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Économie

Les prix des biens de consommation augmentent de manière « chaotique »

Crise

L’inflation, depuis le début des manifestations, reste mesurée et dépend de nombreux facteurs qui n’affectent pas tous les commerçants de la même manière.

15/11/2019

« Le pouvoir d’achat de la majorité de la population diminue de jour en jour, sous le regard absent des dirigeants politiques et des banques. » C’est sur ce constat engagé que le président de l’Association de protection des consommateurs (APC), Zouhair Berro, a commenté hier pour L’Orient-Le Jour la hausse des prix sur le marché local, alors que la contestation contre les dirigeants du pays se poursuit depuis désormais un mois. « Les prix augmentent de façon chaotique, dans une fourchette allant entre 3 % et 27 % concernant uniquement les fruits, légumes, laitages et viandes », précise-t-il, expliquant se baser sur un échantillon de 88 grandes et moyennes surfaces dans la capitale et alentour. S’il considère que la situation est encore maîtrisée compte tenu des tensions qui règnent dans le pays, le président de l’APC craint néanmoins qu’elle ne se dégrade rapidement et appelle les dirigeants à protéger la livre, dont le cours est fixé au dollar depuis 1997.

La Direction de la protection du consommateur (DPC), rattachée au ministère de l’Économie et du Commerce, considère de son côté qu’il est difficile de communiquer une moyenne de l’évolution des prix sur tout le territoire. « Certains prix ont augmenté dans des proportions pouvant aller de 5 à 15 % sur la période, tandis que d’autres n’ont pas ou peu bougé », explique son directeur, Tarek Younès, en se basant sur les rapports des inspecteurs qui ont arpenté les routes ces dernières semaines, malgré les manifestations et les blocages. Il juge également difficile sans étude exhaustive de définir une cartographie fiable et en temps réel de la hausse des prix par catégorie de produit, segment (luxe, haut de gamme, etc.), répartition géographique ou type de commerce.

Le président du syndicat des propriétaires de supermarchés, Nabil Fahd, partage les observations de la DPC. « Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, et on peut presque dire qu’il y a autant de cas de figure qu’il y a de commerçants, qu’ils soient détaillants ou grossistes, ou qu’ils soient gérants de petites enseignes ou de grandes surfaces », expose-t-il, tablant pour sa part sur une fourchette allant de 0 % à 20 % depuis le début des manifestations.



(Lire aussi : Crise de liquidités : Salamé renvoie la balle dans le camp des banques)


Prix en euros

Sur le terrain, les produits dont les prix augmentent sont généralement importés. « Les grossistes et détaillants répercutent la hausse du cours du dollar dans les bureaux de change, conséquence de l’instauration de mesures de contrôle du change à la fin de l’été (et qui se sont resserrées après la fermeture des banques courant octobre) », rappelle Zouhair Berro. Le prix du dollar atteignait 1 850/1 900 livres en moyenne chez les changeurs, selon plusieurs sources concordantes, avec des pics à 2 000, alors qu’il oscillait autour de 1 600 livres à la mi-octobre. À Beyrouth, un commerce spécialisé dans le matériel informatique calcule depuis quelques semaines ses prix à partir de la parité livre/euro, qui est supérieure à la parité entre la monnaie nationale et le dollar (1 507,5 livres), ce qui lui permet d’esquiver les réclamations de certains clients.

Cette situation a directement impacté certaines filières-clés comme les distributeurs de carburant, les importateurs de blé et ceux de médicaments et de matériel médical, qui ne sont toujours pas satisfaits des modalités mises en place par la circulaire n° 530 adoptée début octobre par la Banque du Liban pour leur permettre d’être fournis en dollars au cours officiel pratiqué pour les transactions bancaires (1 515 livres). Les boulangers se sont ainsi récemment plaints de la hausse du prix de la farine, tout en se refusant à augmenter le prix du pain. Nabil Fahd estime de son côté que la situation est plus nuancée. « Les prix des produits qui ont été importés et stockés avant que le dollar ne commence à fluctuer chez les commerçants n’ont par exemple pas lieu d’être augmentés, même s’ils ont pu l’être dans certaines enseignes », affirme-t-il. De plus, la situation a même convaincu certains acteurs de mettre en avant le fait qu’ils n’augmentent pas leurs prix comme argument publicitaire, à l’image de l’importateur G. Vincenti & Sons ou encore le brasseur local Almaza, racheté par le géant Heineken au début des années 2000.


(Lire aussi : Pour la Banque mondiale, les pertes liées à la crise sont « énormes » pour l’économie libanaise)

Les produits locaux

Plusieurs facteurs entrent également en jeu concernant les produits locaux dont les prix ont augmenté, souvent dans des proportions moins importantes que pour les produits importés. « Certains produits ont augmenté pour répercuter la facture du transport des distributeurs, qui ont éprouvé d’importantes difficultés à approvisionner leurs clients lorsque les routes du pays ont été bloquées par les manifestants », souligne Nabil Fahd. Il cite également le cas des producteurs locaux qui ont répercuté sur les commerçants la hausse des coûts engagés pour importer les matières premières qu’ils utilisent.

« Pour résumer et en tenant compte de ces différents paramètres, la stratégie de bonne foi de chaque commerçant va dépendre de la taille de son entreprise et donc des volumes avec lesquels il est habitué à travailler et des capacités, voire de la volonté qu’il a à supporter certains coûts supplémentaires sans que cela le menace face aux coûts de remplacement, à savoir ce qu’il doit payer pour remplacer ce qu’il a vendu », détaille encore Nabil Fahd. Le prix d’un même produit peut donc avoir été augmenté ou pas d’un commerce à l’autre et certains acteurs peuvent décider de vendre tous leurs produits un peu plus cher sans être obligés de se justifier.

Au final, les principales difficultés ont été constatées dans les monopoles d’État. Selon l’APC, les prix des cartes de recharge de téléphonie mobile ont à nouveau été augmentés unilatéralement par certains commerçants, malgré la décision du ministère des Télécoms de leur permettre de les payer en livres aux opérateurs mobiles. Nabil Fahd dénonce lui le fait que la Régie des tabacs et tombacs continue de vendre les cigarettes qu’elle produit en dollars. Il reste que les consommateurs libanais ne sont pas à l’abri des abus, comme le rappelle la DPC. « La législation est plutôt souple en matière de fixation des prix, mais elle pose tout de même certaines limites », insiste Tarek Younès. Il précise que le décret-loi n° 73 de 1989 interdit par exemple qu’un commerçant vende un produit ou un service à un « prix supérieur au double de son coût » ainsi que toute « hausse injustifiée des prix » pouvant provoquer un « sentiment d’incertitude sur le marché ». « Une des missions des inspecteurs consiste actuellement à comparer les prix des commerçants avec ceux qu’ils pratiquaient avant le 17 octobre. S’ils constatent une hausse, ils peuvent demander au commerçant – détaillant ou grossiste – de la justifier. Si la hausse est injustifiée, les inspecteurs peuvent alors verbaliser le contrevenant et le déférer devant la justice », poursuit Tarek Younès. « La compétence de la DPC se limite néanmoins à contrôler les prix des biens et des services commercialisés sur le territoire. Nous n’avons malheureusement pas le pouvoir d’obliger un commerçant à pratiquer le taux officiel de la parité livre/dollar pour fixer ses prix ni celui de contraindre les bureaux de change à ne pas gonfler leurs prix », reconnaît-il. Il rappelle cependant que le code de la monnaie et du crédit interdit à toute personne physique ou morale d’exiger d’être payée en dollars.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LA CE N,EST QUE LE DEBUT. L,ECONOMIE ETANT L,OTAGE DE LA POLITIQUE IMPOSEE PAR LES DEUX MILICES IRANIENNES LES CHOSES VONT S,EMPIRER. UN URGENT GOUVERNEMENT DE SALUT COMME LE DEMANDE LA CONTESTATION EST SEUL CAPABLE D,ARRETER LE GLISSEMENT DANS LE GOUFFRE ET DE SAUVER LE PAYS.

Sissi zayyat

Mais Salamé a déclaré après son entretien avec Aoun que les banques ont ordre de donner l’argent en leur possession aux citoyens qui leur ont fait confiance juste après avoir ordonné aux banques de faire grève et de garder leurs portes et leur guichets fermés jusqu’a Nouvel ordre.
Ils se foutent royalement de notre tête.

Cadige William

Le Peuple manifeste pour le Changement.
Le Changement devrait aussi commencer a s'opérer dans les mentalités des commerçants pour limiter leur avidité et leur malhonneteté dans ces augmentations abusives sur les prix de vente de leurs produits.
Nous sommes devenus un peuple qui a perdu le sens des valeurs a l’exemple de nos dirigeants.

Bery tus

BLOQUER LES APPROVISIONNEMENTS … BLOQUER LES IMPORTATIONS … QUE TOUT LE MONDE MEURT DE FAIM !!

ET LA ET SEULEMENT PAS LE RICHE, LE PAUVRE, LES PRO-IRAN, PRO-ARABIE SAOUDITE ET PRO ETC SERONT AU MEME PIED D'EGALITE ET LA ON VERRA

Bery tus

SI LES PAUVRES NE PEUVENT PAS EN ACHETER ALORS JE SUIS D'ACCORDS POUR QUE PERSONNE NE L'ACHETE ET D'AILLEURS TOUTES PERSONNES QUI SE RESPECTENT DEVRAIT AUSSI NE PAS EN MANGER

BLOQUER TOUT, PARTAGR TOUT O PEUPLE DU LIBAN FIER !!!

BOSS QUI BOSSE

Je vais le répéter aux rêves-illusions, les plus démunis seront ceux qui en souffriront le plus , je veux dire plus que les pilleurs de l'état libanais QUI SONT LES ALLIÉS PRIVILÉGIÉS DES USA ET DU MONDE OCCIDENTAL.

RENTREZ CHEZ VOUS ET ESSAYONS DE CALMER LES CHOSES SOUS LA DIRECTION ÉCLAIRÉE DU PRÉSIDENT PHARE AOUN. C'EST UN MOINDRE MAL.

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