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Moyen Orient et Monde - L’écologie dans le monde arabe

Dans les pays du Golfe, l'écologie est une question plus existentielle qu’ailleurs

Alors que des jeunes du monde entier, de San Francisco jusqu’à Kuala Lumpur, en passant par Berlin, faisaient la grève de l’école vendredi dernier pour implorer les dirigeants mondiaux de faire leurs « devoirs » sur le climat, la jeunesse arabe n’a pas vraiment répondu à l’appel. Sur 150 pays représentés, seuls 7 pays arabes se sont mobilisés et de façon tout à fait marginale. Si la cause écologique progresse dans le monde arabe, elle le fait moins rapidement qu’ailleurs et n’a pas encore complètement investi le domaine public. Ici, l’écologie ne fait pas gagner des élections (lorsqu’il y en a) et ne donne pas lieu à de grands débats intellectuels pour savoir comment répondre à ce qui constitue l’un des plus grands enjeux du XXIe siècle. « L’Orient-Le Jour » a souhaité comprendre les enjeux de l’écologie dans le monde arabe à travers une série d’articles, dont nous publions aujourd’hui le deuxième volet.

Haidar Mohammad Ali/AFP/Archives

Quarante-deux jours. Un mois et à peine plus d’une semaine. C’est le (peu de) temps qu’il aura fallu au Qatar pour épuiser toutes ses ressources naturelles renouvelables en 2019. Le petit émirat n’est rien moins que le premier producteur d’émissions de gaz à effet de serre par habitant à l’échelle mondiale. Elles seraient « trois fois plus élevées que celles des États-Unis », selon le site du magazine National Geographic.

Les militants écologistes ont pris l’habitude au cours de ces dernières années de comparer l’empreinte écologique entre les habitants de différents pays afin de mettre en avant les inégalités en la matière et de mettre chacun face à ses responsabilités. « Si tout le monde vivait comme les Français, il faudrait 2,7 planètes » et « cinq si tout le monde adoptait le monde de consommation des Américains », relevait en juillet dernier l’organisation WWF, elle-même associée à l’ONG Global Footprint Network.

Dans le classement des pays les plus pollueurs du monde arabe, les pétromonarchies de la péninsule Arabique arrivent en tête, qu’il s’agisse de la pollution de l’air ou de l’eau. Dans cette logique, et si tout le monde vivait comme les Qataris, il faudrait… au moins dix planètes !



(Le premier volet de notre série : L’écologie dans le monde arabe : une cause qui progresse... à pas de tortue)



Les contraintes écologiques

Dans le Golfe, des villes entières ont été érigées en plein désert en un temps très court. Les pays sont jeunes, et encore en pleine « croissance », et ont ainsi du mal à accepter les contraintes écologiques, malgré leur richesse. Ou, encore, du fait même de l’origine de leur richesse : les ressources en hydrocarbures qui constituent le véritable cœur de leur économie. De fait, les colonnes de fumée qui s’élèvent des raffineries saoudiennes, émiraties ou koweïtiennes polluent continuellement l’air et l’eau.

Les pays du Golfe étant à majorité désertiques, cela ne devrait pas aller en s’améliorant. Une étude de la revue Nature Climate Change a révélé en octobre 2015 qu’en 2100, pour un être humain, le simple fait d’être à l’extérieur, dans le golfe Persique, pourrait être mortel.

Pour combattre cette chaleur, « les gouvernements des pays du Golfe, mais aussi leurs entreprises et leurs citoyens, disposent de suffisamment d’argent pour installer des climatiseurs où bon leur semble : dans leurs maisons, leurs bureaux ou leurs voitures », explique Greg Shapland, spécialiste des questions environnementales à l’institut Chatham House, contacté par L’Orient-Le Jour. Or ces appareils d’air conditionné sont aussi autant de sources de grande chaleur et de pollution dans l’atmosphère de ces pays. « Les États du Golfe ont exacerbé le problème (de la pollution) en exploitant leurs vastes richesses pétrolières et gazières pour adopter des politiques souvent imprudentes de croissance économique sans fin et de consommation ostentatoire à tout prix, au détriment de l’environnement », écrivait en 2017 Kieran Cooke, ancien correspondant à l’étranger pour la BBC et le Financial Times, dans un article publié sur le site de Middle East Eye. Cette industrialisation et cette pollution massive ne sont pas sans conséquences.


(Lire aussi : Greta Thunberg bouscule l'ONU sur le climat, les dirigeants peu réactifs)

Pèlerinage à La Mecque ?

L’augmentation du nombre de particules fines toxiques dans l’air a entraîné le développement de maladies respiratoires – comme l’asthme – ainsi que l’augmentation du nombre de décès liés à la pollution. Près d’un quart de la population saoudienne (soit plus de 8 millions d’habitants) serait actuellement asthmatique. C’est l’un des taux les plus élevés au monde. Le royaume wahhabite est suivi par le Qatar et Koweït qui comptent, dans leurs cas, près de 20 % d’asthmatiques chacun.

Le royaume saoudien pourrait cependant, plus que ses voisins, souffrir de l’augmentation de la pollution, notamment par la hausse des températures qui, à long terme, pourrait dissuader les musulmans d’y effectuer leur pèlerinage.Il faut toutefois, selon les analystes, prendre ces estimations sur la pollution avec précaution. « Dans la plupart des pays en développement, il n’existe que peu ou pas de contrôle de la qualité des données communiquées » sur le niveau de pollution, affirme à L’OLJ Jalal Awan, chercheur associé au sein de la Rand Corporation. « Par conséquent, les rapports officiels doivent être considérés comme des estimations optimales », explique-t-il.

Comment des pays construits sur la démesure, l’excès et l’opulence, et dont les revenus dépendent des énergies fossiles, peuvent-ils accepter de renoncer en partie à ce mode de vie? C’est là tout l’enjeu de la transition énergétique pour les pétromonarchies du Golfe et cela explique leur attitude sceptique au moment de la signature de l’Accord de Paris de 2015 (COP21), auquel ils se sont joints.



Premiers investisseurs

« Durant les négociations de Paris, les pays du Golfe étaient dans l’obstruction, mais leur action est restée plus discrète que d’autres parce que leur discours officiel semblait très positif », explique à L’OLJ Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) français et spécialiste des négociations climatiques.

À la veille de la présentation de l’Accord de Paris, la délégation saoudienne avait refusé la tarification du carbone prévue par cet accord, et s’était montrée très sceptique face à l’une des dispositions du texte, stipulant que les pays « qui le peuvent », et non pas seulement les pays développés historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre, doivent contribuer au financement de l’adaptation des pays vulnérables au changement climatique. Riyad a, au contraire, demandé à faire partie des pays qui recevraient une aide financière s’ils devaient se lancer dans une transition énergétique.

« On pourrait dire que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis manifestent un intérêt pour la lutte contre le changement climatique en construisant de nouvelles villes (Neom en Arabie saoudite ; Masdar aux Émirats), dans lesquelles la durabilité est un thème central », estime Greg Shapland. Néanmoins, enchaîne cet expert, « ces initiatives pourraient simplement être un moyen de détourner l’attention du monde extérieur du fait que ces pays ne parviennent pas à traiter sérieusement certains problèmes qu’ils ne veulent pas aborder ». Un point positif néanmoins. Bien qu’ils soient les pays les plus pollueurs du monde arabe, les pays du Golfe sont, dans le même temps, les premiers investisseurs dans le domaine des énergies renouvelables. « La transition environnementale est une manière pour eux de rationaliser leur consommation d’énergie, d’électricité, d’eau, qui est en grande partie de l’eau désalinisée », résume pour L’OLJ Camille Ammoun, spécialiste en politiques publiques.

Les Émirats semblent cependant se démarquer de leurs voisins sur les questions de protection de l’environnement. Abou Dhabi a déjà investi grandement dans des projets d’énergie solaire, tels que le parc solaire Mohammad ben Rashid al-Maktoum, qui devrait devenir le plus grand réseau d’énergie solaire au monde. Dubaï vise aussi à produire les trois quarts de son énergie à partir de sources propres d’ici à 2050. Cette politique semble s’inscrire dans le programme national émirati « Vision 2021 », axé sur l’amélioration de la qualité de l’air, la préservation des ressources en eau, l’augmentation de la contribution de l’énergie dite propre et la mise en œuvre de plans de croissance verte.




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LA PLANETE TERRE PARADIS JUSQU,AU XIX SIECLE SE TRANSFORME PAR LES ACTIONS DE L,HOMME EN UN ENFER. ON VIDE SES ENTRAILLES. HYDROCARBURES ET MINERAIS. ON EMPOISONNE SON ATMOSPHERE. ON POLLUE SES OCEANS. LA TERRE AGONISE ET LES HUMAINS DE MEME.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

00 h 45, le 24 septembre 2019

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Commentaires (1)

  • LA PLANETE TERRE PARADIS JUSQU,AU XIX SIECLE SE TRANSFORME PAR LES ACTIONS DE L,HOMME EN UN ENFER. ON VIDE SES ENTRAILLES. HYDROCARBURES ET MINERAIS. ON EMPOISONNE SON ATMOSPHERE. ON POLLUE SES OCEANS. LA TERRE AGONISE ET LES HUMAINS DE MEME.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 45, le 24 septembre 2019

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