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Liban

Cour de justice : les solutions se font attendre...

Incident de Qabr Chmoun

Walid Joumblatt se dit prêt à « gérer son conflit » avec Talal Arslane sous la houlette de Michel Aoun.

Yara ABI AKL | OLJ
16/07/2019

En dépit des contacts par le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt et le Parti démocrate libanais de Talal Arslane, la solution politique à la crise suscitée par les affrontements de Qabr Chmoun (caza de Aley), survenus le 30 juin dernier, se fait toujours attendre.

Pour rappel, des échanges de tirs entre des partisans du PSP et d’autres du PDL avaient coûté la vie à deux partisans du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés Saleh Gharib, représentant M. Arslane au gouvernement.

Quinze jours plus tard, l’insistance du chef du PDL à déférer ce dossier devant la Cour de justice, contrairement à la volonté tant de Walid Joumblatt que du président de la Chambre et du chef du gouvernement, continue de paralyser le Conseil des ministres. Si cette dimension gouvernementale de l’affaire de Qabr Chmoun a pris une nouvelle envergure avec la visite des anciens Premiers ministres Fouad Siniora, Tammam Salam et Nagib Mikati à Riyad, hier (voir par ailleurs), les médiateurs locaux continuent de s’activer afin de calmer les esprits et distiller un climat d’accalmie une bonne fois pour toutes.

C’est donc dans le prolongement de sa médiation initiée le 3 juillet, et après avoir réussi à ramener à la normale les rapports entre le Premier ministre Saad Hariri et le leader du PSP, que le président de la Chambre Nabih Berry s’est entretenu hier avec Walid Joumblatt à Aïn el-Tiné, en présence de Ghazi Aridi, ancien ministre joumblattiste. Une réunion qui faisait suite à la rencontre samedi dernier entre le chef du gouvernement et le leader de Moukhtara.

S’exprimant à l’issue de son entretien avec M. Berry, M. Joumblatt a confié avoir discuté avec le chef du législatif « des solutions nécessaires pour sortir de la crise ». Il s’est dit ouvert à toute issue à même de permettre d’atteindre cet objectif, « en concertation avec Nabih Berry et Saad Hariri, et conformément aux orientations du chef de l’État Michel Aoun ». Faisant un autre clin d’œil au président de la République, après les secousses significatives que leurs rapports avaient subies récemment, Walid Joumblatt s’est dit prêt à « une rencontre élargie sous la houlette du chef de l’État pour gérer le conflit (avec Talal Arslane), si les circonstances propices à une telle rencontre sont assurées », tout en souhaitant que les discours politiques restent conformes à l’éthique politique. Il a par ailleurs dénoncé les atteintes sur les réseaux sociaux au secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Répondant à une question articulée autour de la Cour de justice, Walid Joumblatt a soigneusement évité de se prononcer ouvertement contre cette option. Il a en revanche souligné que l’enquête devrait être menée avec toutes les parties concernées. « Et c’est à la lumière de cette démarche que les trois présidents (MM. Aoun, Berry et Hariri) et le Conseil des ministres décideront si le dossier devrait ou non être déféré devant la Cour de justice », a-t-il ajouté dans ce qui sonne comme une pique implicite adressée à Talal Arslane, accusé de ne pas remettre à la justice tous ses partisans soupçonnés d’être impliqués dans les affrontements de Qabr Chmoun.

D’ailleurs, des milieux proches de M. Joumblatt assurent à L’Orient-Le Jour que l’affaire de Qabr Chmoun fait du surplace en attendant que le PDL remette à la justice tous ceux qu’elle recherche, tout comme le PSP, dont trois partisans ont été interrogés dans le cadre de ce dossier.


(Lire aussi : Des griefs anciens et nouveaux difficiles à dépasser, le décryptage de Scarlett HADDAD)



Le PSP chez Hariri et à Dar el-Fatwa

En attendant, la formation joumblattiste poursuit ses contacts avec les divers protagonistes pour expliquer sa position concernant la Cour de justice, mais aussi et surtout pour réitérer son attachement à la réconciliation druzo-chrétienne de 2001. Une délégation joumblattiste s’est ainsi entretenue hier avec Saad Hariri. Étaient présents les ministres de l’Industrie, Waël Bou Faour, et de l’Éducation, Akram Chehayeb, ainsi que Bilal Abdallah, Fayçal Sayegh et Hadi Abou el-Hosn, respectivement députés du Chouf, de Beyrouth et de Baabda.

À l’issue de la rencontre, M. Abou el-Hosn a affirmé que les discussions ont principalement porté sur le budget 2019 que le Parlement commence à examiner ce matin. Mais il a toutefois évoqué l’affaire de Qabr Chmoun. « Nous respectons les textes de loi en vigueur. Et depuis le début (de la médiation menée par le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim), nous avons remis à la justice tous les partisans impliqués dans les incidents. Et le camp adverse devrait faire de même. Puis le Conseil des ministres devrait qualifier les incidents et décider de la prochaine étape », a déclaré le député de Baabda. Une position réitérée par Ghazi Aridi, qui s’est entretenu, à la tête d’une délégation joumblattiste, avec le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane. Étaient présents Henri Hélou, député joumblattiste de Baabda, ainsi que MM.

Sayegh et Abdallah. Il y avait aussi Zafer Nasser, secrétaire général du PSP, Rami Rayès, responsable médias au sein du parti, et Houssam Harb, conseiller de Teymour Joumblatt, député PSP du Chouf. « Devant le mufti, nous avons insisté sur l’importance de se fier aux institutions de l’État et aux lois en vigueur, lesquelles devraient être appliquées », a déclaré M. Aridi, mettant en garde contre toute tentative « de semer le doute autour de l’action des services de sécurité, dans la mesure où cela va à l’encontre de la volonté de préserver la stabilité du pays et de consacrer le pouvoir de l’État ».

Quant à Talal Arslane, il campe sur sa position. Sur son compte Twitter, il a estimé que le fait de déférer l’affaire devant la Cour de justice est un « droit ». « Nous allons recouvrer les droits de nos martyrs, parce que l’ère de l’abus de pouvoir est révolue, et que chaque personne pourra vivre dans la Montagne dans la dignité, la liberté et la sécurité », a-t-il écrit, invitant l’État à s’acquitter de ses responsabilités sur le double plan juridique et sécuritaire.

Tout comme le PSP, le PDL noue des contacts avec les protagonistes gravitant dans l’orbite du 8 Mars pour leur présenter sa propre version des incidents du 30 juin. Une délégation du directoire du parti s’est entretenue hier avec une délégation du Hezbollah, du parti Tawhid de Wi’am Wahhab, mais aussi avec des représentants du Parti syrien national social, et avec Abdel Rahim Mrad, député de la Békaa-Ouest.


(Lire aussi : Joumblatt chez Hariri : L'enquête sur les incidents de Qabr Chmoun suit son cours)



Le Conseil des ministres

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : il n’y aura pas de Conseil des ministres prochainement, comme le confie une source politique à L’Orient-Le Jour, le temps que la question de la Cour de justice soit réglée, mais aussi la polémique opposant le PSP au CPL depuis le 30 juin. D’ailleurs, ce n’est qu’hier qu’Akram Chehayeb a choisi de répondre aux propos jugés « provocateurs » tenus par le chef du CPL à propos de la bataille de Souk el-Gharb (13 août 1989), tenus peu avant les incidents de Qabr Chmoun. S’exprimant lors d’une cérémonie dans la localité, le ministre de l’Éducation a assuré que celle-ci « continuera d’être synonyme de savoir et de culture, loin des discours politiques qui, pour le moins qu’on puisse dire, ne lui ressemblet pas ».

Pour revenir à la polémique suscitée par le report de la séance gouvernementale du 2 juillet, Gebran Bassil s’est une fois de plus défendu d’avoir paralysé le Conseil des ministres. « Le Premier ministre voudrait une solution politique à la crise survenue après les affrontements de la Montagne. Et nous attendons sa convocation à une séance ministérielle », a déclaré M. Bassil.



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L,ABRUTISSEMENT AIDANT LE COMPROMIS SE FAIT ATTENDRE.

Yves Prevost

"il n’y aura pas de Conseil des ministres (...) le temps que la question de la Cour de justice soit réglée".
Et pourquoi donc? Le gouvernement doit gouverner! Pourquoi faut-il que le pays soit pris en otage par la fantaisie de quelques ministres?
Mais voilà ce qui arrive quand un conseil des ministres est fait de bric et de broc. Quand on veut réunir dans un même gouvernement dit "d'union nationale" des gens qui, par principe ne peuvent pas s'entendre.

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