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Mgr Essayan : Nous sommes ici pour affirmer au peuple que nous le soutenons dans ses revendications

Pour la deuxième semaine consécutive, une messe a été célébrée hier en l’église Saint-Vincent-de-Paul en ruines au centre-ville de Beyrouth.

Mgr César Essayan célébrant l’office divin. Photo N.M.

Depuis dimanche dernier, l’église Saint-Vincent-de-Paul en ruines connaît une nouvelle vie. À l’initiative des pères lazaristes et jésuites et de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, une messe y est célébrée tous les dimanches tant que le soulèvement populaire qui a débuté le 17 octobre se poursuit.

En jeans et baskets, le drapeau libanais dessiné sur les joues ou les bras, porté à la main, en guise de foulard ou noué au poignet… plusieurs dizaines de fidèles ont pris part à l’office divin célébré hier par le vicaire apostolique des latins au Liban, Mgr César Essayan. Faisant fi de la poussière et des décombres, ils se sont assis à même le sol ou sur les quelques chaises en plastique disposées pour l’occasion. Une table en plastique aussi fait office d’autel et une croix rudimentaire en bois et deux icônes décorent les lieux.

Le choix de cette église a une grande symbolique, « d’autant que saint Vincent-de-Paul est le saint des pauvres qui a prôné la dignité de tout être humain et qui était engagé en faveur de la justice sociale et de la vérité », explique à L’Orient-Le Jour Mgr Essayan. De plus, cette église en ruines « rappelle la guerre du Liban dont nous vivons encore les séquelles », poursuit-il, soulignant que « cette église qui n’a pas encore été reconstruite, alors que tout le centre-ville l’est, met l’accent sur la nécessité de reconstruire aussi la vie des pauvres » du Liban. « Il faut penser non seulement aux pierres, mais aussi aux vies humaines, insiste Mgr Essayan. Nous sommes ici pour affirmer au peuple que nous le soutenons dans ses revendications et qu’ensemble, nous voulons prier le Seigneur dans ce lieu en décombres, rappelant l’injonction de Jésus à saint François d’Assise : “Reconstruis mon église.” Dans le cas du Liban, il faudrait reconstruire ce pays qui est aussi en ruines. »


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Implorer la miséricorde de Dieu

Alors que la messe se poursuivait, les bruits extérieurs de la révolution étaient perceptibles. De temps en temps, on entendait les protestataires crier : « Révolution ! Révolution ! » ou encore « Tous, sans exception ! ».

« À mon avis, il nous faut crier tous, sans exception, insiste Mgr Essayan, dans son homélie. Il est temps d’avouer que depuis la fin de la guerre en 1990, nous aussi n’avons pas su bâtir une nation. » Et d’ajouter : « Nous avons aussi opté pour des moyens faciles pour aboutir à nos fins. Nous avons triché, nous n’avons pas su aimer notre prochain et nous avons favorisé les divisions. Nous avons eu recours aux chefs de nos partis et aux hommes politiques en qui nous avons placé plus de foi qu’en Dieu. Ce qui est absurde. Dans de nombreuses occasions, nous avons déserté Dieu pour les suivre comme des moutons. »


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Mgr Essayan souligne que les manifestants appellent à « la justice sociale ». Mais pour lui, « la révolution doit se faire aussi contre notre propre personne », affirme-t-il. « Elle doit nous rendre à l’évidence que nous aussi n’avons pas su construire une nation, martèle-t-il. Elle doit nous pousser à réfléchir sur la nation que nous voulons et le Liban pour lequel nous voulons lutter. »

Il a appelé tout un chacun à « demander des comptes sincères à soi-même » et à « implorer la miséricorde de Dieu », parce qu’il a « choisi l’esclavage à la liberté qu’Il nous a accordée, et cet esclavage était la voie de la facilité ». « Aujourd’hui, nous en prenons conscience, constate-t-il. Il faut solliciter l’aide du Seigneur pour persévérer dans la vigilance et pouvoir construire notre vie, celle de notre famille, de notre communauté, de notre région, de notre pays et pouvoir ainsi construire une patrie. »

Pour Mgr Essayan, « le plus grand défi reste celui de suivre le chemin du Seigneur tout en réclamant ses droits ». Il a appelé les fidèles à « revenir à la prière » et à « l’Évangile », mais aussi à revenir à l’identité et à l’authenticité libanaises « et de bâtir sur ces valeurs. Il ne faut pas avoir peur de lutter, d’aller de l’avant et de réclamer ses droits, mais il ne faut pas non plus oublier de demander la miséricorde de Dieu », a-t-il conclu.


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Depuis dimanche dernier, l’église Saint-Vincent-de-Paul en ruines connaît une nouvelle vie. À l’initiative des pères lazaristes et jésuites et de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, une messe y est célébrée tous les dimanches tant que le soulèvement populaire qui a débuté le 17 octobre se poursuit.

En jeans et baskets, le drapeau libanais dessiné sur les joues ou les...

commentaires (1)

Exactement, vrai.

Eddy

13 h 16, le 28 octobre 2019

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Commentaires (1)

  • Exactement, vrai.

    Eddy

    13 h 16, le 28 octobre 2019