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Culture

Elton John, polaroïd cocaïne

Portrait
09/12/2017

1983. Luis Buñuel et Louis de Funès meurent. Les contingents français et américain au Liban sont frappés au cœur par deux attentats-suicide, faisant 299 morts. Mika naît le 18 août. Ronald Reagan qualifie l'URSS d'« empire du mal ». Et Elton John accouche d'un somptueux, d'un définitif Himalaya : I'm Still Standing. Un titre doigt d'honneur, un titre tripal, un titre purgatoire, extrait d'un album tellement Bret Easton Ellis, tellement eighties : Too Low For Zero. Simon Le Bon, le patron des Duran Duran, lui faisait boire dirty martini après dirty martini pendant le tournage du clip, sur la Côte d'Azur. Elton John, pas encore accro au thé, répétait qu'il était crevé, mort de fatigue. Et pour cause... L'homme de tant et tant de records, en Europe, aux États-Unis et dans le monde : il a même battu Elvis, ne (sur)vivait que glué aux alcools et à la poudre blanche.

1975-1990. Peu d'immenses artistes auront été cocaïnomanes comme l'Elton. Il y avait quelque chose de symbiotique entre l'homme-créature et la poudre. Avec elle, il devenait infiniment moins laid, plus drôle, comme Leo DiCaprio sur la proue du Titanic, ou en Wolf Of Wall Street ; avec lui, blottie dans ses muqueuses nasales, elle devenait infiniment plus blanche, moins vicieuse, comme une panacée universelle. Une communion. Pendant quinze ans, sa consommation était quasi horaire : le gramme, « qui dure une semaine pour certains, moi je le prenais d'un coup, d'une narine ». Il disait : « Je me croyais fort. J'étais persuadé que je pouvais m'en sortir seul. D'ailleurs, parfois, je m'arrêtais, deux, trois mois, et puis ... je replongeais. La drogue avait fait de moi quelqu'un de détestable. » Détestable, mais salutairement amnésique : avec cette coke, l'image du papa, Mr Dwight Sr, pilote de la Royal Air Force, si distant, si froid, si métallique, mais amoureux de la trompette, s'estompait lentement, sûrement... Il a fallu trois espèces de paternités pour qu'Elton John abandonne totalement cette cocaïne pourtant gravée dans ses veines et ses artères.

1993. Elton John a toujours préféré des hommes plus jeunes, qu'il étouffait littéralement : d'amour, de cadeaux, de voyages, de tout. « Au bout de six mois », ils partaient ; ils quittaient leur daddy Geppetto. Et puis le king-queen british de l'extravagance, tantôt marquis de Gorgonzola, tantôt Donald Duck, l'homme qui répétait à qui voulait bien l'entendre qu'il est « une femme moderne », l'enfant unique qui vivait crocheté aux jupes de sa mère et de sa grand-mère, l'hypergénéreux donateur, rencontre David Furnish. De quinze ans plus jeune que lui. Le coup de foudre est immédiat et infini. Et chaque samedi, les deux hommes s'envoient une carte. « Peu importe l'endroit où nous nous trouvons dans le monde, nous tenons à nous déclarer notre amour. » Est-ce que la décision de devenir réellement pères a été prise un samedi ? Ce n'est pas important.

2010, puis 2012 : l'alter ego d'Elton, Lady Gaga herself, est marraine de deux garçons nés de la même mère porteuse. Zachary Jackson Levon Furnish-John et Elijah Daniel Joseph Furnish-John grandissent depuis, eux contrairement à lui, avec l'amour, l'affection, la chaleur et la présence pas d'un papa, mais de deux. Elton John n'a jamais connu de demi-mesure.

1997 : la parenthèse. L'instant où quelque chose s'écroule, un fusible pète. Elton John est le père (mal)heureux d'un gigantesque record, celui du single le plus vendu de l'histoire du disque après le White Christmas de Bing Crosby, édité en... 1942. Candle In The Wind a été écrite en 1973 par l'autre double d'Elton John, Bernie Taupin, après la mort de l'absolue icône blonde, Marylin Monroe. 24 ans plus tard, une autre icône blonde la reçoit en héritage : Lady Di. L'Anglais, anobli par la reine Elisabeth, n'a chanté cette version qu'une seule fois, en pleine abbaye de Westminster, le jour des funérailles, en changeant Goodbye Norma Jean par Goodbye England's rose, avec juste son piano. Et sans aucun doute, sous son crâne, une douce tempête : il aurait voulu être blonde, il aurait voulu être sexy, il aurait voulu faire du cinéma et ravager la fantasmagorie des hommes, dockers et intellos, il aurait voulu être princesse de Grande-Bretagne, il aurait voulu être icône, bien plus qu'icône gay seulement – icône tout court, icône incontestée, Kodak sur les murs de toutes les chambres.

Elton John est en concert unique demain dimanche à 20h30 au Forum de Beyrouth, une production du Festival de Byblos.

 

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Bardawil dany

Cet article a tout l air d être une apologie de la cocaine !

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