Témoignages

« Nous sommes avec vous ! » : paroles de manifestants libanais, à Paris

Ils étaient plus de 4 000 sur la place Joffre, face au Mur pour la Paix et à la tour Eiffel, selon les organisateurs. 4 000 personnes venues afficher, pour le second dimanche consécutif à Paris, leur soutien au peuple libanais qui manifeste depuis onze jours. Nous leur avons donné la parole.

Les Libanais étaient de nouveau mobilisés, hier, sur la place Joffre, à Paris. Photo Anne Ilcinkas



Ziad Saab.

Ziad Saab, 31 ans, responsable d’un magasin de cigarettes électroniques, en France depuis 21 ans

« Ce qui se passe au Liban est historique. C’est la première fois que le peuple est uni comme ça depuis la guerre civile. Personnellement, je ne veux pas de leurs réformes, je veux un pays normal. Baisser les salaires des anciens ministres, d’accord, mais pour le Libanais qui gagne 400 dollars par mois, ça ne va rien changer, alors ça ne sert à rien. Il faut un vrai renouveau, s’inspirer des pays dont le système fonctionne, comme la Suède ou la Norvège. »



Rim Abla.

Rim Abla, 23 ans, travaille dans le secteur de la publicité, à Paris depuis 3 ans

« Nous sommes rassemblés ici pour montrer notre soutien à tous les Libanais qui manifestent depuis 11 jours, même si nous ne sommes pas au Liban en ce moment. Nous sommes rassemblés ici pour leur dire : “Nous sommes avec vous !”. Nous ne voulons pas qu’ils s’arrêtent. Nous voulons qu’ils continuent jusqu’au vrai changement. C’est la première fois que nous sommes tous ensemble, la diaspora avec les Libanais du Liban. Mes parents vivent à Dubaï. Ils aimeraient revenir au Liban pour leur retraite. Moi aussi, j’aimerais bien revenir car toute ma famille est là-bas. Mais les salaires ne permettent pas de vivre dignement au Liban. Mes parents et grands-parents ne pensent pas qu’on va avoir vraiment un gros changement. Mais pour la première fois, nous sommes tous ensemble. J’ai parlé avec des personnes qui ont connu la guerre, elles sont assez pessimistes sur la situation. Mais je partage avec les jeunes de ma génération une vision plus optimiste du Liban. Nous avons de l’espoir. »



Joëlle Touma et Katia Jarjoura. Photos Anne Ilcinkas

Joëlle Touma, 48 ans, scénariste, et Katia Jarjoura,

44 ans, réalisatrice de documentaires, installées en France depuis plusieurs années

Joëlle Touma : « Je suis venue aujourd’hui soutenir la révolution au Liban. Je veux leur dire qu’ils ont raison, qu’on les soutient, et que c’est grâce à eux que peut-être un jour on rentrera. »

Katia Jarjoura : « Je pense que tous les gens qui sont ici rêveraient d’être au Liban aujourd’hui. Si nous le pouvions, nous prendrions tous le premier avion pour aller prendre les mains de ceux qui forment cette formidable chaîne humaine aujourd’hui et être parmi eux. »

Joëlle Touma : « J’ai quitté le Liban car c’est un pays dysfonctionnel, corrompu, où il n’y a pas de travail, où plus rien n’avance, parce qu’il n’y a pas d’horizon, pas d’avenir, à cause de ces politiciens, collés à leurs sièges depuis 30 ans. Il faut qu’on s’en débarrasse, voilà. Nous avons de l’espoir, mais nous sommes inquiets aussi, car il y a beaucoup d’inconnues. Mais c’est très bien que ça ait bougé, qu’il y ait cette solidarité, c’est énorme. »

Katia Jarjoura : « Il y a une volonté commune de tous les Libanais de faire un changement radical, un changement de système, avec une nouvelle Constitution, un désarmement des milices. Si ça ne change pas, nous retournerons à la case départ. »



Cynthia Ghosn.

Cynthia Ghosn, 31 ans, gérante d’un institut

« Je veux dire aux gens qui manifestent de ne pas laisser tomber, de ne pas baisser les bras, et surtout de ne pas avoir peur. Nous voulons faire tomber le gouvernement, soutenir notre famille qui est là-bas, qui se bat tous les jours pour avoir de l’électricité, une vie normale avec des droits, de l’air respirable. Forcément, le mouvement sera infiltré, mais la plupart des Libanais savent ce qu’ils veulent : un gouvernement non corrompu, un gouvernement laïc, pas mêlé aux religions. Concernant les discours sur les réformes de Hariri, ce sont encore des promesses inutiles. Nous savons très bien qu’elles ne seront pas appliquées. Les membres de ma famille, au Liban, n’y croient pas du tout. »



Bruno Haentzler.

Bruno Haentzler, 59 ans, responsable financier

« Je suis venu manifester aujourd’hui pour que le Liban renaisse encore une fois de ses cendres. Je suis français, marié à ne Libanaise. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma nièce libanaise et j’aimerais que ses frères ne soient plus obligés de s’expatrier dans les pays du Golfe pour travailler, qu’ils puissent rester au pays. J’aimerais qu’il y ait une meilleure répartition des richesses. 10 % des Libanais possèdent 90 % des richesses du pays. »



Khaldié Khalil.

Khaldié Khalil, infirmière, 35 ans, en France depuis 13 ans, deux enfants de 9 et 7 ans

« Ils ne nous ont même pas laissé l’air pur. Ils ont tout pris dans leurs poches. Il ne reste plus rien ; que la pauvreté, la pollution, beaucoup de monuments historiques ne sont pas entretenus. Le Liban me fait mal au cœur. Nous sommes venus en France pour l’avenir de nos enfants. Aujourd’hui, nous voulons le changement pour qu’un jour, nos enfants puissent retourner dans notre pays. Nous avons de l’espoir. Nous avons déjà gagné. Nous n’avons plus rien à perdre. »

Rassemblement du « Cercle Khalil Gibran »

L’association « Cercle Khalil Gibran » a organisé le 25 octobre un rassemblement à proximité de l’ambassade du Liban et demandé de façon solennelle à la France, « pays des droits de l’homme, d’appuyer le soulèvement populaire légitime des Libanais ».

Dans un communiqué, les organisateurs rappellent qu’après avoir « marché contre les occupations syrienne et israélienne de notre pays, aujourd’hui, nous manifestons contre les politiques corrompus qui malmènent notre pays depuis 30 ans ».

« Notre devoir à nous, Libanais, Libanaises ou simples citoyens attachés à la liberté des peuples opprimés, est de soutenir nos compatriotes qui se révoltent pacifiquement », souligne le communiqué qui exprime son « refus que cette classe politique corrompue, incompétente et irresponsable se maintienne plus longtemps à la tête du pays du Cèdre ». « Faillite économique et sociale, dette abyssale, pollution extrême de notre environnement, pauvreté, chômage, explosion des cancers, infrastructures et services publics en ruine, émigration de nos jeunes, pillage des ressources financières du pays... Cela doit cesser », ajoute l’association « Cercle Khalil Gibran » dans son communiqué.


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Ziad Saab.

Ziad Saab, 31 ans, responsable d’un magasin de cigarettes électroniques, en France depuis 21 ans

« Ce qui se passe au Liban est historique. C’est la première fois que le peuple est uni comme ça depuis la guerre civile....

commentaires (2)

Bravo, nous sommes tous un seul et unique peuple avec une destiné commune. les habitants de toutes les regions nous montrent combien les dirigeants actuels nous ont divisé sur des lignes sectaires et religieuse. Poursuivons le combat, de Tripoli a Nabatiyyeh jusqu’a que tout ces leaders comprennent que ce que les manifestants veulent ne sont pas uniquement des revendications economiques mais un chamboulement de la notion de “politics as usual” ou les gains d’une communauté serait la perte d’une autre. Ou les gains d’une communauté dans les pays voisins devrait etre retransmise en gains locaux pour cette meme communauté. Les Libanais sont ENFIN en train de se creer une identité nationale qui espérons le surpassera l’identité communautaire. Ou etre libanais serait plus important que d’appartenir a une minorité chretienne ou chiite ou sunnite ou druze dans la region. N'écoutons plus ces geopoliticiens heineux, amateur et fanfaronds. ils n’ont tout de meme jamais vecu au liban pour savoir ce qui s’y passe vraiment. Ils raisonnent encore en tant que “moi contre toi”. Bien au chaud a l’etranger. Les libanais veulent passer au stade superieur. Ou tout le monde aurait les meme droits et les memes opportunitiés. Modernisme mondial oblige. Les Libanais de la diaspora ont parlé.

Thawra-LB

12 h 08, le 28 octobre 2019

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Commentaires (2)

  • Bravo, nous sommes tous un seul et unique peuple avec une destiné commune. les habitants de toutes les regions nous montrent combien les dirigeants actuels nous ont divisé sur des lignes sectaires et religieuse. Poursuivons le combat, de Tripoli a Nabatiyyeh jusqu’a que tout ces leaders comprennent que ce que les manifestants veulent ne sont pas uniquement des revendications economiques mais un chamboulement de la notion de “politics as usual” ou les gains d’une communauté serait la perte d’une autre. Ou les gains d’une communauté dans les pays voisins devrait etre retransmise en gains locaux pour cette meme communauté. Les Libanais sont ENFIN en train de se creer une identité nationale qui espérons le surpassera l’identité communautaire. Ou etre libanais serait plus important que d’appartenir a une minorité chretienne ou chiite ou sunnite ou druze dans la region. N'écoutons plus ces geopoliticiens heineux, amateur et fanfaronds. ils n’ont tout de meme jamais vecu au liban pour savoir ce qui s’y passe vraiment. Ils raisonnent encore en tant que “moi contre toi”. Bien au chaud a l’etranger. Les libanais veulent passer au stade superieur. Ou tout le monde aurait les meme droits et les memes opportunitiés. Modernisme mondial oblige. Les Libanais de la diaspora ont parlé.

    Thawra-LB

    12 h 08, le 28 octobre 2019

  • LA DIASPORA S,EST EXPRIMEE PARTOUT DANS LE MONDE SOLIDAIRE DE LA REVOLUTION SUPERBEMENT PACIFIQUE DU PEUPLE LIBANAIS

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 38, le 28 octobre 2019