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Sit-in des militaires à la retraite dans le secteur du Palais de justice

Liban

Un général à la retraite dénonce "l'action inacceptable des autorités", qui pousse les vétérans à "élever la voix et continuer à clamer leurs revendications".

OLJ
09/10/2019

Quelques dizaines d'anciens militaires de l'armée libanaise ont organisé un sit-in, mercredi dès l'aube, devant la direction générale des Finances, afin de protester contre des retards de paiement des allocations de retraite et de certains de leurs avantages. Les manifestants ont brièvement fermé les routes menant au rond-point du Palais de justice, à côté duquel se trouve le bâtiment, provoquant des embouteillages. 

Les vétérans se sont rassemblés dès 6h devant les différentes entrées du bâtiment, alors que les forces de sécurité étaient largement déployées sur les lieux. Ils ont élevé la voix pour protester contre les "discriminations" dont ils sont victimes et réclamé que les indemnités de fin de service soient payées aux soldats démobilisés depuis l'année dernière. Les anciens militaires ont encore appelé l’État à leur verser des aides leur permettant de couvrir leurs frais médicaux et les aides à la scolarité pour leurs enfants, impayées depuis près d'un an et demi. Ils ont demandé des explications quant au retard de paiement de leurs dus. 

Réagissant en fin de matinée aux revendications des vétérans de l'armée, le ministère des Finances a publié un communiqué dans lequel il exprime "sa solidarité avec les retraités de tous les services de sécurité militaires et civils". "Lors de la préparation du budget de l’État pour l'exercice 2019, un montant de 450 milliards de livres libanaises (300 millions de dollars américains, ndlr) a été réservé pour payer les indemnités de fin de service". Le ministère précise toutefois qu'en raison du gel des départs anticipés à la retraite pour les militaires et les fonctionnaires, nombre d'entre eux ont annoncé la fin de leur service, ce qui a coûté 540 milliards de livres libanaises au Trésor et obligé le ministère à réclamer une ligne de crédit supplémentaire afin d'assurer les pensions de retraite des militaires. "Nous attendons actuellement l'approbation de cette ligne de crédit afin de pouvoir payer leurs dus aux vétérans", a conclu le ministère.
Les vétérans ont critiqué cette réponse du ministère des Finances, estimant que la question de l'ouverture d'une ligne de crédit supplémentaire est "un prétexte fallacieux". Ils ont reproché au ministère de ne pas avoir justifié le retard de paiement des aides à la scolarisation et médicales, des frais qui sont inclus dans le budget 2019. "Le non-paiement de ces aides est dû aux discriminations pratiquées par le ministère des Finances, qui paie certains fonctionnaires et pas d'autres (les militaires à la retraite)", ont-ils regretté. "Monsieur le ministre Khalil, pourriez-vous vivre neuf mois sans salaire ?", ont-ils demandé.




Routes bloquées
En début de matinée, les retraités de l'armée avaient déplacé leur sit-in, de l'entrée principale du bâtiment du ministère des Finances vers l'entrée du service-clientèle, bloquant l'accès aux employés. Ils ont demandé aux fonctionnaires de partir parce que "les retraités ne quitteront pas leur position de si-tôt". "Nous avons lancé notre mouvement à 6h du matin et sommes prêts à rester ici jusqu'à la fin de la journée de travail officielle", a lancé le vétéran Samy Rammah.

Répondant à une question de notre correspondante sur place, Anne-Marie el-Hage, concernant le nombre restreint de manifestants, un général à la retraite a indiqué que certains vétérans avait préféré ne pas participer au mouvement de contestation "en raison de pressions politiques" dont ils ont été la cible. 

A partir d'un peu avant 11h, les manifestants ont bloqué à plusieurs reprises la route menant du rond-point du Palais de Justice, à Achrafié, en se couchant sur le macadam, rapporte l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle). Ils ont également empêché la circulation dans le tunnel souterrain situé avant le rond-point, provoquant des embouteillages.

"Nous ne fermerons pas les routes et ne brûlerons pas de pneus", comme le font régulièrement les manifestants lors de sit-in au Liban, avait pourtant affirmé en début de matinée le général à la retraite André Abou Machaar, qui avait souligné que "ce dont souffrent les militaires, le peuple libanais dans son ensemble en ressent les souffrances". Il avait critiqué "l'action inacceptable des autorités", qui les pousse à "élever la voix et continuer à clamer leurs revendications". 



(Lire aussi : Série de manifestations contre la crise économique à Beyrouth, Tripoli et Baalbeck)



Sit-in d'avertissement
Le général retraité Georges Nader a quant à lui affirmé au micro de la chaîne de télévision locale LBC qu'il s'agissait d'un "sit-in d'avertissement". "Nous voulons demander au ministre des Finances Ali Hassan Khalil pourquoi nous sommes traités de manière discrétionnaire", a-t-il souligné, mettant en garde contre "d'autres mouvements de protestation" si les responsables n'écoutent pas leurs revendications. M. Nader a ajouté que le mouvement de contestation "est également lié aux revendications des militaires en exercice, dont les salaires ont été fortement réduits".

Selon l'Ani, un petit accrochage a eu lieu entre les militaires à la retraite et des agents des forces de l'ordre, lorsque des protestataires ont essayé d'empêcher des fonctionnaires de rentrer à l'intérieur du bâtiment dit "de la TVA". L'Ani rapporte également qu'une altercation a eu lieu entre les manifestants et une automobiliste qui essayait de forcer le passage lors de la fermeture du tunnel menant au rond-point du Palais de justice. Cette altercation a pris fin grâce à l'intervention des forces de sécurité, selon l'Agence. Un vétéran, souffrant d'une maladie cardiaque, a par ailleurs dû être transporté en urgence à l'hôpital en raison d'un problème de santé.

En juillet, l'adoption du budget de l’État pour l'exercice 2019 avait été marquée par un fort mouvement de contestation des militaires retraités, qui refusaient plusieurs dispositions de la loi touchant à leurs avantages sociaux. Malgré plusieurs jours de mobilisation, le Parlement avait adopté une ponction mensuelle de 1,5% sur les pensions de retraite des militaires, servant à financer leur couverture maladie. Cette ponction, initialement fixée à 3%, avait été finalement revue à la baisse par la commission parlementaire des Finances et du Budget afin de calmer la tension dans la rue. 



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Amère Ri(s)que et péril.

Ils sont à la retraite , donc démuni de leurs armes !

Tant mieux .

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