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Crise

Au Venezuela, le jeu politique figé dans un face-à-face pernicieux

"L'opposition est en train de perdre un peu de sa vigueur, non seulement car elle n'a pas pu déloger Maduro, mais aussi parce que les sanctions imposées par les Etats-Unis ont encore plus appauvri la population", selon un expert.

REUTERS/Carlos Garcia Rawlin

Cinq mois après l'apparition surprise de l'opposant Juan Guaido qui promettait une fin rapide au pouvoir du président Nicolas Maduro, le jeu politique au Venezuela s'est figé dans un face-à-face où l'armée et les États-Unis donnent le ton.

L'autoproclamation de Juan Guaido, président de l'Assemblée nationale, comme président par intérim le 23 janvier avait remobilisé les opposants contre contre le pouvoir chaviste. Mais depuis la tentative ratée de soulèvement militaire le 30 avril contre les chef de l'Etat, les grandes manifestations qui occupaient régulièrement les rues du pays ont marqué le pas.

Désormais, le chef de file de l'opposition parcourt l'intérieur du pays, avec un impact médiatique plus limité -- le pouvoir chaviste monopolise les moyens de communication nationaux -- en s'accrochant à la reconnaissance que lui ont accordé une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis. 

"L'opposition est en train de perdre un peu de sa vigueur, non seulement car elle n'a pas pu déloger Maduro (du pouvoir), mais aussi parce que les sanctions imposées par les Etats-Unis ont encore plus appauvri la population", explique à l'AFP David Smilde, analyste au centre de recherches WOLA, dont le siège est à Washington. 

Mis sous pression par les restrictions imposées par Washington, qui aggravent une situation économique déjà désastreuse, Nicolas Maduro s'est appuyé sur son vaste pouvoir institutionnel, notamment la justice et surtout l'armée, pour affaiblir son adversaire. 

Quinze députés sont poursuivis dans le cadre de l'enquête sur le soulèvement militaire qui a confirmé l'existence de fissures au sein de l'armée, malgré l'unanimité affichée par le haut-commandement militaire. Le vice-président de l'Assemblée nationale a été emprisonné, les autres se sont réfugiés dans des ambassades, ont fui à l'étranger ou sont entrés dans la clandestinité.



(Pour mémoire : Venezuela : pouvoir et opposition reprennent langue à Oslo)



Équilibre destructeur
"La capacité (de Nicolas Maduro) à gouverner est pulvérisée, sa possibilité de rester au pouvoir se limite à la force et à la répression", estime Luis Vicente León, président de l'institut de sondage Datanalisis.

Un sondage réalisé en mai par Datanalisis a évalué le niveau d'approbation en faveur de Juan Guaido à 56,7%, contre 10,1% pour Maduro, son niveau le plus bas depuis son entrée en fonction en 2013.

Pendant des mois, le chef de file de l'opposition et les Etats-Unis n'ont eu de cesse d'appeler les soldats à retirer leur soutien au chef de l'Etat, 56 ans, qui s'est attiré les faveurs des militaires de haut rang en leur attribuant les rènes de larges pans de l'économie. 

Mais, selon M. Leon, les tentatives de Juan Guaido ne visent pas la bonne cible, le commandement militaire étant un "élément corporatiste qui agit en bloc et n'a pas reçu de garanties suffisantes sur son avenir, sur la façon de préserver son pouvoir, son intégrité et son argent". 

Nicolas Maduro, sans marge de manoeuvre pour contenir la débâcle économique, et Juan Guaido, sans force pour le renverser, se retrouvent sur un pied d'égalité, alors que les conditions de vie des Vénézuéliens ne cessent de se dégrader.

"Les deux pôles s'affaiblissent et nous pourrions arriver à un équilibre destructeur où aucun n'en finit avec l'autre, si ce n'est avec le pays", juge Luis Vicente Leon. 

David Smilde prévoit aussi que l'exode des Vénézuéliens se poursuivra alors que 3,3 millions d'entre eux ont déjà fui le pays depuis 2015, selon l'ONU.



(Pour mémoire : L’opposant Guaido accuse Maduro de « démanteler » le Parlement)



Au bénéfice de Trump ?
En mai, les deux parties ont accepté d'entamer un dialogue sous la médiation de la Norvège, avec pour la première fois des échanges directs entre représentants. 

Pour Juan Guaido, toute médiation doit conduire au départ du chef de l'Etat, dont la réélection en 2018 est considérée comme frauduleuse par l'opposition, et à l'organisation d'élections. 

Soutenu par Moscou et Pékin, Nicolas Maduro menace de son côté d'organiser des élections législatives anticipées pour faire basculer l'Assemblée nationale, unique institution contrôlée par l'opposition. 

"Malgré la perception générale que les discussions en Norvège permettent à Maduro de +gagner du temps+, en réalité cela a permis à l'opposition, qui montre des signes de fatigue, de respirer", estime David Smilde. 

Juan Guaido, 35 ans, subit aussi les pression d'une partie de l'opposition qui réclame une invervention militaire étrangère, une option qu'a régulièrement brandie le président américain Donald Trump et que lui-même n'a jamais exclue.

Mais l'option militaire ne paraît pas si simple au moment où Donald Trump brigue une réélection en 2020, dans laquelle le vote hispano pourrait jouer un rôle clé, et alors que les pays de la région se montrent réticents. 

"Pour Trump, le match nul au Venezuela, c'est aussi bien qu'un victoire. Un statu quo prolongé lui permettrait de pointer (pendant sa campagne) la situation désastreuse du pays comme preuve que le +socialisme+ ne fonctionne pas et tenter de stigmatiser ainsi les démocrates progressistes", analyse David Smilde. 

Luis Leon Vicente prédit que la situation économique va encore se détériorer et les deux parties s'affaiblir, avant d'être finalement contraintes à une solution négociée, qui "passera nécessairement par l'armée". 



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