Le patriarche Raï a accueilli hier, au siège patriarcal, des délégations de fidèles venus d’horizons politiquement divers, dont des partisans du CPL. Photo ANI
Le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a de nouveau fortement pris fait et cause hier pour le soulèvement populaire du 17 octobre, et fait connaître ses grandes options pour une digne sortie de crise. Il l’a fait devant des députés et des manifestants du CPL venus nombreux assister à la messe dominicale à Bkerké et écouter son homélie. Tout comme le pape François, dans la prière de l’Angélus (voir encadré), le patriarche maronite a relevé la dimension éthique de la crise que vit le pays. Haussant le ton, il a mis en garde contre la grave dérive totalitaire qui menace la démocratie libanaise.
À plus d’une reprise dans son homélie, le patriarche a exhorté les autorités à « écouter les revendications du peuple » et à ne pas « mépriser ni prendre de haut les manifestants pacifiques et civilisés », à ne pas « les discréditer ou jeter sur eux les soupçons de trahison ».
Le chef de l’Église maronite a décrit les manifestations comme étant « une révolution positive réformatrice », et parlé d’un « État de la citoyenneté inclusive et de la diversité », utilisant ainsi un concept développé par la Fondation Adyan qui commence à faire tache d’huile.
Nous sommes en démocratie, a-t-il rappelé, dans une franche allusion aux « lignes rouges » tracées par le chef du Hezbollah face au soulèvement national. « Nous sommes un pays démocratique et non dictatorial, pluraliste et non totalitaire, national et non communautaire ; personne n’a le droit de résumer en sa personne la voix du peuple et de lui imposer sa vision des choses et sa volonté », a-t-il martelé.
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Que des visages neufs
Le patriarche Raï a appelé à la formation d’un gouvernement « entièrement composé de visages neufs, restreint et neutre, dont la composition serait convenue d’avance, de sorte à éviter toute vacance gouvernementale au moment de la démission du gouvernement actuel. Le nouveau gouvernement aurait pour tâche de mettre en œuvre le programme de réformes annoncé par Saad Hariri le 21 octobre, et approuvé par le gouvernement et le chef de l’État. Ce programme de réformes, a-t-il assuré, « est accepté » par les manifestants. Le patriarche, qui estime que la formation de ce cabinet « éloignera le spectre de l’effondrement économique et financier », a insisté sur la convergence des demandes de réforme du soulèvement populaire et de celles du chef de l’État ».
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Dimension éthique
Chemin faisant, Mgr Béchara Raï a tenu à souligner « la dimension spirituelle, éthique et culturelle » des revendications du soulèvement populaire. Aux demandes matérielles, a-t-il dit, se greffent celles qui touchent à la justice sociale. Il a également parlé de « la dignité et des droits basiques » de la population, ainsi que des travers de gouvernance dont elle souffre qui se nomment « négligence, exclusion, despotisme, oppression et dédain ».
Aux manifestants, le patriarche a recommandé de « faciliter les déplacements » de la population et de ne pas « se conduire comme s’ils étaient les maîtres des routes, qui sont propriété publique ». Il a quand même averti que si la classe dirigeante ignore le mouvement de révolte, celui-ci « risque de prendre encore plus d’ampleur (…) et d’être instrumentalisé par des agents subversifs ».
En conclusion, le patriarche maronite a engagé les manifestants qui le souhaitent à réciter tous les jours avec lui à 17h30 le chapelet, pour une sortie de crise gagnante, et « afin d’épargner au Liban l’hiver d’un printemps arabe destructeur ».
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19 h 08, le 28 octobre 2019