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Économie

Aoun sermonne les changeurs, les minotiers craignent une crise du pain

Monnaie

Le prix du dollar dans les bureaux de change était stable en ce début de semaine.

09/10/2019

Le président Michel Aoun est monté au créneau à plusieurs reprises ces derniers jours pour tenter de calmer un secteur privé fébrile face à la baisse de la quantité de dollars circulant sur le marché local. Une proactivité qui tranche avec le détachement affiché par le chef de l’État au retour de son voyage officiel à New York fin septembre, en marge duquel il avait renvoyé la balle dans le camp de la Banque du Liban (BDL), ainsi que dans celui du ministère des Finances.

Moins de 24 heures après avoir assuré que le Liban « sortirait de la crise économique », le chef de l’État a ainsi reçu hier au palais de Baabda une délégation représentant le syndicat des agents de change, à qui il a demandé de « ne pas porter atteinte à la réputation financière et économique » du pays. La réunion avec les représentants des cambistes survient trois jours après que ces derniers eurent décidé d’annuler la grève qu’ils prévoyaient de lancer cette semaine pour dénoncer l’impact de la raréfaction du dollar sur leur activité, et pour protester contre les voix – dans l’opinion ou les institutions – qui leur font porter la responsabilité de la situation actuelle.


(Lire aussi : Livre/dollar : les distributeurs de carburant (en principe) satisfaits)


Le dollar à 1 590 livres

L’économie libanaise avait commencé à se « dollariser » dans les années 1980 tandis que la valeur de la livre a été fixée au billet vert par la BDL en 1997 à raison de 1 507,5 livres pour un dollar. Si ce taux n’a a priori pas changé (les banques le pratiquent toujours avec une marge de quelques livres), le fait que la Banque centrale limite au courant de l’été la quantité de dollars sur le marché – officiellement pour couvrir les importations stratégiques et pour assurer les besoins de financement de l’État – a provoqué une inflation du prix du billet vert chez les cambistes. Cette situation a naturellement alimenté l’anxiété des clients des banques, qui s’est accentuée après que ces dernières eurent commencé à plafonner – voire à temporairement supprimer – les retraits de dollars dans les distributeurs automatiques et aux guichets, ainsi que les opérations de conversion livre/dollar.

Si cette fébrilité a atteint un pic fin septembre, la situation semble depuis relativement contenue. Selon un agent de change basé dans la capitale, le prix du dollar est tombé à 1580/1 590 livres en moyenne depuis lundi, contre 1 600 une semaine plus tôt. Hier à Baabda, le vice-président du syndicat des changeurs, Élias Srour, a pour sa part assuré qu’il y avait désormais suffisamment de billets verts sur le marché. Un discours calqué sur celui répété par le gouverneur de la BDL Riad Salamé depuis le début de la crise. Lundi, ce dernier avait indiqué depuis Abou Dhabi, où il accompagnait un déplacement officiel du Premier ministre Saad Hariri, que les opérations en dollars au sein du secteur bancaire – et qui sont au taux officiel – représentaient « 95 % du total » dans le pays et qu’il n’y avait pas de « marché parallèle ».


(Pour mémoire : Change livre/dollar : ce qui coince encore avec les distributeurs de carburant)



Les insuffisances de la circulaire n° 530

La pression semble avoir également baissé dans le secteur bancaire, moins de 48h après que le président de l’Association des banques du Liban Salim Sfeir – lui aussi du voyage aux Émirats arabes unis – ne qualifie une nouvelle fois la crise actuelle « d’artificielle ». Hier, un déposant affirmait ainsi à L’Orient-Le Jour que sa banque avait recommencé à accepter des opérations de retrait ou de conversion pour des montants limités à 500 dollars depuis lundi après les avoir interrompues pendant près d’une semaine. « Mon conseiller m’avait répété à plusieurs reprises que la situation allait s’améliorer dans les prochains jours, sans m’expliquer pourquoi », révèle-t-il.

Mais la situation n’en demeure pas moins tendue. Dans un communiqué publié hier, le rassemblement des minotiers, un des principaux secteurs à avoir pointé du doigt les difficultés à échanger leurs livres en dollars sur le marché local –, ils payent leurs fournisseurs en dollars et encaissent une partie de leurs recettes en livres – a mis en garde contre une « crise du pain ». S’exprimant à l’issue d’une réunion consacrée à ce sujet, les minotiers ont en outre une nouvelle fois dénoncé les insuffisances du mécanisme mis en place le 1er octobre par la BDL (circulaire n° 530 et que L’Orient-Le Jour a détaillée dans son édition du 2 octobre) pour réglementer le déblocage de dollars devant financer les importations de blé, de médicaments et de carburant.

Le rassemblement a notamment critiqué le manque de clarté concernant le paiement du blé déjà importé de l’étranger et des dettes contractées par les industriels du secteur, qui doivent être remboursées en dollars. Lundi, les syndicats de boulangers avaient indiqué de leur côté que les difficultés actuelles avaient provoqué une hausse du prix de la farine importée. La circulaire, qui impose de facto un contrôle des capitaux par la BDL pour les filières concernées, avait également été contestée par les syndicats de distributeurs de carburant, qui ont finalement décidé le week-end dernier de s’en contenter.


Pour mémoire

Importations de blé, de carburant et de médicaments : mode d’emploi du mécanisme de la BDL

Salamé se veut rassurant : Le dollar toujours disponible aux taux fixes annoncés

Change livre / dollar : une fin de semaine fébrile

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Irene Said

Et lui et ses 30 ministres, qu'ont-ils fait de concrêt depuis qu'ils sont à la tête de ce pauvre pays..."pour améliorer la réputation financière et économique du pays" ?
Irène Saïd

Zovighian Michel

Le Président sermonne les changeurs et Salamé dit que les banques ont les liquidités nécessaires et constituent 95 % des activités de change, alors pourquoi le dollar est à 1.600 livres ? Ça ne colle pas tout ça.

Le Président devrait sermonner les banques !

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