoureux. Les défis qui l’attendent sont énormes et les échéances incontournables. »

Il a lancé un nouvel appel au dialogue aux manifestants pour débattre avec eux de leurs revendications véritables et de la façon la plus efficace pour les satisfaire. « Car le dialogue reste le chemin le plus juste pour résoudre les crises », a-t-il dit, avant de les mettre en garde contre le discours de haine : « Lorsque le discours de la rue n’a plus de limites, il peut devenir menaçant pour la nation et la société. N’oubliez pas qu’après cette crise, vous allez retourner chez vous, dans votre quartier, à l’école, à l’université, au travail... Vous allez continuer à vivre ensemble. Évitez de répandre des messages de haine et d’incitations à la violence car si détruire est facile, reconstruire est d’une tout autre exigence, a-t-il déclaré. Ne détruisez pas les fondements de notre société bâtis autour du respect de la liberté de croyance, d’opinion et d’expression de chacun. »

S’adressant par la suite aux militaires, le président a estimé que « la mission la plus difficile à laquelle vous pouvez être confrontés est le maintien de la paix civile comme c’est le cas actuellement ». « Vous devez à la fois protéger la liberté du citoyen qui a le droit de s’exprimer en manifestant et en protestant, tout en veillant à la liberté de circulation de ceux qui veulent se rendre à leur travail ou retourner chez eux. Réussir cette tâche délicate dépend de la confiance que vous accordent les citoyens : elle est précieuse et irremplaçable », a-t-il affirmé.

La lutte contre la corruption

Michel Aoun a par la suite longuement abordé la question de la lutte contre la corruption, cheval de bataille des manifestants. « Au sein même de notre pays, nos institutions, notre économie et notre société sont gravement minées par la corruption. Plus préoccupant encore, la lutte contre la corruption est devenue un slogan récupéré par ceux-là mêmes qui en sont imprégnés jusqu’au cou, a-t-il lancé. Et dès qu’on essaie d’exécuter la moindre action pour y mettre un terme, les confessions et communautés évoquent des lignes rouges à ne pas franchir. »

Ainsi, s’adressant par la suite directement aux Libanais, le président a déclaré : « Vous seuls pouvez supprimer ces lignes rouges. Vous seuls pouvez faire pression pour l’application des lois existantes, obliger à légiférer afin de récupérer les fonds pillés et poursuivre les corrompus. » Et de poursuivre : « Les mouvements populaires récents ont permis de faire tomber certains anciens tabous, renverser quelques protectorats, pousser le pouvoir judiciaire à agir et inciter le législateur à donner sa priorité aux lois anticorruption. »

M. Aoun a néanmoins appelé la rue et les médias à » ne pas se substituer tout à la fois au procureur, au juge et au geôlier », estimant que cela va « nuire au processus de lutte contre la corruption plutôt que d’assainir la situation ». « En effet, lancer des accusations à tout vent et des condamnations sans preuves peut faire du mal à des innocents et permettre aux vrais coupables d’être noyés dans la masse et de poursuivre ainsi leur malfaisance, a déclaré le président. Vous avez donné un coup de pouce à la justice, laissez-la maintenant faire son devoir. »

Le président a ajouté avoir présenté à la justice « 18 dossiers de corruption au sein des administrations d’État depuis 2017 et, à ce jour, aucune condamnation n’a encore été prononcée ». « Si la justice tardive n’est pas équitable, mettre en veilleuse le traitement des affaires de corruption revient à l’encourager indirectement, a-t-il poursuivi. Nous comptons sur les récentes nominations des nouveaux juges pour activer le rôle du pouvoir judiciaire, renforcer son indépendance. Courage et impartialité sont les fers de lance de toute lutte contre la corruption. »

À la fin de son message, Michel Aoun s’est de nouveau adressé aux Libanais : « Notre indépendance véritable ne se fera que lorsque nous nous affranchirons de nos divisions communautaires et confessionnelles afin de parcourir les étapes nécessaires à l’établissement d’un État laïc. » « Il est temps de se mettre à l’œuvre et le prochain gouvernement me trouvera à ses côtés pour participer à ce défi et accomplir des exploits », a-t-il conclu.

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Tony BASSILA

C'est à lui de débloquer la situation en imposant si besoin, une solution. Si les accords de Ta'ef l'en empêchent, il faudra les renégocier car le Liban sera ingouvernable sinon. A quoi sert un chef de l'Etat si ce n'est de trancher en tant qu'"arbitre" afin de trouver rapidement, le(s) compromis qui s'impose(nt) ? Le Liban ne peut plus se permettre de subir de tels blocages (depuis la fin de la guerre civile d'ailleurs) quelles qu'en soient les raisons. A défaut, c'est la ruine financière et économique. Le spectre de la "cessation de paiement" (défaut de paiement) se rapproche de jour en jour hélas.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE RETARD DANS LA FORMATION D,UN NOUVEAU GOUVERNEMENT VIENT AVANT TOUT DE VOTRE INSISTANCE A Y INTRODUIRE VOTRE GENDRE DANS TOUTE NOUVELLE EQUIPE PRESIDEE PAR HARIRI ET PAR LES PRESSIONS DES DEUX MILICES IRANIENNES EXERCEES SUR VOTRE PERSONNE.

Yves Prevost

Les contradictions ne sont pas dans le système politique libanais ( il en existe, mais ce ne sont pas celles-là qui sont en cause ici), mais en lui-même.
Ecartelé entre deux allégeances contradictoires,il essaie de réconcilier l'irréconciliable. Il perd son temps à rechercher un compromis impossible.
Il lui faut faire un choix entre son allégeance à la nation en tant que président de la république, et celle,opposée, au Hezbollah, contractée en tant que candidat à la présidence.
Dilemme cornélien. Le premier implique peut-être un risque de suicide, mais chez les samouraïs le seppuku permettait de retrouver l'honneur perdu.

Yves Prevost

"nous avons déjà perdu trop de temps. (...)répondre aux attentes et aux aspirations exige un gouvernement extrêmement efficace, productif et rigoureux".
Exactement! Alors pourquoi cette attente, ces discutions, ces marchandages et bavardages stériles? Pourquoi insister sur la formation d'un gouvernement POLITIQUE qui, par définition, sera tout sauf "extrêmement efficace, productif et rigoureux"?
Un discours qui se résume, comme les précédents à: "Je vous ai entendus, j'ai compris vos revendications, je les approuve, mais PAS QUESTION de les mettre en oeuvre!"

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