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Liban

Une forte mobilisation et un incident avec l’ancien député Misbah Ahdab

Liban-Nord
19/10/2019

Le tableau au Liban-Nord n’était pas différent de celui observé dans l’ensemble des régions libanaises. Rassemblés sur la place Abdel-Hamid Karamé à Tripoli, les habitants de la ville et du Liban-Nord s’en prennent à l’ensemble des hommes politiques, en particulier à ceux qui les représentent.

Le mouvement de protestation ne s’est toutefois pas déroulé sans heurts. Hier dans l’après-midi, des manifestants s’en sont pris à l’ancien député Misbah Ahdab, qui désirait participer au rassemblement et prononcer un discours sur la place. Mais lorsque des protestataires ont voulu l’en empêcher, l’aspergeant à cet effet d’eau, ses gardes du corps ont riposté en ouvrant le feu afin de les disperser. Quatre personnes ont été blessées. Un protestataire se trouvait dans un état critique.

À la suite de cet incident, des manifestants se sont rassemblés devant la maison de l’ancien député, détruisant la tente installée par ses gardes du corps. Les forces de l’ordre se sont immédiatement déployées sur les lieux. En soirée, une patrouille des services de renseignements a arrêté deux des gardes du corps qui accompagnaient M. Ahdab, A. S. et M. Ch.

Contacté par L’Orient-Le Jour, l’ancien député assure que la majorité écrasante des manifestants l’ont accueilli. « Ils étaient ravis de me voir parmi eux et c’est ainsi que j’ai réussi à me rendre au centre de la place, avant que quelques protestataires ne m’empêchent de prononcer un discours, m’aspergeant d’eau, explique-t-il. Et de poursuivre : « Il est vrai que mes gardes du corps ont dû ouvrir le feu, mais ils n’étaient pas les seuls à le faire. » Selon M. Ahdab, Maan Abdel Kader, un de ses gardes du corps, a été blessé par balle.

D’où provenaient les tirs qui l’ont blessé ? « Certainement pas de chez les manifestants. Il faut poser cette question aux services de sécurité », dit l’ancien député. « Au cours des dix dernières années, je n’ai raté aucun sit-in, rassemblement ou toute sorte de mobilisation menée par les habitants de Tripoli, et ils le savent bien, assure-t-il. La preuve est que je suis en dehors de l’establishment. »



(Lire aussi : Le tandem Amal-Hezbollah dans la rue : réaction « spontanée » ou mot d’ordre politique ?)



« Ras le bol ! »
La rue à Tripoli s’était mobilisée dès jeudi soir. Des manifestants ont arraché des portraits du Premier ministre Saad Hariri, de l’ancien chef du cabinet Nagib Mikati et du député Fayçal Karamé. Ce dernier avait déclaré être en faveur des manifestations, appelant ses partisans à descendre dans la rue. Les manifestants ont également encerclé la demeure de M. Mikati alors que d’autres ont saccagé le bureau du député alaouite Ali Darwiche à Jabal Mohsen.

Sur la place al-Nour, des centaines de protestataires se sont rassemblés autour de l’énorme sculpture en métal représentant en inscription le nom d’Allah. « Révolution ! Le peuple veut la chute du régime ! » scandaient-ils à l’unisson. Les protestataires, dont certains étaient juchés sur la sculpture, ont conspué le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, mais surtout les hommes politiques de la ville. « Tripoli vit un jour historique », a affirmé au micro un homme.

Au beau milieu du rassemblement, assis sur une chaise, Mahdi Karamé se faisait couper les cheveux par un coiffeur professionnel. « Na’iman » (bonne coupe), lui lançaient les manifestants, le surnommant pour l’occasion « le fiancé de la révolution ». Pourquoi le fait-il ? « Parce que nous ne quitterons plus les lieux avant le départ de toutes les figures de la classe politique au pouvoir », affirme-t-il.

Nour el-Masri, 26 ans, est fraîchement rentré de Barcelone, en Espagne. Il assure qu’il « continuera à manifester tant que les gens resteront dans les rues ». « Après avoir vécu en Espagne, j’ai réalisé à quel point les habitants de Tripoli et les Libanais vivent dans la misère », ajoute-t-il avant de poursuivre : « Je suis contre toutes les figures politiques. »

Nada Chahal et Marlène Ayoub, sexagénaires, sont des amies d’enfance. « Ras le bol ! » lancent-elles avant de poursuivre : « Nous sommes descendues manifester contre tous ceux qui sont au pouvoir. Ils sont tous responsables de la situation dans laquelle se trouve le pays. »

« Tripoli a toujours été marginalisée, renchérit Mme Ayoub. Aux yeux des responsables, elle ne figure même pas sur la carte du pays. Nous sommes venues montrer la belle face de la capitale du Nord, celle que vous voyez maintenant, et non pas l’image que les médias cherchent à diffuser de la ville. »


(Lire aussi : La rue a remis les compteurs à zéro)



À Zghorta
Comme dans le reste du pays, la plupart des artères de la ville ont été fermées par des pneus enflammés. Aussi, toutes les routes liant Tripoli à Zghorta ont été bloquées. De leur côté, les Zghortiotes ont bloqué la route reliant leur ville au caza du Koura, ainsi qu’à Ehden et d’autres villages du caza. En fin de soirée, une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux montrant des protestataires brûlant un énorme portrait du député de Zghorta, Tony Frangié, sur l’autoroute Zghorta-Majdlaya. Dans l’après-midi, une centaine de personnes se sont rassemblées autour du rond-point face à l’école North Lebanon College, bloquant les routes menant à Ehden et au Koura. Dans une ambiance plutôt festive, les manifestants dansaient la dabké aux rythmes des tambours et de chansons patriotiques.


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