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La Dernière

La petite histoire des férus de belles carrosseries qui ont créé l’Automobile Club

Célébration

L’Automobile et Touring Club du Liban (ATCL) a célébré ses cent ans, marqués par des rallyes qui ont attiré des célébrités, dont cinq décennies de jumelage avec le vieux Yacht Club de Beyrouth.

May MAKAREM | OLJ
09/07/2019

La Première Guerre mondiale est terminée. L’Empire ottoman est démantelé et le Liban passe sous mandat français. La jeune garde libanaise foisonne d’idées, tant politiques et économiques que culturelles et touristiques. Voyant l’avenir et la modernité prendre de la vitesse, les férus des bolides et de vitesse, le marquis Jean de Freige, Alfred Sursock, Sélim Salam, Habib Pharaon, Jacques Tabet, Albert Naccache, Ahmad Beyhum, Michel Chiha et Charles Corm, créent l’Association pour la promotion de l’automobile. La France, alors puissance mandataire, mène de concert avec le groupe la mise en œuvre de cet objectif, sur le modèle des Touring Club et Aéro-Club de France, cofondés en 1895 par le comte Jules de Dion, un passionné de belles carrosseries et belles mécaniques, entré dans l’histoire automobile en remportant le deuxième prix de la première compétition au monde, Paris-Rouen, en 1894.

En vue du projet proposé sur le modèle français, Georges Vayssié, délégué principal du Touring Club de France (TCF) et directeur du journal La Syrie, organise une rencontre avec les membres de l’association. Comme l’atteste une information publiée par le journal La Syrie daté du 7 mai 1920, à l’issue de deux réunions tenues l’une à Baabda, l’autre à l’Union française de Beyrouth, le mercredi 5 mai 1920, en présence du commandant Labrue (administrateur du territoire autonome du Liban) et de Habib Bacha el-Saad (président du Conseil administratif du Liban), « il fut décidé à l’unanimité de donner à l’association le nom de Touring Club de Syrie et du Liban. Il sera affilié au Touring Club de France ».

Ainsi naît le Touring Club de Syrie et du Liban (TCSL), devenu avec l’indépendance du Liban l’Automobile et Touring Club du Liban actuel (ATCL), dont les bureaux étaient logés à l’immeuble Fattal, rue du Port. La cotisation annuelle s’élève à 40 francs, dont six francs iront au Touring Club de France. Jean de Freige est élu à la tête du comité directeur ; Élie Sabbag, Abdallah Beyhum et Jacques Tabet sont les vice-présidents ; Habib Trad est trésorier ; Georges Vayssié secrétaire général ; Habib bey Pharaon et Charles Corm secrétaires. Ce dernier inaugurera par la suite l’usine d’assemblage de voitures Ford, ouvrira 34 succursales entre le Liban, la Syrie et la Palestine, et fera rouler ses modèles sur le bitume. L’association compte parmi ses premiers membres Moussa Benjamin, Antoine Eddé, Hassan Cadi, Michel Tuéni, Aref Naamani, Gabriel et Jean Bustros, Alfred Sursock, Anis Hani, Alfred Nasser, Émile Hacho, Wadi Doumani, ainsi que des Français résidant au Liban, dont le Dr Hippolyte de Brun. Celui-ci avait acquis, à la rue Abdel Kader, un bâtiment appelé « le château » en raison de ses qualités architecturales. Construit en 1914 pour la

British Syrian Mission, le bâtiment a été vendu au médecin, avant de devenir la propriété du Lycée des jeunes filles en 1929.

À l’instar du Touring Club de France, l’objectif du Touring Club de Syrie et du Liban est de développer le tourisme, secteur essentiel pour l’économie du pays. Pour ce faire, il se dote de quatre commissions dont le programme se polarise sur le réseau routier et les moyens de transport, l’industrie hôtelière, le reboisement et la protection de la faune, et la promotion des sites et monuments.

Le 13 mai 1920, accédant à la demande du président Jean de Freige et du secrétaire général Georges Vayssié, le général Henri Gouraud, haut-commissaire de la puissance mandataire, accepte volontiers le titre de président d’honneur du TCSL. Par la suite, ce titre sera transmis aux différents chefs d’État qui se succèdent.

Le roi Hussein remporte la course

Le sport automobile va faire vibrer les pilotes libanais et étrangers. Affilié à l’Alliance internationale du tourisme-Genève et à la Fédération internationale de l’automobile-Paris (FIA), l’Automobile et Touring Club du Liban (ATCL) lance, en 1951, la première course de côte. En 1956, le roi Hussein de Jordanie remporte l’épreuve de Rabieh-Aïn Aar. En 1968, le premier « rallye du Liban » est organisé. En 1987, 69 équipes originaires du Liban, des Émirats arabes unis, de Chypre, de France, de Suède et de Grande-Bretagne participent au Marlboro Rallye de montagne, devenu une épreuve du FIA Middle East Rally Championship. Parmi les pilotes, l’Italien Sandro Munari, surnommé « il Drago di Cavarzere », qui avait disputé 36 rallyes en championnat du monde, et remporté sept victoires. Mais également l’Émirati Mohammad ben Sulayem, aujourd’hui vice-président de la FIA pour le sport et président de l’Automobile and Touring Club of the UAE (ATCUAE), le Qatari Nasser al-Attiyah, sacré champion de rallye du Moyen-Orient en 2003 et champion du monde en 2006. Le champion finlandais Tommy Makkinen surnommé « The Flying Finn », et le vice-champion du monde en 1993, François Delecour, étaient parmi les invités VIP du rallye.

Le jumelage avec le Yacht Club de Beyrouth

Entre-temps, le Yacht Club de Beyrouth, qui se situe à l’extrémité de la jetée du deuxième bassin de port de Beyrouth, doit être déplacé pour laisser place à la construction du troisième bassin. À 88 ans aujourd’hui, l’ingénieur Adel Khoury, commodore du Yacht Club, ancien directeur technique d’Air Liban et vice-président du CDR de 1977 à 1982, raconte la fusion de l’ATCL et du Yacht Club de Beyrouth. « Au début des années soixante, dans le cadre d’une politique d’aménagement et d’expansion des infrastructures, l’État libanais confie au Conseil exécutif des grands projets (CEGP) la maîtrise de l’œuvre de la construction d’un troisième bassin pour le port de Beyrouth. Le Conseil des grands projets se compose de trois éminents ingénieurs, Farid Trad, Henry Naccache et Fayez Ahdab. Un crédit de soixante millions de livres libanaises est alloué au projet. Le projet est adjugé à l’entreprise grecque Archirodon, pour un montant de quarante-cinq millions de livres libanaises. Le conseil du CEGP prend alors l’initiative de proposer au président de la République, le général Fouad Chéhab, de faire construire avec le crédit restant, soit quinze millions de livres libanaises, un ensemble de trois bassins sur la rive sud de la baie de Jounieh. Ces bassins seraient destinés respectivement au tourisme, à la marine nationale et à la pêche. Le président Chéhab en accepte le principe, qui est approuvé par le Conseil des ministres. Il est alors proposé de déplacer le Yacht Club de Beyrouth vers Jounieh et de le jumeler avec l’Automobile et Touring Club du Liban. Selon un décret promulgué en juin 1962, l’ATCL reçoit de l’État un plan d’eau de 40 000 m2, des quais et un terre-plein de 60 000 m2 environ.

La voilure d’Oscar Niemeyer

Henry Naccache et Fayez Ahdab, chargés à la même époque de la construction de la Foire de Tripoli, profitent de la visite du grand architecte brésilien Oscar Niemeyer pour lui faire visiter le complexe de Kaslik dont la superstructure est encore en projet. Et voilà le célèbre Niemeyer qui esquisse d’un coup de crayon la piscine et le bâtiment abritant le restaurant « La Terrasse », avec sa mince voilure en guise de toiture. Ils seront inaugurés en juin 1969.

L’ATCL a traversé des crises et des conflits, mais tel un vaisseau amiral, il a réussi à fendre de sa proue les flots déchaînés. À sa barre se sont succédé les présidents Jean de Freige, Alfred Kettaneh, Fayez Ahdab, Walid Tuéni et Fouad el-Khazen, et les secrétaires généraux Georges Vayssié, Me Michel Assaf, Riad Haddad et Camille Eddé. Mais également les membres dévoués des conseils et des commissions, tous bénévoles, tous dédiés à la réussite d’une seule mission : la pérennité de ce havre de paix.

Des véhicules historiques

Les cent ans de l’ATCL ont été célébrés la semaine dernière à l’ATCL par des concerts, des activités diverses et une exposition de 25 anciennes voitures présentée par Rony Karam, ambassadeur de la Fédération internationale des véhicules anciens (FIVA) pour le Moyen-Orient et auprès de l’Unesco, et Nabil el-Khazen, à la tête de la commission de la voiture classique à l’ATCL. Parmi celles-ci, une Cadillac remontant à 1923, une Chevrolet rarissime possédant des jantes à bâtons en bois (1926), une Austin (1931), une Mercedes utilisée dans le film La Grande Vadrouille et un canot Riva dont le modèle a été créé pour les Jeux olympiques de 1973, qui ont été prêtés par Rony Karam. Étaient également exposés la Lancia Delta Integrale de notre sextuple champion de rallye Billy Karam et un side-car militaire russe de la Seconde Guerre mondiale appartenant au collectionneur de motos Rouhana Melhem.


Pour mémoire

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Honneur et Patrie

Je n'ai pas oublié les panneaux émaillés à l'entrée et à la sortie de nos villes et villages comme ceux de mon village de Sarba avant la guerre 39-45 "Sarba" en français et en arabe et au-dessous "Touring Club de France" et pareil dans tout le Liban.
Quant au terre-plein de 60.000 m2 dont une grande partie occupée par deux tanneries de Gergi Naffah, père du ministre et député Fouad Naffah et par la villa de Habib Bey Wakim... détruites.

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