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La créativité au service de la révolution

La Mode

Drapeaux libanais et graffitis inspirés de la révolution en cours, mais aussi hommages fréquents à Beyrouth et au Liban, les couturiers libanais ne manquent jamais une occasion de parler de leur pays et de le célébrer à travers leur savoir-faire. À travers trois exemples réalisés par des figures établies ou émergentes de cette industrie qui porte haut et loin nos couleurs, voici la contribution de la mode à la révolution.

30/10/2019

Rabih Kayrouz, le cèdre comme un talisman

Né en 1973 au Liban, Rabih Kayrouz part à seulement 16 ans suivre à Paris les cours de la Chambre syndicale de la couture parisienne. Après une formation dans les ateliers de Chanel et Dior, il revient à Beyrouth fonder sa propre maison avec des idées radicales, à la croisée des traditions moyen-orientales et de la mode contemporaine. À la fois simple en apparence et complexe dans son architecture, la mode que propose le couturier est la définition même de la culture libanaise, multiculturelle par essence. Sous le signe de la grenade, son logo, Kayrouz fait place à la sensualité à travers des effets tactiles omniprésents comme on le voit dans sa cape rebrodée d’un magnifique cèdre, hommage sans détour à son pays, mais aussi dans sa maille, toujours relevée de reliefs. Ses broderies sans surcharge ne sont pas uniquement ornementales. Elles font partie d’un récit, tels ces poissons dont elles soulignent le chatoiement. Partant de la abaya, degré zéro du vêtement oriental, il décline celle-ci en tombés savants, laissant l’étoffe négocier d’elle-même avec la gravité à partir de points d’attache dont lui seul a le secret. Ce couturier, qui préfère « sculpter » son matériau sur le modèle plutôt que plancher sur le patron, fait partie de l’école sensible, intuitive et ancrée dans sa culture locale qui a pris la relève de la tendance bling-bling des années 1990.

Le « Cri » de Milia M.

Elle-même issue de ces pionniers de la « nouvelle couture » libanaise, Milia Maroun, formée à Esmod Paris, s’investit elle aussi au début des années 2000 dans une mode ancrée dans sa culture sous le label Milia M.. Après avoir tenté une incursion dans le prêt-à-porter à travers l’industrie textile turque, les difficultés du marché libanais la poussent à jeter l’éponge sans pour autant abandonner ce métier qui représente pour elle un mode d’expression privilégié. Inventeuse du kimabaya, vêtement hybride entre kimono et abaya, elle transforme ce manteau en support artistique qui s’expose dans les musées au même titre que des œuvres d’art conceptuelles, avec une première à l’Institut du monde arabe à Paris. Depuis lors, chacune de ses collections est prétexte à une installation motivée par l’exploration d’une idée forte. Ainsi, en 2014, partant de l’aphorisme d’Héraclite selon lequel « tout est mouvant, rien n’est stable », elle propose deux concepts : Panta Rei est une toile composée de 96 hauts en plumes ornés de pastilles colorées formant les mots Everywhere et Nowhere qui peuvent apparaître indifféremment selon l’angle à travers lequel on les regarde. Common thread, le second volet de cette exposition, est représenté par une robe en maille tricotée à la machine et dont des tricoteuses tirent les fils pour former une écharpe, jusqu’à la disparition totale de la robe. Son kimabaya révolutionnaire est orné du graffiti d’une activiste poussant un cri dont la puissance résonne en encre bleue à travers les fils de la toile.

La cape de superhéroïne de Milad Khoreibani

Au Liban, peu connaissent ce jeune styliste issu de la diaspora libano-ivoirienne. Né à Abidjan, il regagne le Liban à l’adolescence et s’inscrit en droit à l’Université libanaise avant de changer de parcours et satisfaire sa passion pour la mode en poursuivant sa formation à Esmod Paris. Sa collection de diplôme saluée par Élie Saab et Rabih Kayrouz, véritables mentors de la relève libanaise, il prend confiance et s’établit à New York où il crée une marque de sporstswear avec son partenaire Blair Stanley. Six ans plus tard, il renoue avec son amour du savoir-faire couture, notamment la broderie et le perlage manuel, ce qui lui permet de rejoindre l’équipe de conception de la marque de luxe new-yorkaise Marchesa, spécialisée en robes de soirée et de mariée. Depuis quelques jours, a circulé sur les réseaux sociaux une photo de la blogueuse et activiste humanitaire Jessika Kahawaty portant une robe immense taillée dans un drapeau libanais scintillant, œuvre du jeune couturier. « Plutôt cape que robe, cette pièce représente tout simplement le peuple libanais. Les voir combattre ainsi la corruption de leurs responsables et de leur système m’a soufflé l’évidence que pour ce combat, ils ont besoin d’une cape de superhéros accompagnée de gants de lutte. C’est pour moi un honneur de voir Jessika la porter car elle incarne chaque jeune femme qui lutte pour les droits humains les plus élémentaires. Je suis avec les gens, j’œuvre pour les gens, et je suis enthousiaste à l’idée que nous allons nous battre jusqu’à l’aboutissement de nos revendications. Il n’y aura pas de retour en arrière. »


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