L’édito de Ziyad MAKHOUL

Pourquoi je (ne) quitte (pas) « L’Orient-Le Jour »

L’édito
17/06/2019

La vie serait tellement merveilleuse si nous savions seulement quoi en faire.
Greta Garbo


Si chères lectrices, si chers lecteurs,

D’abord, pardon pour ce je : il est effectivement vain, grotesque et détestable. Mais j’ai tourné et retourné le problème dans tous les sens. Aucune solution de rechange. Ainsi soit ce je, donc – pour une première fois, sans doute, pour la dernière, sûrement.

Ma vie durant, j’ai adoré les parenthèses. Pas uniquement pour l’esthétique typographique – vous le savez : tantôt vous les avez haïes à cause de moi, ces parenthèses, tantôt vous en avez (sou)ri –, mais aussi et surtout pour ce qu’elles représentent. Je suis convaincu que notre existence est faite d’une suite infinie de ces parenthèses qu’on ouvre, puis qu’on ferme, au bout d’une heure, de trente mois ou de vingt ans. Parce que toute chose, aussi belle et bonne, aussi somptueuse et féconde soit-elle, a une fin.

Je (ne) quitte (pas) L’Orient-Le Jour. Depuis février 2000, ce journal, le plus vieux encore en exercice au Liban, cette famille, que je me suis choisie par hasard, m’a (re)fait, m’a donné un arc et des flèches magiques, une cible, une direction, une mission de vie, des responsabilités et de nouveaux sens. Depuis février 2000, L’Orient-Le Jour m’a donné infiniment plus que je ne lui ai donné, et cela, c’est pour la vie.

Je quitte le journalisme. En vingt ans, ce métier et moi avons connu la plus passionnée, la plus intense et probablement la plus dangereuse des liaisons. Pardon, encore, de vous ennuyer avec des détails oiseux, mais cet amoureux transi d’histoires (à raconter, à lire, à écouter, à regarder et à partager) que j’ai toujours été et que je serai toujours ; cet enfant de 4 ans qui savait à peine parler et qui dévorait Racine sans rien y comprendre juste parce que le titre, Mithridate, et les mots à l’intérieur le fascinaient ; cet adolescent, puis cet adulte, jumeau astral et nain du dieu géant Rimbaud, fou à lier de Dostoïevski et de Shakespeare, de David Bowie et de Barbara, de Stanley Kubrick et de Luis Buñuel, de Catherine Deneuve et de Jeanne Moreau, de Hieronymus Bosch et de Francisco Goya, de Saint Laurent et de Rei Kawakubo, d’Antonio Gaudi et d’I.M. Pei, et de tant d’autres ; ce petit garçon littéralement fasciné par la géopolitique et la diplomatie avait trouvé dans le journalisme (et dans L’Orient-Le Jour) le vecteur idéal, le véhicule parfait, pour, à son tour, tellement moins bien qu’eux mais de toutes ses forces, raconter, induire et partager avec vous d’autres histoires. Mais…

Mais vingt ans (pile) d’amour, c’est sans doute l’amour fol, comme disait l’autre géant, mais au bout de vingt ans d’amour aussi radical, aussi extrême, aussi enflammé et irraisonné, on perd le goût et de l’eau et de la conquête, et on comprend, finalement, que le pire piège pour ces amants terribles que ce métier et moi avons été, c’est de vivre en paix, c’est de se déchirer un peu plus tard, c’est de protéger moins nos mystères, c’est de laisser moins faire le hasard, c’est de vivre constamment une tendre, mais insupportable, mais délétère, mais insidieuse, guerre. Une guerre vampire.

Si chères lectrices, si chers lecteurs,

Alors, je le quitte, ce métier sublime. Convaincu. Forcément apaisé – même sans savoir où je vais et, surtout, sans savoir de quoi j’ai envie. À une exception près…

La seule chose dont j’ai envie lorsque je pense à ce métier, c’est de fêter avec vous, en 2024, les 100 ans de L’Orient-Le Jour. Puis en 2034, ses 110 ans. Puis en 2044, ses 120 ans. Etc. La seule chose dont j’ai envie lorsque je pense à ce métier, c’est de continuer à entendre et lire vos critiques, positives et négatives toujours, mais jamais gratuites ou complaisantes. C’est de vous voir vous abonner, au papier et en ligne, de plus en plus nombreux chaque jour. Pas par amour ou par pitié, parce que la situation de la presse est désastreuse, mais par conviction et gourmandise. Convaincu(e)s que vous et nous défendons les mêmes valeurs : un Liban souverain, indépendant, libre, une nation cimentée par les mêmes priorités et les mêmes urgences, un État (de droit) fort, débarrassé de toutes ses milices, qu’elles soient en tee-shirts noirs ou en cravate, un pays où les libertés publiques sont sacralisées et sanctuarisées, un pays où chaque citoyen, avec les droits et les devoirs qui sont les siens, indépendamment de son appartenance communautaire ou de ses préférences, toutes ses préférences, est traité avec la même équité, le même zèle, la même rapidité. Gourmand(e)s de lire et relire ces histoires que les membres de la rédaction, du marketing et de l’administration vous racontent, dans chaque édition, dans chaque rubrique, politique, sociétale, culturelle, économique, sportive, au Liban et dans le monde – des histoires que vous ne lirez nulle part ailleurs, et sûrement pas racontées de la même façon. Gourmand(e)s, aussi, de participer à tous ces événements que L’Orient-Le Jour essaie, le plus régulièrement possible, de monter pour vous, pour que vous aimiez de nouveau votre pays, pour que vous le parcouriez de nouveau, pour que vous soyez conscients de ses richesses, de la créativité et du talent de sa jeunesse et de la résilience de ses aînés, que vous habitiez Beyrouth, Paris, Abidjan, Montréal, Buenos Aires ou Sydney.

Si chères lectrices, si chers lecteurs,

Je quitte le journalisme, mais je ne quitte pas L’Orient-Le Jour. Comme chaque membre de cette famille qui m’a précédé depuis 1924 et qui me suivra, chaque personne avec laquelle j’ai travaillé durant ces deux décennies, que j’ai embauchée, que j’ai aidée à se surprendre et grâce à laquelle j’ai tellement appris, chacun(e), un(e) par un(e), des pères fondateurs Georges Naccache et Michel Chiha au plus assidu des stagiaires, avec une pensée particulière pour celui qui m’a tout enseigné, Issa Goraieb, je laisserai une trace, une griffe, un fantôme souriant, un legs, des tics, des TOC, peu importe. Chaque personne qui a eu le bonheur et l’honneur de signer un article, de diriger un service ou le journal dans son ensemble et de contribuer à la pérennité de cette institution vous dira la même chose: sans L’Orient-Le Jour, tout, du Liban en tant que tel à notre parcours personnel en passant par l’évolution des mentalités dans ce pays, tout aurait été beaucoup plus insignifiant.

Et L’Orient-Le Jour, tout le monde le sait, c’est vous, si chères lectrices, si chers lecteurs. Nous ne vous avons jamais caressés dans le sens du poil, nous ne nous y résoudrons jamais, mais c’est pour vous que nous faisons, tout, et sans vous, rien n’aurait été, rien n’est et rien ne sera.

Merci. Infiniment.

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Fadi Moussalli

Bonne chance cher Zyad. Ton mot est touchant et sincère

Mona Joujou Dfouni

Vous allez ns manquer.Brillez la ou vs allez.Bonne Chance

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DOMMAGE ! IL FALLAIT, IL FAUT PERSEVERER.

Salibi Andree

C'est trop triste cher Monsieur, rien ne va plus ,nous vivons une situation très grave où rien n'est plus comme avant et tout est different et morbide. On ne peut pas être un journaliste aussi brillant que vous et accepter de ménager ses mots face à de telles tragédies,decadences et mascarades.Pauvre Liban,c est l' époque de la médiocrité et de l hypocrisies.

Maya B.

Mais Ziyad pourquoi tu nous quittes? Bon vent la ou tu vas ! Tu vas nous manquer pour sûr!
,

Marie-Jo Abou Jaoude

Tu vas nous manquer.

Nader Michele

C'est vraiment navrant que Ziad Makhoul quitte votre equipe .
Y a t' il , dans les annees qui viennent , des personnes si qualifiees dans le domaine du journalisme et qui maintiendraient le quotidien a son niveau si inegale ?
RIEN DE MOINS SUR !!!!!
Trop triste

Hitti arlette

Pour la première (et peut-être la dernière?) fois j'apprécie le contenu de l'édito qui devoile une sincérité émouvante et ce fameux syndrome de Peter Pan que vous avez gardé en vous sans aucun complexe . Cet édito tellement bien écrit et bien senti . Je l'apprécie ,non pas parce que vous allez cesser de massacrer président ,gendre et tout ce qui y gravite autour , non pas parce qu'on est de ligne politique diamétralement opposée , mais tout bêtement parce que les séparations et les adieux de tous genres sont tristes. Parce que je vous connais très bien sans avoir fait votre connaissance . Quelques soient vos choix, je vous souhaite une excellente continuation pour tous vos projets à venir.

lila

( Bonne continuation - Difficile de continuer d'y croire sans toi )

Houri Ziad

Merci et au revoir

Gros Gnon

Une page se tourne. Et quelle page.
L'OLJ sans Ziad, c'est comme du Wagner sans les cuivres...
Bon vent chef!

May abiakl

Tu quittes l'OLJ mais je le sens dans tes genes. Reprends ta plume on a beaucoup besoin de journslistes libres comme toi. Dans tous les cas je te souhaite bonne chance dans tout ce que tu fais et je respecte tes choix.
May Abiakl

Raya m

On perd un grand, un grand dont la plume a exprime tout haut ce que bon nombre d'entre nous pense tout bas. Merci pour toutes ces annees passees a honorer le Liban libre et la pensee des lecteurs libres......j'espere que le nouveau chapitre qui s'ouvrira a vous, vous comblera de milles et une facons.

cassia paul

Bon vent Ziad
Tu vas beaucoup nous manquer

M.E

Ce je pas si haïssable a infusé chaque ligne (que j'ai lue) de chacun de vos billets (que j'ai pu lire) pendant 20 ans (puisque vous le dites): une opinion c'est celle de son auteur (la grande nouvelle que voilà) et il me semble que l'éditorial est votre talent plus que le scoop. Pas sûr de comprendre exactement la direction finale de cette pirouette de billet que vous nous sortez aujourd'hui (au fond on s'en fout) mais je vous souhaite (et à nous) de continuer à vous perdre dans vos pensées et entre vos parenthèses, dans ce sens général qui a été le vôtre et qui est celui de ceux qui, sachant que ce qui devrait être essentiel ne tourne pas rond, tournent autour en tirant comme des apaches imbibés d'eau de feu (il faut bien tenter de vivre) tout en sachant que ses chariots affreux finiront par leur passer dessus et sur un idéal d'harmonie que leur pragmatisme de pacotille, mensonger, minable et à la vue plus que courte, corrompue et surtout hypocrite n'aura eu cesse de présenter comme "inapplicable au Liban", eux qui savent comment les choses devraient être (comme aux pays où les libanais rêvent que leurs enfants partiront pour apprendre et pour réussir). Eux c'est nous, c'est tous les libanais et leurs représentants qu'ils méritent.

Michele Aoun

"Et finalement finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour etre vieux sans etre adultes"

Vous etes un si bon journaliste qu'il vaudrait peut-etre mieux continuer a vivre la chanson de Brel!

Tres bonne chance, en tout cas, quelle que soit votre decision!

Lecteurs OLJ

En fait cher ami, vous dites une chose et son contraire en termes si recherchés que le résultat est fascinant de beauté.
Jetez loin cette louche qui a remué vos souvenirs, reprenez votre plume, trempez la au vitriol et continuez de nous faire lire de belles choses.
Georges Tyan

Achkar-Malezet Marie-Therese

MERCI! Vous allez beaucoup nous manquer ! Bon vent !

Bery tus

Dommage on perd un grand !!

katya traboulsi

Si cher Ziad,
Merci a toi pour ces annees de (delicieux) partage, comme toi on n'en aura plus..Tu as marque une epoque dans l'histoire de ce journal et dans notre memoire. Je te souhaite de tout coeur the best, all of it..

Kenza Ouazzani

On t'aime Ziyad ! Merci infiniment à toi. Et bon vent ! (Tu vas nous manquer)

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