Liban

L’hystérie -3-

La psychanalyse, ni ange ni démon
11/07/2019

Pour beaucoup de psychanalystes, l’hystérique n’a pas évolué vers une sexualité « génitalisée » où de l’envie de posséder un pénis comme l’homme, elle peut passer au désir de recevoir le pénis en elle, de le porter et de se laisser engrosser. La fameuse équation symbolique freudienne (enfant = phallus) peut alors « dédommager » la femme hystérique de ce qu’elle considère comme une blessure narcissique, une mutilation, soit son absence de pénis. À condition que son compagnon ne se considère pas comme possédant ce qui peut la combler.

Si le partenaire de l’hystérique se reconnaît comme manquant de quelque chose que sa femme peut lui offrir, s’il reconnaît en lui un manque où l’hystérique peut venir se loger, alors le don qu’il fait à l’hystérique peut avoir un effet mutatif et la remanier de l’intérieur. Si elle est aimée, la femme hystérique peut accepter qu’une partie de son corps soit désirée, elle peut accepter que son corps contienne l’objet qui cause le désir de l’autre. Comme on le voit dans le film de Jean-Luc Godard Le mépris, où dès la scène inaugurale du film Brigitte Bardot et Michel Piccoli sont dans l’impasse : elle veut de l’amour, il entend du désir.

En revanche, si l’homme conçoit sa femme comme un réceptacle à remplir, s’il rabat son désir sur le registre du besoin sexuel, alors la rencontre est manquée. Dans ce cas, comme le dit Lucien Israël, il transforme le désir de l’hystérique en une demande d’objets substitutifs dont il serait le fier propriétaire (argent, puissance, savoir...). Et la demande se transformera lentement en revendication, voire en rage, amenant le couple dans l’enfer du malentendu.


L’hystérique et l’analyste
C’est souvent avec cette souffrance-là que la femme hystérique vient à l’analyse. À travers ses symptômes ou sa revendication, elle vient se plaindre de l’inaptitude de son homme à la comprendre et à l’apprécier.

Comme nous l’avons vu avec la « leçon » donnée par Dora à Freud, l’analyse de l’hystérique repose sur la capacité de l’analyste à réinventer avec elle la théorie analytique. Si l’analyste accueille l’hystérique et l’écoute avec la grille freudienne ou lacanienne préétablie, il se comporte comme un amant incapable d’être autre chose que le « fils d’un père célèbre ». L’analyste doit pouvoir oublier son savoir afin de le retrouver dans une réinvention commune avec l’hystérique. Comme cela se passa au départ : « Taisez-vous et laissez-moi parler », dit une des premières patientes hystériques à Freud. Et Freud s’est tu. Au lieu de se prendre pour celui qui sait et imposer son savoir comme un médecin ou un psychologue, Freud s’est tu et s’est mis à l’écoute.

L’écoute de l’analyste invite l’hystérique à produire elle-même les mots, les signifiants qui l’ont constituée d’abord comme sujet, c’est-à-dire les signifiants qui lui ont permis de refouler ses désirs œdipiens pour se déplacer sur d’autres objets. L’écoute de l’analyste l’invite à accoucher de ce qu’elle porte à son insu comme signifiants de sa jouissance. Là où le maître parlait à sa place en parlant d’elle ou pour elle, l’analyste l’invite à retrouver ses propres mots et ainsi à sortir du dilemme qui la confrontait à toute figure du maître : la soumission ou la révolte. À condition qu’il ne se situe pas lui-même en position de maître, position où l’hystérique, dans sa résistance à guérir, cherchera à le mettre afin de lui livrer le duel jouissif auquel elle est habituée : lutter avec le maître pour le renverser, en devenir la « maîtresse ».


N.B. – Notre prochaine rubrique sera datée du 1er août 2019.


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