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Moyen Orient et Monde

L’Iran accentue la pression sur l’Union européenne

Nucléaire

La République islamique affirme avoir repris l’enrichissement d’uranium au-dessus de 3,67 %, soit plus que le niveau prohibé par l’accord de 2015.


Julie KEBBI | OLJ
08/07/2019

Les yeux des Européens étaient braqués sur l’Iran hier, alors qu’il a annoncé qu’il reprenait l’enrichissement de son uranium au-dessus de 3,67 %, assorti du rétablissement d’un projet de construction d’un réacteur à eau lourde à Arak (centre). Un taux supérieur au seuil prohibé par l’accord sur le nucléaire conclu en 2015, et dont l’objectif pour la République islamique est d’accentuer la pression sur les Européens, pris en tenailles entre Washington et Téhéran. Les réactions des signataires européens ne se sont pas fait attendre hier, pendant que Londres et Berlin ont tous deux appelé Téhéran à cesser toute production d’enrichissement d’uranium. Condamnant les propos iraniens, Paris a exprimé sa « grande inquiétude », tout en précisant que le déclenchement du mécanisme de résolution des conflits de l’accord n’était pas à l’ordre du jour. L’Élysée a indiqué en ce sens qu’« il y a des étapes préalables » et que sa « priorité actuellement est de travailler à la désescalade ».

Selon le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, les inspecteurs étrangers de l’Agence internationale de l’énergie atomique devraient pouvoir constater le taux d’enrichissement d’uranium à 3,67 % dès aujourd’hui au matin.


(Lire aussi : L'Iran commence à enrichir l'uranium à un niveau prohibé)



« Les Iraniens n’ont pas annoncé à quel point ils iraient au-delà des 3,67 %, ce qui est une indication qu’ils ne comptent pas aller aussi loin que ce qu’ils avaient menacé de faire », tempère Ali Fathollah-Nejad, chercheur associé au Brookings Doha Center et spécialiste de l’Iran, interrogé par L’Orient-Le Jour. « Cela signale aussi aux Européens qu’ils ont compris leur message et qu’ils ne veulent pas aggraver la situation », note l’expert avant de préciser que « si le taux d’enrichissement d’uranium monte jusqu’à 5 % (soit un taux suffisant pour faire tourner les réacteurs nucléaires, NDLR) et reste dans la catégorie d’uranium faiblement enrichi, il ne devrait pas y avoir de contrecoup majeur ». Ali Akbar Velayati, conseiller pour les Affaires internationales auprès de l’ayatollah Ali Khamenei, a déjà indiqué samedi que l’enrichissement d’uranium « augmentera autant que nécessaire pour nos activités pacifiques ». « Pour le réacteur nucléaire de Bouchehr (à l’ouest du pays), nous avons besoin d’un enrichissement à 5 %, un objectif complètement pacifique », a-t-il affirmé.

Les réactions européennes (et américaine) seraient toutefois bien différentes si l’Iran atteint un taux d’enrichissement d’uranium à 20 %, chiffre symbolique qui divise par deux le temps nécessaire pour arriver à 90 %, ce qui permet d’obtenir un uranium de qualité militaire. « Les Européens ne veulent pas que l’Iran atteigne un niveau d’enrichissement en uranium à 20 % car cela déclencherait une nouvelle crise ; ce qui mettrait l’Europe dans une situation très difficile en termes de soutien à l’Iran sur les plans diplomatique et politique comme elle l’a fait jusqu’à présent », observe Ali Fathollah-Nejad. « Cela pousserait les Européens de facto à s’aligner sur les États-Unis, voire peut-être à rétablir les sanctions des Nations unies, créant une nouvelle dynamique au détriment de l’Iran », poursuit-il.


(Lire aussi : L'Iran pourrait enrichir son uranium à hauteur de 5%)


Des demandes irréalistes
La tension est montée sur ce dossier depuis ces derniers mois, alors que Washington ne cesse de durcir sa position et que Téhéran agite la menace de ne pas respecter ses engagements prévus dans l’accord de 2015. Avec une économie asphyxiée par plusieurs vagues de sanctions américaines depuis le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord sur le nucléaire en mai 2018, la République islamique adopte un ton ferme en espérant que ses partenaires du Vieux Continent l’appuient pour alléger leurs conséquences. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a indiqué hier que son pays pourrait faire fi d’autres obligations de l’accord « dans 60 jours » si une solution n’est pas trouvée. Une annonce qui fait suite au dépassement la semaine dernière de la limite prévue par l’accord de 2015 de 300 kg sur ses réserves d’uranium faiblement enrichi. M. Araghchi a précisé que l’Iran pouvait faire marche arrière si ses demandes étaient respectées par les Européens.

Lors d’un entretien téléphonique samedi, le président iranien, Hassan Rohani, et son homologue français, Emmanuel Macron, se sont mis d’accord pour « explorer les conditions d’une reprise du dialogue » d’ici au 15 juillet, alors que les Européens ont répété à plusieurs reprises leur souhait de préserver l’accord de 2015. Téhéran avait déjà posé un ultimatum de deux mois aux Européens en mai dernier pour trouver un moyen pour remédier à l’isolement de ses secteurs bancaire et pétrolier provoqué par les sanctions américaines. Une annonce qui s’était heurtée à une fin de non-recevoir de la part de ses partenaires, qui ont demandé à Téhéran de « s’abstenir de toute escalade ». « Nous attendons de l’Iran qu’il continue d’adhérer aux formats et mécanismes mis en place par l’accord sur le nucléaire », avaient affirmé la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne dans un communiqué conjoint. Selon Ali Fathollah-Nejad, « ce genre de pression iranienne n’a pas vraiment eu l’effet escompté sur les Européens, car ce que Téhéran leur demande est tout à fait irréaliste ».



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