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À La Une - contestation

En Irak, les protestataires disent "ne pas avoir peur", malgré la mort en 36h d'au moins dix manifestants

Des affrontements aux abords de bâtiments officiels à Bagdad ou du principal port du pays et la coupure d'internet font redouter que le pays ne plonge dans le chaos.

Des Irakiens portant le cercueil d'un proche tué lors des manifestations anti-gouvernement, à Najaf, en Irak, le 5 novembre 2019. Photo REUTERS/Alaa al-Marjani

De nouveaux morts, des affrontements aux abords de bâtiments officiels à Bagdad ou du principal port du pays et la coupure d'internet font redouter mardi que l'Irak, théâtre d'un mouvement réclamant "la chute du régime", ne plonge dans le chaos. Depuis le début le 1er octobre de ce mouvement spontané, plus de 270 personnes -en majorité des manifestants- ont été tuées, selon un bilan compilé par l'AFP.


Les autorités ont proposé réformes sociales et élections anticipées et une commission chargée de rédiger des amendements constitutionnels a commencé ses travaux mardi. Mais les manifestants réclament le départ de tous les responsables et un nouveau système politique.

Les contestataires affluent toujours mardi à Bagdad, assurant "ne pas avoir peur", après qu'au moins dix manifestants ont été tués par les forces de l'ordre en 36 heures, selon des sources médicales. Dans plusieurs villes du Sud, les administrations sont à l'arrêt en raison d'un mouvement de désobéissance civile.



(Lire aussi : De Beyrouth à Bagdad, en passant par Téhéranle commentaire d'Anthony SAMRANI)



"Pas peur"
Mardi, manifestants et forces de l'ordre se sont fait face de chaque côté de blocs de béton installés en travers de trois ponts de Bagdad, sur lesquels les forces avaient tiré à balles réelles la veille, faisant deux morts, de source médicale. Les heurts s'étaient poursuivis dans la nuit sur ces ponts qui mènent vers l'ambassade d'Iran, le siège du gouvernement et les ministères des Affaires étrangères et de la Justice.

Dans la nuit, deux autres manifestants ont été tués à Nassiriya (sud), de source médicale. Dans la province pétrolière de Bassora (sud), les manifestants bloquent depuis plusieurs jours l'accès au port d'Oum Qasr, vital pour les importations et que la plupart des navires ont quitté sans avoir pu décharger. Mardi, les forces ont chargé pour disperser la foule, tuant deux manifestants, de source médicale.

L'ONU a dénoncé de "graves violations des droits humains" alors que de nombreuses voix accusent les forces de l'ordre de tirer des balles réelles, mais aussi des grenades lacrymogènes dix fois plus lourdes qu'ailleurs dans le monde et qui ont déjà déchiqueté des crânes et des membres de dizaines de manifestants, selon des sources médicales.



(Lire aussi : En Irak, c'est le monde à l'envers : couvre-feu et barrages "sur ordre du peuple")



Les autorités ont coupé internet à minuit et la connexion n'est revenue que quelques instants mardi, avant une nouvelle coupure. "Ils l'ont déjà fait, ça ne servira à rien", assure, Ammar, 41 ans, qui manifeste sur la place Tahrir à Bagdad. Internet avait été coupé du 3 au 17 octobre. Le blocus est contourné grâce à des applications VPN (réseau privé virtuel). "Les dirigeants ne nous font pas peur, ce sont eux qui sont effrayés par nous, parce que nous sommes pacifiques", lance une manifestante à l'AFP.

Le Sud chiite est particulièrement touché par le mouvement : quatre manifestants ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi à Kerbala, ville sainte chiite au sud de Bagdad, où des contestataires avaient tenté d'incendier le consulat d'Iran, pays qui tire les ficelles du "régime" selon les manifestants.





"Protéger les manifestants"

Ces journées de violence ont réveillé les douloureux souvenirs de début octobre. Du 1er au 6 octobre, selon les autorités, 157 personnes -quasiment toutes des manifestants- ont été tuées, par des snipers que l'Etat dit ne toujours pas pouvoir identifier.

Revenant sur ces morts qu'elle a qualifiées d'"exécutions arbitraires", l'ONU a appelé à "protéger les manifestants de la violence de 'tierces' parties armées".

Après 18 jours de calme à l'occasion du plus grand pèlerinage chiite du monde à Kerbala, la contestation a repris le 24 octobre. Elle a pris cette fois-ci des airs de gigantesque désobéissance civile pacifique, émaillée de violences meurtrières lors d'attaques de QG de partis et de milices.

Mais depuis lundi, les violences ont repris et mardi -signe de l'inquiétude autour d'une escalade- les dirigeants du Kurdistan autonome, jusqu'ici resté à l'écart, ont rencontré dans leur région le président irakien Barham Saleh, lui-même Kurde.

Depuis quelques jours, la colère de la rue se concentre sur l'Iran, puissance agissante en Irak, comme les Etats-Unis. Le général Kassem Soleimani, commandant des forces chargées des opérations extérieures de l'armée idéologique iranienne, a multiplié les visites en Irak. Et les commentaires du guide suprême iranien Ali Khamenei, qui dénonce un "complot" américain et israélien, ont exacerbé l'ire des Irakiens. "Ce sont les Iraniens qui dirigent le pays, on préfère mourir plutôt que de rester sous leur joug", lance mardi une manifestante sur la place Tahrir, où une potence et un "tribunal du peuple" symbolique ont été installés lundi.



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