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Ces jeunes qui chantent l’espoir du soulèvement

Musique

Ils sont jeunes. Ils font de la musique par profession ou par passion. Ils ont tous été mus par le besoin d’apporter leur humble contribution à la révolution d’octobre. Leurs chansons sont devenues des hymnes partagés des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux et scandés en chœur dans la rue. En voici trois.

Rana ANDRAOS | OLJ
04/11/2019

Serge Nader : un slam pour toucher les cœurs

À tout juste 23 ans, le visage et la voix de Serge Nader sont depuis quelques jours de moins en moins anonymes. Et pour cause, son slam Au nom du peuple a été visionné et partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux. « Je ne savais pas que ça allait prendre cette ampleur », avoue celui qui à la base avait envoyé un enregistrement vocal à sa « mère et quelques amis ». « J’ai commencé à recevoir mon enregistrement de plusieurs personnes qui me disaient par exemple que leur grand-mère le leur avait envoyé. J’ai donc décidé d’en faire une vidéo et de la poster sur mes pages des réseaux sociaux », explique celui qui a toujours aimé s’exprimer par l’écriture et la poésie. « Le slam, c’est de la poésie moderne, une forme d’expression où l’on se concentre sur les paroles plus que sur la musique », précise-t-il. Au départ, rien ne prédestinait Serge Nader à emprunter une voie de musicien. Après des études de commerce à la London School of Economics (LSE) et un an à travailler dans une boîte de conseil, il se consacre à un mastère en informatique à Londres. « Je viens d’achever mon mastère et j’ai pris la décision de prendre une année sabbatique pour me concentrer sur la musique », souligne-t-il. Attiré par l’écriture au départ et saxophoniste depuis 10 ans, il prend désormais des cours de chant et de guitare, histoire d’ancrer ses marques dans une voie qui l’appelle depuis son plus jeune âge. L’« enfant de Beyrouth », comme il se présente dans Au nom du peuple, a touché les cœurs de dizaines de milliers de francophones. Et si la langue de Voltaire est son arme de prédilection, c’est parce que c’est sa « langue maternelle » et que pour l’enfant prodige « le patriotisme n’a pas de limites », linguistiques ou autres.



Dahlia on the Run : une intensité tout en douceur

Jeune femme à la voix d’une profondeur poignante, Dahlia on the Run, de son vrai nom Dahlia Nemlich, fait beaucoup parler d’elle depuis quelques jours. Et pour cause : sa chanson Beirut, écrite il y a un an, a pris toute son ampleur depuis que les revendications sociales font rage au pays du Cèdre. La vidéo de la chanson, réalisée et montée par elle, aussi réussie que la chanson elle-même, tissée dans une sensualité et une douceur percutantes, est de plus en plus partagée sur les réseaux sociaux. « J’ai écrit la chanson il y a un an. C’est une représentation personnelle de ce que je ressens à Beyrouth », explique la jeune femme qui a jugé – à juste titre – que les images de ces derniers jours forment l’illustration parfaite de ces contradictions libanaises qui humanisent jusqu’aux conflits les plus gangrenés. Depuis que Dahlia Nemlich est rentrée au Liban il y a de cela trois ans, l’artiste libano-française souligne que le Liban est pour elle anxiogène. C’est à l’occasion d’un phénomène météorologique pourtant rare pour le Liban, un khamsin, qu’elle décide de formuler cette anxiété en paroles. Elle qui n’a pas connu la guerre civile souligne pourtant que les peurs des affres de la guerre « sont passées dans les gènes ». « J’ai voulu faire cette vidéo pour montrer que Beyrouth, ce n’est pas simplement les restes des conflits, mais des individus avec tout ce qu’ils représentent. C’est pour les gens qu’on a envie de rester, pour cette génération qui apprend à se détacher de la violence », poursuit la jeune femme, qui a poursuivi en France des études de cinéma et de production et qui réalise désormais du contenu digital pour une société libanaise. « La musique a toujours fait partie de ma vie », résume-t-elle en confiant que sa mère est chanteuse et son père chanteur et musicien. Et si le succès de la chanson Beirut lui « fait très plaisir », elle ne veut pas faire de la récupération. « Les gens me disent que ma chanson leur donne de l’espoir… ça me suffit. »




Wake Island : un engagement libanais outre-Atlantique

Wake Island, c’est une île perdue dans l’océan Pacifique, à mi-chemin entre l’Asie et l’Amérique du Nord. C’est aussi, pertinemment, le nom du duo formé par Nadim Maghzal et Philippe Manasseh, deux musiciens libanais trentenaires qui résident depuis quelques années entre Montréal et New York. « Nous nous sommes connus lorsque nous sommes venus au Canada au début des années 2000 pour poursuivre nos études universitaires », raconte Nadim qui souligne que les deux compères, qui ont pris l’habitude de faire de la musique ensemble de manière organique, finissent par former un duo à proprement parler sous le nom de Wake Island en 2012. « Depuis que le soulèvement de la rue a commencé, nous sommes restés scotchés sur nos écrans, incapables de fermer l’œil et obsédés par la nécessité de faire quelque chose », ajoute Philippe, qui explique que la diaspora libanaise en Amérique du Nord, comme dans d’autres régions du globe, s’est mise à s’organiser rapidement. « Outre les manifestations, nous avons lancé des réunions de coordination pour voir comment chacun pouvait apporter sa part d’aide », poursuit-il. Et Nadim de reprendre : « C’était viscéral… Les avocats se sont penchés sur les moyens d’aider, des collectes de fonds se sont mises en place… » « Nous, ce qu’on sait faire, c’est de la musique », affirme Philippe. Alors en moins de 4 heures, « avec un mauvais micro et un manque d’équipement adéquat » ils ont composé Lil Thawra et posté la vidéo sur internet. En quelques heures, le morceau electro, rehaussé de paroles en arabe libanais, est repris des milliers de fois sur les plateformes des réseaux sociaux ainsi que sur les places de rassemblement. « Une vraie révolution doit aussi passer par un bouleversement culturel », souligne le duo, qui précise qu’il ne s’attendait pas à ce que Lil Thawra connaisse un tel succès. « Nous sommes très touchés. Les gens nous disent que le morceau les fait pleurer… » souligne Nadim en précisant que Lil Thawra a même été téléchargée sur les plateformes de diffusion.




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