Éléonore Caroit, ministre déléguée française, en compagnie de Ghassan Salamé (d.), ministre de la Culture, à Byblos, le 19 juin. Photo ANI
Éléonore Caroit, ministre déléguée française chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, se trouve être à l’origine d’une initiative diplomatique peu commune : venir au Liban avec deux collègues, l’une britannique et l’autre qatarie, de manière tout à fait officielle, afin d’évaluer conjointement avec les pouvoirs publics libanais les besoins du pays en guerre en matière d’aide humanitaire, de gestion des écoliers des établissements sinistrés, de défense du patrimoine, etc. ; mais aussi et surtout pour porter un message politique commun de soutien à l’État libanais et de promotion de sa souveraineté, face à la fois au Hezbollah et à Israël. « On a besoin d’un Liban souverain », a-t-elle lancé lors d’une rencontre avec la presse, dont L’Orient-Le Jour, vendredi à la Résidence des Pins, à l’avant-dernier jour de sa visite à Beyrouth. « J’ai eu des discussions avec des collègues européens, ministres chargés du Développement, mais ça me semblait important de faire (le déplacement au Liban) avec une ministre britannique et une ministre du Golfe », a déclaré Mme Caroit. Elle a indiqué avoir présidé avant le sommet proprement dit un G7 ministériel sur le développement à Paris. L’objectif principal, c’était la réforme de l’architecture du développement. « Il est très important pour nous de lutter contre la fragmentation de l’aide humanitaire, mais aussi de l’investissement dans le développement. En gros, vous avez parfois des pays qui doivent répondre à plus d’une centaine d’agences multilatérales. Et ça, évidemment, ça rend leur travail plus difficile. Donc, le fait de faire un voyage conjoint répondait à cet objectif », a-t-elle expliqué. Il a fallu ainsi « trouver les priorités du Liban et essayer de travailler ensemble sur ces priorités ».La visite des trois ministres a comporté des entretiens avec les principaux responsables du pays, à l’exception du Premier ministre qui se trouvait à Paris. « L’idée était vraiment de rencontrer tous les acteurs, en tout cas institutionnels, du gouvernement libanais ou les principaux et leur exprimer notre solidarité, notre soutien, voir avec eux quelles sont les priorités qu’ils identifient dans le cadre de cette crise et ensuite voir comment nos pays peuvent contribuer. Cela a été très productif. »
Pourquoi Londres et Doha ? Le format à trois est « assez inhabituel », a-t-elle admis. « Je l’ai décidé, je l’ai proposé à mes homologues (Mariam al-Misnad, ministre d’État du Qatar chargée de la Coopération internationale, et Jenny Chapman, ministre d’État britannique en charge du Développement international) qu’elles ont accepté et qui, je pense, a envoyé un message important aux autorités libanaises ». « Très sincèrement, un déplacement de trois ministres en même temps dans un pays en guerre, c’est extrêmement difficile à monter, a-t-elle poursuivi. Donc il fallait que je le fasse avec des ministres avec lesquels j’ai déjà une relation antérieure. Nos équipes se connaissent, on a déjà travaillé ensemble avec la ministre anglaise. Et puis, par ailleurs, le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne. Donc moi j’étais la représentante des pays de l’UE. Et pour le Qatar, c’est un peu la même chose, c’est-à-dire que c’est aussi une ministre que je connais très bien. Je me suis rendue à Doha où nous avons travaillé ensemble sur un certain nombre de sujets et je trouvais que c’était intéressant d’avoir une ministre du Golfe, parce que c’est un sujet qui touche aussi la région. » « Pour moi, le plus important, c’était de dire que la France regarde le Liban, soutient le Liban, écoute et entend ce que le Liban a à dire et est en mesure d’embarquer d’autres pays pour faire en sorte que l’on parle du Liban dans ce conflit régional », a-t-elle encore dit. « Il y a plusieurs niveaux de la crise (...) Il faut parler de ce qui se passe au Sud. À un moment donné, il faut que l’occupation israélienne se retire, que le Hezbollah arrête ses frappes... Toutes ces conditions sont nécessaires. »La France, le Qatar et le Royaume-Uni sont trois pays « qui peuvent avoir certaines divergences, mais on est tous très clairs sur le besoin d’aider le Liban, d’accompagner le Liban, à la fois dans la crise humanitaire, mais aussi dans sa reconstruction (...). Sur le message plus politique, c’est de dire on soutient le gouvernement libanais. On soutient l’État libanais, les institutions libanaises. On a besoin que le Liban puisse être souverain. On a besoin que le Liban puisse retrouver son intégrité territoriale », a martelé Éléonore Caroit. « Aujourd’hui, nous souhaitons qu’il y ait une paix durable au Liban pour permettre à ce pays de se reconstruire et d’avancer. Et ce message, nous l’avons transmis toutes les trois aux différentes autorités que nous avons rencontrées. Je pense qu’il a été entendu. »Abordant la question des écoles, elle a rendu hommage au personnel des établissements qui ont dû fermer, notamment au Sud, et se réorganiser pour rouvrir des classes entières dans des zones moins exposées. Et en réponse à une question sur la francophonie, elle a déclaré : « Je suis profondément attachée à l’enseignement du français, à la presse en français, à tout ce qui est en français au Liban. Mais là, ça va au-delà. C’est-à-dire que notre soutien, il est à tout le peuple libanais (...) La continuité de l’éducation, le fait que les enfants ne soient pas déscolarisés, qu’ils ne partent pas une année, est évidemment une priorité pour nous », a-t-elle souligné.


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