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Culture

Elton John, intergalactique et... « still standing »

Évènement
22/06/2019

« Rocketman » : cinq bonnes raisons de le voir

Par Florence LOEVE


Pour la performance de Taron Egerton. L’acteur principal, Taron Egerton, a le mimétisme impressionnant. Par sa performance vocale d’abord : toutes les chansons ont été réenregistrées par les acteurs pour former une comédie musicale davantage qu’un biopic. Egerton maîtrise le trémolo sur Your Song, Tiny Dancer ou Don’t Go Breaking My Heart. Il reproduit aussi de manière convaincante les moues crispées et les entrées sur scène chaloupées d’Elton. Physiquement, on ne peut que lui reprocher d’avoir plus de cheveux que le chanteur et moins de poils thoraciques.

Pour le flashback seventies À travers la relation d’Elton John avec Bernie Taupin, son parolier et grand ami depuis ses débuts, les us et coutumes d’une industrie d’antan ressurgit. À l’ère pré-internet, Bernie écrit ses paroles à la main, les envoie par la poste à Elton John qui attend impatiemment le passage du facteur pour composer ses chansons à partir des textes. Autre facette de l’industrie : à lui seul, EJ pouvait se vanter de représenter 5% des ventes mondiales, dans un business où les grands labels étaient tout-puissants.

Pour l’ode à la garde-robe d’Elton John Des dizaines de costumes défilent dans le film, toujours plus spectaculaires : maillot de base-ball en sequins, ailes géantes et cornes de diable sur costume orange à strass, manteau de fourrure géant et lunettes de soleil de toutes les formes et couleurs.

Pour l’absence de tabous Le biopic se concentre sur les débuts d’EJ, de son enfance jusqu’aux années 1980. Ascension vers la célébrité et ses corollaires : le chanteur sombre dans un mariage houleux entre cocaïne, alcoolisme, boulimie, orgies et crises de colère. Rocketman traverse des zones de turbulence, et les excès sont assumés. Sexe, drogues et rock’n’roll...

Pour les ondes LGBTQ Assumer son homosexualité n’était pas chose aisée dans les années 1970. La montrer au cinéma n’est toujours pas évident. Une brève scène de sexe de quelques secondes s’emploie à banaliser la chose. Si la mère du jeune Elton lui assène qu’il « est voué à une vie de solitude », le film entend prouver l’inverse en concluant sur le mariage d’Elton John avec David Furnish.


Et deux regrets

Récit un peu lisse Enfance malheureuse et sans affection + créativité = succès et starification. La recette classique de tout biopic qui se respecte. Le père d’Elton John, froid et indifférent, est ici très froid et très indifférent ; sa mère, cruelle et égocentrique, est très cruelle et très égocentrique ; son manager manipulateur et vénal est très, etc. Les personnages manquent parfois de profondeur. Le récit de l’enfant prodige mais mal aimé devenant une diva rongée par les excès avant la rédemption est lisse. Trop lisse ?

Autopromotion Elton John est actuellement en tournée internationale ; Elton John publie son autobiographie, sobrement intitulée Moi (en octobre 2019) ; et Elton John a son biopic. À 72 ans, non seulement le chanteur est toujours debout, mais il semble encore apprécier l’attention médiatique. Le biopic prend des airs d’autopromotion. D’autant plus que le réalisateur Dexter Fletcher a été invité par Elton John, producteur exécutif, à mettre en scène sa propre vision de la vie de l’auteur de I’m Still Standing.


Elton John en 5 chiffres

- Plus de 300 millions d’albums vendus

- Plus de 55 millions du single Candle in the Wind écoulés, devenant le single le plus vendu depuis la création des hit-parades

- Près de 5 000 concerts donnés dans plus de 80 pays

- 24 années consécutives dans le Top40 US

- Plus de 300 millions de dollars en fonds rassemblés par la Elton John AIDS Foundation.


Cinq (histoires de) chansons

par Danny MALLAT


DANIEL

Cette chanson raconte l’histoire d’un combattant américain blessé au Vietnam, se remémorant la douceur d’un séjour en Espagne avant de mourir. Mis à part le délire « lunettes », elle est intéressante par la contradiction qu’elle offre. Malgré la mélodie qui peut paraître enjouée, les paroles sont très dures, puisque Daniel rentre de la guerre où il a perdu la vue ; il est accueilli chez lui en héros, mais veut simplement tout oublier et finit par repartir. L’histoire est une fiction, mais Bernie Taupin, le parolier de toujours de Sir Elton, a dit trouver l’inspiration pour cette histoire en lisant les reportages sur les vétérans qui revenaient peu à peu à leur vie d’avant la guerre... donc une fiction pas si loin de la réalité.




SONG FOR GUY

C’était un coursier chez EJ’s Rocket Record, et Elton John le trouvait fort sympathique. Guy Burchett avait 17 ans quand il a trouvé la mort dans un accident de moto. Elton John venait de composer cette chanson où il s’imaginait flottant dans l’espace, spectateur de son propre corps et se voyant en train de mourir. Obsédé par cette pensée, il écrit alors Your Song, une chanson sur la mort. À l’annonce de la nouvelle, l’artiste décide immédiatement de la dédier à Guy. Sorti en 1970, c’est le tube qui a lancé sa carrière, il est le fruit de sa collaboration avec le parolier Bernie Taupin qui perdure encore jusqu’à aujourd’hui. La chanson Song for Guy est quasi instrumentale. Elle figure dans son album A Single Man (1978). Seules quelques paroles (à la portée ésotérique) arrivent en toute fin de titre.


ROCKET MAN

Ray Bradbury, romancier américain célèbre pour son livre Fahrenheit 451 adapté par François Truffaut au cinéma, a écrit en 1951 une nouvelle intitulée Rocket Man qui va directement inspirer le parolier Bernie Taupin. Cette chanson va alors très rapidement devenir l’un des tubes phares d’Elton John. Elle raconte comment le métier d’astronaute pourrait devenir, à l’avenir, un métier banal, à la portée de tout le monde. De son côté, EJ parle d’une chanson dont la mélodie a été très facile à composer, différente de ses mélodies pop-rock joyeuses.


CANDLE IN THE WIND

C’est l’histoire d’une étoile montante balayée d’un revers de la main par la mort. Ce morceau est devenu emblématique de la princesse Diana parce que Elton John l’a interprété lors des funérailles de la princesse de Galles, décédée le 31 août 1997 à Paris. Il est également devenu le single le plus vendu de l’histoire de la musique (33 millions de copies).

À l’origine écrite en 1973 en l’honneur de Marilyn Monroe, décédée 11 ans plus tôt, cette chanson avait été interprétée par Elton John le 7 avril 1990 pour Ryan White, un jeune homme américain devenu un emblème national de la lutte contre le virus du VIH aux États-Unis, décédé 24 heures après avoir été renvoyé de son école à cause de son infection.


DON’T GO BREAKING MY HEART

Interprété en duo avec la chanteuse britannique Kiki Dee, Don’t Go Breaking My Heart sera le deuxième plus gros succès de l’année 1976 en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Une chanson disco à souhait et un clip tourné en une prise avec la chanteuse. Lui en costume à carreaux bleus, lunettes grossières aux couleurs océanes, elle en salopette rose clair et coupe de cheveux très seventies, ils imitent clairement le duo mythique Marvin Gaye et Tammi Terrell dans le tube Ain’t No Mountain High Enough. C’est le premier morceau d’Elton John à prendre la première place des charts en Grande-Bretagne.



Elton John en 5 tenues de scène iconiques...

par Gilles Khoury


Tout en blanc en 1973

Impossible, lorsqu’on évoque le style vestimentaire d’Elton John, de passer outre cette tenue de 1973, devenue sans doute la plus iconique, et peut-être représentative du style du chanteur. Lunettes arrondies, surdimensionnées et bordées de strass, veste en cuir à épaulettes en plumes sur patte d’eph Blanch : cet ensemble rassemble (presque) tous les ingrédients de la mode vus par le chanteur aux 300 millions de disques vendus.


La tenue de base-ball pailletée en 1975

Si, le 26 octobre 1975, des milliers de présents écarquillaient les yeux face à Elton John qui se produisait en concert au Dodgers Stadium, ce n’est pas uniquement pour sa performance, certes hors du commun, mais aussi et surtout pour sa tenue conçue par le créateur Bob Mackie. Jouant sur les codes de la masculinité, le chanteur apparaissait ce soir-là dans un uniforme de base-ball entièrement pailleté et au dos duquel il était inscrit Elton John au-dessus du… numéro 1. Évidemment.


Le « Muppet Show » en 1977

En 1977, les costumes d’Elton John au Muppet Show avaient retenu l’attention. Accompagné de Miss Peggy, il entonnait Don’t Go Breaking My Heart dans une salopette rose, très près du corps, ornée de Swarovski et assortie à un chapeau de la même couleur. Pour Crocodile Rock, il s’installait derrière son piano dans un bonnet d’aviateur alors que dans son dos, semblaient lui pousser des ailes aux couleurs d’arc-en-ciel. Drôle d’oiseau.


Donald Duck en 1980

Donald Duck, euh, pardon, Elton John, à Central Park en 1980. Capture d’écran YouTube

Ne craignant pas de flirter avec le too much, c’est au Central Park de New York qu’Elton John fait patienter 400 000 personnes pour le changement de costume le plus long de l’histoire, épaulé par son bras droit Bob Halley. « J’avais dit à Bob, effrayé, que les gens allaient partir », raconte le chanteur qui débarquait sur scène habillé en… Donald Duck pour interpréter Your Song. Un contraste assez troublant entre le titre, des plus poignants, et la tenue, des plus insolites, imaginée par Bob Mackie.


Le costume de sa tournée d’adieu en 2018

Elton John en Gucci, en 2018. Timothy A. Clary / AFP

Dans le cadre de sa dernière tournée Farewell Yellow Brick Road Tour, le chanteur a choisi de faire appel à Alessandro Michele, directeur artistique de Gucci, pour la conception de ses tenues. Fidèle à l’univers de la marque italienne, à la fois poétique et délurée, Elton John dégainait un vestiaire mêlant vestes brodées, lunettes à strass et imprimés de fleurs, qui clôturait en apothéose des décennies de style inimitable.


Un Sir modèle et collectionneur à la fois

par Zéna ZALZAL

Elton John par Irving Penn. Photo DR

L’excentrique chanteur britannique révèle en matière d’art, photographique en particulier, un œil averti et un goût sûr... Même s’il affectionne toujours les cadres clinquants.
Elton John raconte qu’enfant, lorsque ses parents se disputaient, il se réfugiait dans sa chambre pour trouver du réconfort dans les objets qui l’entouraient. C’est de là que serait née sa passion pour les objets, et, plus tard, les collections. S’il commence par collectionner les voitures et, évidemment, les lunettes, c’est au début des années 1990 qu’il découvre la photo grâce à un ami qui lui montre des clichés de mode signés Helmut Newton. C’est le déclic ! La collection qu’il a depuis réunie avec son compagnon David Furnish compte aujourd’hui plus de 8 000 œuvres photographiques, dont un nombre conséquent de clichés qui ont marqué l’histoire de la photographie. Et qui ont d’ailleurs fait l’objet d’expositions dans plus d’un musée, notamment au Tate Modern, il y a trois ans.

Cohérente et de bon goût, la collection du chanteur comprend des œuvres iconiques, des années 20 jusqu’à nos jours, des grands noms de la photo moderne, surréaliste et contemporaine, notamment Man Ray, André Kertész, Nan Goldin, Irving Penn, Robert Mapplethorpe, Helmut Newton, Herb Ritts… Si Elton John a été largement photographié par tous ceux qui comptent dans la profession, de Herb Ritts à David La Chapelle (qui a, d’ailleurs, signé l’affiche éminemment kitsch de son biopic), ou encore Greg Gorman, il semble avoir une préférence pour la série signée Irving Penn, le représentant en 1989 avec un chapeau (Elton John with Top Hat) et des effets de distorsion « qui collent bien à l’excentricité de ma vie », avait-il confié à la presse en la dévoilant au public, lors de l’inauguration de The Radical Eye à la Tate Modern à Londres en 2016. Sinon, les portraits qu’il préfère sont ceux signés Man Ray. Et particulièrement son célèbre Larmes de verre (1932), qui est l’un des joyaux de sa collection. Et, dans un registre différent, le fameux cliché Migrant Mother (1936) de Dorothea Lange, devenu le symbole de la grande dépression. Une image de la maternité et de l’indigence qui le bouleverse profondément, confiait-il également.

« The Migrant Mother », de Dorothea Lange, parmis les œuvres photographiques préférées d’Elton John. DR


Émotion et provocation

De l’émotion mais aussi un (léger) parfum de scandale cohabitent dans la collection de cet artiste paradoxal. À l’instar de Klara et Edda faisant la danse du ventre (1998) signé Nan Goldin. Un nu d’enfants qui a été saisi par la police alors qu’il devait être exposé au Baltic Centre of Contemporary Art de Gateshead, en Angleterre, pour « possible infraction à la loi sur la pornographie infantile ».

Enfin, on ne peut pas évoquer la collection de sir Elton John sans parler des œuvres d’artistes peintres et plasticiens qu’il possède (à l’instar de Louise Bourgeois, Gilbert & George, Tracey Emin, Damien Hirst, Keith Haring, Julian Schnabel et Ai Weiwei, dont il est très proche…), même s’il en a vendu un grand nombre aux enchères chez Sotheby’s pour récolter des fonds pour sa fondation qui lutte contre le SIDA (Elton John AIDS Foundation). Parmi les œuvres que « l’élégant » chanteur n’a pas hésité à sacrifier pour la cause, figurait une peinture réalisée à quatre mains par Basquiat et Andy Warhol, Untitled (1984-1985) qui lui tenait particulièrement à cœur. Un tableau bourré de symboles : os entrecroisés en noir et blanc, avec une tête de mort directement inspirée des memento moris hollandais, sur laquelle se juxtapose un estomac, rouge vif, censé représenter une sorte d’énergie vitale et un constant renouvellement. Une pièce qui aurait, dit-on, récolté à elle seule plus d’un million de dollars !



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