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La Dernière

Humour et euphorie en temps de révolution

Coolitude

De par le monde, la révolte gronde ces derniers temps dans les rues avec pour seules armes des mots forts et un rire qui résonne.

09/11/2019

George Orwell a écrit : « Chaque blague est une petite révolution. » Cette petite révolution est en train d’alimenter les grands soulèvements qui, ces derniers mois, ont secoué plusieurs parties du monde : du Chili à Hong Kong, en passant par l’Espagne, l’Algérie et le Liban, où l’humour, qui coule de source, s’est mis au service des contestataires. Sous toutes les latitudes, plus qu’un ras-le-bol, les privations, la frustration, la stagnation et la colère contre la corruption des régimes ont été exprimées à coups de manifestations massives. Aux revendications des droits légitimes, est venue s’ajouter la dérision sous les formes les plus créatives. Au Liban, les blagues, les flèches, le persiflage, le sarcasme, la raillerie, la moquerie et les graffitis font florès. Dans les rues de Hong Kong, c’est presque le carnaval de Venise avec des masques portés, notamment lorsqu’une chaîne humaine a été formée sur 40 kilomètres. Les plus favorisés sont les visages du leader chinois Xi Jinping, de Guy Fawkes, devenu le symbole du collectif Anonymous et de personnages de bandes dessinées. Récemment, les Algériens, qui voulaient en finir avec un pouvoir décrépit, se sont armés de drapeaux et de slogans humoristiques pour mener ce qu’ils avaient appelé la révolution souriante. Quant aux Égyptiens, rois de la blague, ils avaient intitulé leur soulèvement de 2011 la révolution du rire. Les Chiliens, mécontents des inégalités sociales, ont sorti leur joker. Aspirant à leur place au soleil, ils ont revêtu le costume du personnage de la carte la plus puissante du jeu.



(Lire aussi : Ces humoristes qui passent du rire aux armes...)



En plein « laughtivism »
Nous voilà donc en plein laughtivism. Il s’agit d’une stratégie mêlant humour et raillerie qui est utilisée par les mouvements non violents afin de miner l’autorité d’un opposant, briser la peur et l’apathie, et bâtir la confiance pour atteindre une large audience. Elle a été définie et principalement pratiquée par deux groupes activistes : The Center for Applied Non Violent Actions et Strategies (Canvas), basé en Serbie, et le groupe Yes Men, basé à New York. Dans une étude intitulée Why Dictators Don’t Like Jokes (Pourquoi les dictateurs n’aiment pas les plaisanteries) et publiée par la revue Foreign Policy, Srdja Popovic et Mladen Joksic, à la tête de Canvas, ont mis en relief la réussite de ce procédé, notamment tel que repris et personnalisé par les contestataires du monde arabe. Pour lutter contre l’ancien président Ben Ali, les Tunisiens s’étaient armés de pains baguettes et d’un esprit caustique ; en Égypte, le président Mohammad Morsi était devenu Super Mario. L’Europe n’est pas à la traîne. En Espagne, le mouvement anticapitaliste fait éclater sa colère en chants et danses.

Les Russes, arborant toujours un visage fermé, ont aussi infusé le rire à leurs manifestations faisant usage de boas, de préservatifs, d’éléments d’hôpitaux psychiatriques et de constructions Lego pour mettre Poutine en boîte. Sans oublier, aux USA, les attaques contre la légendaire statue de taureau, symbole de Wall Street, qui a été prise d’assaut par des protestataires habillés en toréadors.

Pour Marjoleint Hart, à la tête du département d’histoire de l’Université d’Amsterdam, « les outils typiques de l’humour sont les plaisanteries, les caricatures, les chansons satiriques, le théâtre de l’absurde et autres carnavals. Or très souvent, les autorités visées ont de la difficulté à punir leurs auteurs, d’autant que cet arsenal reste apparemment ambigu mais très clair pour la masse ».

Le New York Times évoque ainsi la même genèse dans plusieurs rebellions : « Au Liban, l’étincelle était une taxe sur les appels WhatsApp, au Chili, l’augmentation du tarif du métro (...), en Arabie, la taxe sur les narguilés, et en Inde, une question d’oignons... » Quand, sous les petites choses de la vie, percent les grandes.



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