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Moyen Orient et Monde

La tension monte encore d’un cran dans le Golfe

Décryptage

Deux navires pétroliers, un japonais et un norvégien, ont été la cible d’une attaque hier matin dans la mer de Oman, à proximité du détroit d’Ormuz. L’Iran est pointé du doigt par Washington.


14/06/2019

Le golfe arabo-persique est de nouveau en état d’alerte. Deux navires, un méthanier japonais (le Kokuka Courageous) et un pétrolier norvégien (le Front Altair), battant respectivement pavillons panaméen et des îles Marshall, ont été la cible d’une attaque hier matin dans la mer de Oman, à proximité du détroit d’Ormuz. Les équipages des deux bâtiments ont été évacués et aucune victime n’est à déplorer. Le navire japonais a essuyé des tirs tandis que le norvégien a subi trois explosions, selon les autorités maritimes d’Oslo. La Cinquième Flotte américaine, basée à Bahreïn, a indiqué avoir reçu deux « appels de détresse », tôt dans la matinée, émanant de pétroliers en mer de Oman qui auraient été la cible d’une « attaque ». L’Iran a indiqué de son côté avoir secouru 44 membres d’équipage de deux pétroliers après des appels de détresse et exprimé ses « inquiétudes » après des « incidents suspects ». « Quarante-quatre marins ont été sauvés (...) par une unité de secours de la marine (iranienne) de la province d’Hormozgan et transférés au port de Bandar-é Jask (Sud-Est iranien) », a écrit l’agence iranienne IRNA.

À Washington, le président américain Donald Trump a été tenu informé des événements, et son gouvernement « évalue la situation », a indiqué hier la Maison-Blanche. Un responsable américain du Pentagone cité par la chaîne CBS a toutefois affirmé qu’il est « hautement probable » que l’Iran soit derrière les incidents d’hier, tandis que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a ouvertement accusé Téhéran d’en être le « responsable ». Il a évoqué, à l'appui de ses accusations, des informations récoltées par les services de renseignement, « les armes utilisées », les précédentes attaques contre des navires également imputées par Washington à Téhéran, et le fait qu'aucun des groupes alliés de l'Iran dans la région n'ait les moyens d'atteindre « un tel niveau de sophistication ». Il a estimé que l'Iran voulait empêcher le passage du pétrole par le détroit d'Ormuz.

M. Pompeo a néanmoins affirmé que Washington souhaitait toujours que Téhéran revienne à la table des négociations « le moment venu ».


(Lire aussi : Tensions régionales : l’Iran est-il en train de faire monter les enchères ?)


Ce nouvel incident intervient dans un contexte de très vives tensions entre les États-Unis et la République islamique dans la région, mais également un mois presque jour pour jour après les « actes de sabotage » effectués sur quatre navires, deux saoudiens, un émirati et un norvégien, dont trois pétroliers, le 12 mai dernier également dans le Golfe. Washington et Riyad avaient alors pointé du doigt la République islamique, mais n’ont pas pu démontrer pleinement sa culpabilité dans cette affaire. « Selon le rapport d’enquête rédigé à la suite des attaques de mai dernier, les investigateurs ont conclu qu’elles avaient été perpétrées par un État, et non des milices seules, même s’il n’a pas été explicitement nommé », explique Riad Kahwaji, directeur de l’Institut d’analyse militaire du Proche-Orient et du Golfe, contacté par L’Orient-Le Jour.

Les seuls arguments que Washington et ses alliés peuvent utiliser pour accuser ouvertement Téhéran sont les menaces régulièrement avancées par les Iraniens, et surtout les gardiens de la révolution (pasdaran), de fermer le détroit d’Ormuz par lequel transite une grande partie des exportations mondiales de pétrole. « Les hauts responsables politiques et militaires iraniens ont clairement indiqué que la réduction à zéro des exportations pétrolières iraniennes (voulue par Washington) ne se fera pas sans réponse », rappelle Ali Bakir, analyste politique et spécialiste de la région, basé à Ankara. « Téhéran démontre maintenant sa capacité à exécuter ses menaces en mettant en place une escalade progressive, mais très dangereuse », estime-t-il.


(Lire aussi : Devant le Japonais Abe, Khamenei exclut toute discussion avec Trump)



Erreurs de calcul

Une différence persiste toutefois entre les attaques du 12 mai et celles d’hier. Les premières avaient été réalisées à proximité des côtes émiraties, près de l’émirat de Fujeirah, tandis que les secondes (celles d’hier) ont été réalisées en pleine mer, entre 25 et 28 milles nautiques (46 et 50 km) des côtes iraniennes. Le message est clair : tous les bâtiments passant dans le Golfe, tous pavillons confondus, qu’ils soient à quai ou en pleine mer, sont désormais susceptibles d’être attaqués.

L’une des attaques d’hier a par ailleurs visé un pétrolier japonais, parti du port saoudien d’al-Jubail à destination de Singapour, alors même que le Premier ministre japonais Shinzo Abe est en visite officielle à Téhéran pour tenter de faire baisser la tension entre les États-Unis et l’Iran. Une coïncidence que la République islamique a jugée suspecte. « Le mot suspicieux ne suffit pas à décrire ce qui transpire apparemment » de ces « attaques » contre des « tankers liés au Japon survenues alors que le Premier ministre (japonais) rencontrait » le guide suprême iranien à Téhéran, a écrit hier le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, sur Twitter.

Les incidents d’hier ont fait grimper les cours du pétrole de 3 %. Cette montée du prix du baril s’inscrirait, selon certains analystes, dans la stratégie de Téhéran pour se libérer de l’étreinte asphyxiante des sanctions économiques réimposées par Washington depuis maintenant plus d’un an. « Les attaques contre les pétroliers pourraient être un moyen pour l’Iran de créer une grande panique sur les marchés afin d’amener la communauté internationale à faire pression sur l’administration américaine pour qu’elle desserre les sanctions contre la République islamique », explique Riad Kahwaji.

Mais Téhéran se montre prudent. Étant donné le niveau de tensions américano-iraniennes dans la région, il suffit d’une étincelle de trop pour déclencher une déflagration. Le guide suprême Ali Khamenei a récemment affirmé qu’il ne voulait pas d’une guerre avec les États-Unis. « Les Iraniens pensent que tant qu’ils ne laissent aucune preuve concrète de telles attaques, ils peuvent alors transmettre leurs messages tout en empêchant les États-Unis de lancer des mesures de représailles », analyse Ali Bakir. Mais « en agissant de la sorte, les Iraniens testent les limites de tout le monde et ne sont pas à l’abri d’erreurs de calcul susceptibles d’aboutir à une guerre contre les États-Unis et leurs alliés », ajoute-t-il. « Si l’Iran est derrière ces attaques, cela montre clairement que la stratégie de pression maximale de Donald Trump a rendu Téhéran plus agressif, et non moins », analyse pour sa part Ali Vaez, spécialiste de l’Iran au sein de l’International Crisis Group. « La réalité est que, par sa politique hostile à l’égard de l’Iran, le gouvernement Trump a créé un environnement propice à un conflit par inadvertance. » Reste à savoir jusqu’à quel point l’Iran pourrait être prêt à faire monter la température dans la région.




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gaby sioufi

L'IRAN N'EST PAS LE 1er PAYS A DEFIER LE MONDE-Y COMPRIS LES US - & L'ONU SANS CRAINDRE DE REPRESAILLES .

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