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Liban

Au Liban-Sud, le rôle d’équilibriste de l’armée

Sécurité

L’institution militaire est privée des moyens susceptibles de lui permettre d’œuvrer à l’application à la lettre de la résolution 1701, estiment les experts.


07/09/2019

La récente flambée de violence à la frontière avec Israël a relancé de plus belle le débat autour du rôle de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), chargées du maintien de la paix dans cette zone sensible.

Déployés à la frontière depuis l’adoption de la résolution 1701 qui a marqué la cessation des hostilités après la guerre de 2006, aux côtés de quelque 15 000 Casques bleus, plus de quatre mille soldats libanais tentent tant bien que mal de s’acquitter d’une mission rendue difficile par l’absence d’une volonté politique réelle de restituer à l’institution militaire le monopole de la violence, accaparé par le Hezbollah. Tout le monde en convient : l’armée libanaise a effectué à ce jour un « excellent travail » de maintien de la paix et de la stabilité en coopération avec la force onusienne. Mais elle n’arrive toujours pas à s’affirmer face à la toute-puissance, au Liban-Sud, du Hezbollah, qui, comme l’ont prouvé les dernières violences à la frontière dimanche dernier, reste le décideur exclusif en matière de guerre ou de paix. Et pour cause : l’armée, qui dépend directement du pouvoir politique, a les mains liées.

« Depuis que le Hezbollah a repris du poil de la bête en proclamant sa victoire divine en 2006, il a prétendu à une certaine légitimité et monopolisé le droit de défendre le Liban, en lieu et place de l’armée », affirme un ancien officier de l’armée, qui était déployé au Liban-Sud. Pour sa part, le général à la retraite Khalil Hélou refuse de faire assumer à l’institution militaire la responsabilité de la situation précaire au Liban-Sud. « La décision de contenir le Hezbollah au Liban-Sud revient exclusivement au pouvoir politique. Tant que l’armée dépend d’un gouvernement qui reconnaît officiellement le triptyque armée-peuple-résistance, elle ne peut rien faire », explique-t-il.

Mandatée par la 1701, l’institution militaire, que la Finul est censée soutenir dans sa mission, doit s’assurer de l’application des dispositions de cette résolution de l’ONU. Celle-ci prévoit « l’établissement entre la ligne bleue et le Litani d’une zone d’exclusion de tout personnel armé, biens et armes autres que ceux déployés dans la zone par le gouvernement libanais et les forces de la Finul ». C’est d’ailleurs ce point que le commandant en chef de la force internationale, le général Stefano del Col, a rappelé cette semaine, en soulignant que « la région située entre la ligne bleue et le Litani doit être libre de toute présence armée, en dehors de celle des forces du gouvernement libanais et de la Finul ».

La 1701 mentionne, en outre, l’application intégrale des accords de Taëf et des résolutions 1559 (2004) et 1680 (2006) qui exigent le désarmement de tous les groupes armés au Liban, de sorte que seul l’État puisse être autorisé à détenir des armes et à exercer son autorité au Liban. Or le mandat confié à la Finul, conçue comme une force de maintien de la paix dans cette zone et non comme une force de coercition, ne lui donne pas non plus les moyens de mener à bien les objectifs ambitieux définis par cette résolution.


(Lire aussi : Aoun prône la "légitime défense" face à toute agression israélienne contre le Liban)



Un régiment modèle ?

« La mission des forces onusiennes est d’interdire l’entrée des armes illégales dans la zone sur laquelle elles sont mandatées. Elles n’ont pas pour mission de désarmer le Hezbollah », rappelle le porte-parole de la force onusienne, Andrea Tenenti.

C’est ce qui fera dire à un ancien militaire que pour atteindre les objectifs définis par la résolution 1701, il faudra réviser en profondeur la mission des Casques bleus, et donner à l’armée libanaise le feu vert nécessaire.

Cette requête, soutenue par les États-Unis, a à maintes reprises fait l’objet de débats houleux au sein du Conseil de sécurité. À chaque fois, elle butait sur le refus des États européens qui constituent les principaux contributeurs aux effectifs de la force onusienne. « La Finul ne peut pas recourir à la violence, tout simplement parce que les pays européens ne le souhaitent pas », commente Timor Goksel, éditeur turc au site al-Monitor et ancien porte-parole de la Finul.

En août 2018, la déléguée des États-Unis au Conseil de sécurité, Nikki Haley, avait été jusqu’à « accuser le commandant de la Finul de méconnaître la situation, marquée selon elle par une dangereuse accumulation d’arsenaux dans le Sud-Liban et la présence de combattants entraînés ». Le Hezbollah prépare la guerre, avait mis en garde la diplomate.

Lors du renouvellement du mandat de la Finul en août 2018, le Conseil de sécurité était revenu sur le principe de la création d’un « régiment modèle » au sein de l’armée libanaise, chargée de patrouiller et d’inspecter, à la recherche d’armes illégales, de manière plus efficace dans la zone d’opérations de la Finul. Ce concept avait été proposé lors de la Conférence de Rome, en mars de la même année, par le Liban dans le cadre du dialogue stratégique en cours entre l’armée libanaise et la FINUL.

« Cette formule comme bien d’autres est restée lettre morte. Tout le monde sait pertinemment qu’il existe des armes dans chaque maison au Liban-Sud et même des dépôts d’armes. Mais tant que les militaires libanais n’ont pas les coudées franches, ils ne peuvent pas remédier à ce problème », affirme l’ancien officier de l’armée. Ce dernier se dit convaincu que le désarmement du Hezbollah n’aura lieu qu’à la faveur d’une décision internationale, en l’occurrence une fois que les États-Unis et l’Iran auront décidé de mettre un point final à leur confrontation et de s’entendre sur l’avenir de cette milice. « Un peu comme cela s’est fait avec les Forces libanaises à la fin de la guerre civile, lorsque les États-Unis ont donné, en 20 minutes, leurs directives au chef des FL Samir Geagea de rendre les armes », note-t-il.


(Lire aussi : La situation au Liban-Sud reste inquiétante, selon un diplomate occidental)


En attendant, l’armée libanaise continue de s’acquitter de diverses activités militaires et logistiques en collaboration avec la Finul, se contentant d’appliquer les termes du mandat qui lui a été confié. À plusieurs reprises, les militaires libanais ont été appelés à jouer un rôle de « tampon » entre la population locale et les forces de la Finul, pour résorber les incidents fréquents qui opposent les habitants soutenant le Hezbollah aux Casques bleus. Ainsi, en août 2018, une attaque a été lancée contre la Finul près de la localité de Majdal Zoun, dans le sud du Liban. Les soldats de la paix ont été menacés à l’aide d’armes illégales, des véhicules ont été incendiés et les propres armes et le matériel de la Finul ont été saisis.

« Il ne faut pas oublier que la collaboration entre l’armée libanaise et les Casques bleus, qui ont pu préserver la stabilité et la sécurité à la frontière pendant treize ans, est une réussite. Il faut également reconnaître que le Hezbollah a joué le jeu et n’a pas fait étalage de ses armes jusqu’à récemment », tient à relativiser M. Goksel, selon qui l’armée est en mesure de jouer pleinement son rôle, à condition d’obtenir « l’aval politique ».


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IMB a SPO

de 1948 a 1968, rien ne se passait a la frontiere sud. Calme plat et parfait. Pourquoi depuis 1968 cela a change?
Tout simplement grace a láction des palestiniens puis suite a láccord de 1969 qui a legitime les palestiniens au sud avec la creation du fatahland.
Israel a toujours REAGIT aux actions belliqueuses des Palestiniens puis apres 2000 a láction du Hezb.
Sans cela, rien ne se passera.
Ca suffit toutes ces accusations que Israel s'en veut a notre territoire. c'est de la desinformation. A force de raconter des betises on finit par les croire.

Yves Prevost

le rôle de la FINUL est de soutenir l'armée libanaise.
Le rôle de l'armée libanaise est de faire respecter la 1701, et notamment "l'exclusion de tout personnel armé, biens et armes autres que ceux déployés dans la zone par le gouvernement libanais et les forces de la FINUL".
Malheureusement, tout cela, c'est du bidon puisque le pouvoir lui interdit justement le ramassage des armes et, d'une manière générale, toute action qui pourrait faire de la peine à Hassan Nasrallah!

Chucri Abboud

Il faut absolument que les palestiniens qui sont chez nous rentrent en Palestine , sinon, ce cercle vicieux recommencera sans fin !

Sissi zayyat

Allons donc! Tous ces commentateurs de pacotilles savent pour quelles raisons Israël survole le Liban à basse altitude et feignent l'ignorance parce que ca les arrange de penser que le HZB protège le Liban d'une hippothetique invasion. Israël se passerait bien de le faire car ils met beaucoup de moyens financiers pour contrôler ses frontières. Si HN retire ses armes et ses hommes du Liban sud Israël ne survolerait plus au dessus du Liban. Pourquoi le ferait il pour savoir ce que téta cuisine ou si leur homos est meilleur au Liban que chez eux? Voyons.
Quant aux libanais du sud ils sont contents que le HZB détruise leurs maisons pour mieux les rembourser à coup de 20.000 dollars par ci et 2.000 par là pour mieux les dominer.
Ils ont fait le choix d'accueillir tous les résistants chez eux, tantôt palestiniens tantôt iraniens et pleurnichent d'être bombardés et terrorisés. Ils ont la solution entre leur mains mais ne veulent pas de l'armée car cette dernière appliquerait la loi sur tous sans distinction et ne versera pas d'argent pour acheter leur silence.

PAUL TRONC

Donc l'armée peut jouer son rôle à condition de l'obtenir ?

C'est écrit et répétée par les perruches.

Réfléchissons un peu, est ce que l'armée a déjà obtenu le droit de jouer son rôle?

Depuis 48 . A t elle eu le droit de s'armer comme il se devait ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AU LIEU D,EQUILIBRISTE L,ARMEE DEVRAIT PRENDRE, ELLE SEULE, ET PERSONNE D,AUTRE, SUR ORDRE DE L,ETAT, L,INITIATIVE.

Chucri Abboud

Nous n'allons tout de même pas recommencer notre guerre civile pour les beaux yeux de nos voisins !

Irene Said

M. Coksel:
"...l'armée est en mesure de jouer pleinement son rôle, à condition de l'obtenir..."

Donc, très clairement, pas besoin de "l'armée divine"...et "la décision de contenir le Hezbollah revient exclusivement au pouvoir politique..."

Qui, pour notre malheur, a les mains liées...justement par ce parti iranien qui l'a mis sur le fauteuil présidentiel, mais avec ses conditions dont nous constatons chauque jour les effets néfastes !
Irène Saïd

PAUL TRONC

On parle comme si l'armée libanaise n'était pas composée de libanais, conscient d'abord du danger qui vient d'un pays qui n'a pas finit d'usurper des terres qu'il occupe, avant d'avoir tenté d'usurper la leur, à eux, soldats de l'armée libanaise.

Qui est fou ?

HIJAZI ABDULRAHIM

incompréhensible et insidieux....a votre avis quel est le vrai rôle de l'armée libanaise au sud?c'est défendre les frontières ou empêcher le Hezb de d'agir?
A votre avis, si l'armée avait les moyens de défendre les frontières, d’empêcher par exemple, les israéliens de survoler souvent à basse altitude, le sud liban, pensez vous que le Hezb agirait de la sorte?vous reprochez au Hezb de ne pas respecter la résolution 1701... Mais vous savez en même temps que les USA n'accepteront pas que notre armée puisse se défendre, en lui refusant les moyens anti aériens efficaces.. Ce n'est pas avec des "si" qu'on fait de la politique, et qu'on disserte dans les colonnes d'un journal....Que notre armée s'équipe et nous serons tous d'accord pour que le Hezb rend les armes.... Pas besoin d'un ordre venant d'ailleurs....Là aussi vous vous trompez: les gens du Hezb ce sont des libanais comme vous et moi...a la différence que eux ont vécu l'occupation et ne tiennent pas à ce que cela recommence..... sans rancune.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ETAT N,EXISTE PAS. L,IRAN VIA SES DEUX MILICES CHIITES TIENT LE PAYS EN OTAGE ET DECIDE A SA PLACE DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. L,EXISTENCE ET LE DEVENIR DU PAYS ET DE SON PEUPLE SONT ENTRE LES MAINS IRANIENNES.

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