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Économie

AgryTech a-t-il atteint ses objectifs ?

Start-up

Partie prenante du programme d’accélération, les Pays-Bas envisagent de le reproduire dans d’autres pays.


10/09/2019

Quand on leur demande s’ils avaient une idée de l’état du marché avant de penser à leur produit, il hoche de la tête, alors qu’elle tourne la sienne de droite à gauche. Le premier, Serge, et la seconde, Kristina, sont deux ingénieurs, âgés d’une vingtaine d’années, entrés dans le monde des start-up il y a moins d’un an.

Aujourd’hui, Quadra, leur entreprise de tri de fruits (par taille, couleur et qualité) par intelligence artificielle, fait partie des 16 start-up qui sont arrivées au bout du programme d’accélération d’AgryTech, dont la fin était célébrée il y a deux semaines au musée Sursock à Beyrouth. Un programme qui ne devrait pas en rester là, puisque ses organisateurs ont annoncé, la semaine dernière, l’ouverture des dépôts de candidature pour une troisième édition.

Doté d’un fonds de 3,3 millions de dollars sur deux ans, AgryTech est le premier hub 100 % dédié à l’agriculture connectée libanaise. Son financement total est assuré conjointement par Berytech, un écosystème entrepreneurial initié par l’USJ, à hauteur de 10 % du montant, et l’ambassade des Pays-Bas.

Plus d’un million de dollars

Pour le programme d’accélération, 724 000 dollars ont été alloués aux nouvelles entreprises, auxquels s’ajoutent 328 000 dollars de récompense à la suite de compétitions externes. Ils étaient au début près de 100 candidats, venus pour beaucoup seulement avec une idée, puis 24 d’entre eux ont été sélectionnés avec 2 000 dollars en poche pour valider leur projet. Deux mois plus tard, ils n’étaient plus que 12, bénéficiaires d’une enveloppe de 15 000 dollars pour développer leur produit et viser le bon marché. Au final, huit heureux gagnants ont décroché une incubation de six mois, avec un budget de 20 000 dollars. Le tout, deux années de suite, une édition en 2018 et une édition en 2019 qui vient donc de s’achever.

Parmi les gagnants, l’on trouve des profils assez divers. Des étudiants, mais pas seulement. « Au début, je ne pensais pas qu’on allait m’accepter parce que je n’étais pas la plus jeune », explique Sabah. Après 20 ans dans le marketing et un MBA, elle voulait lancer « mon propre truc », à savoir une plateforme de traçabilité pour les produits alimentaires qui a pris le nom de Rigino. Si ce type de service existe déjà à l’étranger, Rigino est adapté au marché local, que ce soit au niveau de la langue ou du coût.

Certaines start-up misent sur des procédés plus innovants de conservation. IoTree, par exemple, a développé un processus qui permet une action directe sur le produit agricole pendant sa production pour donner la bonne dose de pesticide à vaporiser. Pendant un an, AgryTech a fourni à toutes ces jeunes pousses des fonds bien sûr. Mais tous l’assurent : « Ce n’est pas le plus important. » Pour Kristina et Serge, ce sont surtout les conseils qui les ont aidés. « En tant qu’ingénieurs, nous comprenions moins le côté business », disent-ils. Pour eux, avoir à disposition dix consultants pour les guider est une bénédiction. Ils souhaitent d’ailleurs bientôt en embaucher une partie. Le programme a, en outre, permis de créer en tout 77 emplois.

Pour Jad, déjà serial entrepreneur dans la tech, c’est surtout l’exposition d’AgryTech qui lui a été utile, et le besoin de renouveler ses savoirs dans le domaine. Il fait partie de la première génération du programme, et son entreprise Smart Gourmet, qui prolonge la durée de vie des plats cuisinés, fait, d’après ses chiffres, 800 000 dollars de revenus chaque année et vend aujourd’hui dans 600 magasins, comme Spinneys ou Fahed. Pour Quadra, de la seconde génération, il faudra attendre encore un peu. L’entreprise est en phase finale d’élaboration de son produit, mais discute déjà avec deux potentiels acheteurs.


(Lire aussi : Agroalimentaire : lancement d’un premier « pôle d’innovation » au Liban)


Privé contre public

Des projets comme AgryTech, le Liban en a grandement besoin, selon Jan Waltmans, l’ambassadeur des Pays-Bas. « Soyons honnête, la situation économique du Liban n’est pas bonne, c’est pourquoi il nous faut de l’innovation », a-t-il déclaré lors de la cérémonie de clôture. Mais cette mauvaise passe économique touche également les start-up, qui ont plus de mal à lever des fonds depuis le début de l’année en raison de la hausse des taux d’intérêt. « Les banques, pour se prémunir, ont besoin de contrôler de façon plus forte les crédits », explique le président de Berytech, Maroun Chammas. Pour protéger en retour les start-up, Maroun Chammas a recours à des « business angels », qui financent les projets à des stades précoces. La circulaire 331, émise en 2013 par la BDL, permet aussi aux banques libanaises d’investir jusqu’à 3 % de leurs fonds propres dans des sociétés œuvrant dans l’économie de la connaissance.

Aujourd’hui, près de 20 % des start-up de Berytech sont dans la FoodTech, car selon son président, « l’agriculture dans la région est vitale, le Liban ayant aussi l’avantage d’avoir un microclimat avec des pays environnants assez arides ». Les Pays-Bas y concentrent également beaucoup de leurs dons dans le secteur : ils viennent, par exemple, de clôturer un programme de plus de 500 000 dollars dans le domaine de l’apiculture, avec l’aide du PNUD. Le secteur agricole ne représente pourtant aujourd’hui au Liban qu’environ 5 % du PIB.

Agriculture, technologie et start-up font-elles pour autant bon ménage ? Peter Hrechdakian, président de l’entreprise d’agrochimie Unifert et membre du jury d’AgryTech, partage avec L’Orient-Le Jour les doutes qu’il a pu avoir quant au projet. « Je savais que les Libanais étaient très créatifs, mais pour moi l’agriculture c’est plus complexe, ça prend du temps, il faut faire des recherches... » explique-t-il. En fin de compte, il se dit « agréablement surpris ». Et il n’est pas le seul.

L’ambassadeur, lorsqu’il échange une poignée de main avec Maroun Chammas, lui confie : « Nous allons reproduire ce programme dans d’autres pays. » Un député hollandais, de passage au Liban, a été très enthousiasmé par l’accélérateur, explique-t-il. Il a alors fait voter une proposition au Parlement hollandais, qui a finalement été approuvée : plusieurs pays de la région bénéficieront d’une enveloppe totale de six millions d’euros pour lancer des projets similaires à celui-ci. Le programme sera par ailleurs reproduit au Liban pour trois ans, mais dans le secteur de la CleanTech, la technologie avec des ressources naturelles.

Le Liban, un pays modèle pour la région ? Pas pour tout, et pas selon Peter Hrechdakian, pour qui il manque au pays « l’aide et le soutien actif du gouvernement » dans le domaine économique. Le pays est « trop laissé aux individus et au secteur privé », regrette-t-il. Faisant référence à des discussions avec des grands donateurs publics, il explique que ces derniers préfèrent financer des projets en Tunisie, en Égypte ou encore d’autres pays de la zone, où les gouvernements se font plus présents...


Pour mémoire

Lancement d’un accélérateur pour les technologies agro-alimentaires


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