Liban

L’hystérie -2-

La psychanalyse, ni ange ni démon
04/07/2019

Nous avons vu dans la dernière rubrique que Dora, la jeune patiente de Freud, interrompt sa cure parce qu’il n’a pas entendu ses questions : « Que veut la femme hystérique ? Que veut la femme ? »

Ainsi, depuis toujours et pour toujours, l’hystérie pose des questions universelles : la femme, l’homme, la bisexualité, l’amour, le désir, la jouissance, la maternité, le rapport à l’enfant.

Ces questions ordonnent, il est vrai, une grande partie de la clinique de l’hystérie, tant sur le « versant défensif » que sur le « versant offensif » comme les appelle François Perrier (1922-1990), l’un des plus brillants élèves de Lacan.

Le versant défensif recouvre toute la symptomatologie somatique de l’hystérique, qui charge ainsi son corps de dire à sa place la question inassumée de son identité sexuelle. Freud voyait derrière chaque symptôme hystérique un « fantasme bisexuel ». On y trouve toute la gamme des symptômes décrits dans les manuels : paralysie, cécité, épilepsie, mutisme, anorexie etc., autant de « symptômes fonctionnels » que la médecine a appris à cataloguer. Avec bien entendu les troubles sexuels : frigidité, dyspareunie, vaginisme…

Mais si le médecin n’y prend pas garde, et considère ces symptômes comme les signes d’une maladie et non pas comme l’expression du désir inconscient du sujet en cherchant par exemple à guérir l’hystérique malgré elle, la patiente va le défier et utiliser son symptôme comme une arme phallique avec laquelle elle se mesure au savoir médical constitué : « Qui est le plus fort », semble-t-elle demander au médecin, identifié ici à un Maître sûr de son savoir. L’hystérique, derrière son apparente passivité avec des symptômes qui ne guérissent pas et un « tourisme médical » interminable résiste au pouvoir médical. Car l’idéologie médicale la confine dans une dialectique tronquée qui substitue à l’opposition homme-femme le binôme fort-faible, actif-passif.

De ce point de vue-là, on a pu dire que l’hystérique se débat toujours avec le « stade phallique », dont on a parlé précédemment, c’est-à-dire qu’elle essaie de répondre à sa question : « Suis-je une femme ou suis-je un homme? » en réduisant celle-ci à une fausse alternative : « Dois-je être passive pour être une femme? » Ce qu’elle refuse, à juste titre d’ailleurs, en revendiquant une activité que son entourage, malheureusement, prendra pour une imposture masculine. En cela, l’hystérique va contester l’idéologie ambiante qui fait de la femme le complément de l’homme et du rapport entre les sexes, un rapport de complémentarité. À l’image de la complémentarité anatomique entre le pénis et le vagin. Et c’est parce que Freud était lui-même pris dans ce préjugé qu’il a échoué dans l’analyse de Dora, faisant d’elle, et à son insu, la première militante en faveur de l’égalité des sexes.

C’est sur le versant offensif, militant, actif qu’on rencontre aujourd’hui la femme hystérique. Sa frigidité est mise sur le compte de l’impuissance de son mari à la faire jouir. À « l’heure du mari », elle n’est pas disponible pour les gratifications sexuelles. À « son heure à elle », le mari est forcément impuissant puisqu’il a le sentiment que son érection répond à un ordre donné par sa femme. Ce dilemme éternel du couple, très finement saisi par François Perrier, est-il dépassable? Il semble que l’hystérique aspire à répondre oui en jouant la carte de l’amour comme véhicule indispensable au désir.

Si le versant passif chez l’hystérique remonte à la nuit des temps, le versant offensif est concomitant du mouvement de libération des femmes. Le droit à la contraception, à l’avortement, la lutte contre la misogynie et les inégalités imposées aux femmes donnent à l’hystérique de quoi nourrir sa révolte intérieure contre les inégalités des sexes.

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