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Moyen Orient et Monde

« La guerre est le pire scénario pour les pays du Golfe, comme pour l’Iran »

Interview express

Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn, répond aux questions de « L’Orient-Le Jour ».

17/05/2019

La tension est montée d’un cran supplémentaire hier dans le Golfe où la coalition menée par l’Arabie saoudite a mené une série de raids aériens sur la capitale yéménite Sanaa, 48 heures après une attaque de drones sur un oléoduc pétrolier saoudien, revendiquée par les rebelles houthis. Ces derniers, appuyés par l’Iran, font face au gouvernement yéménite, soutenu par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dans la guerre qui sévit au Yémen depuis quatre ans. La coalition avait promis mercredi soir de riposter « avec force » aux attaques des houthis, mais que Riyad a directement imputée à Téhéran. Dimanche déjà, quatre pétroliers – deux saoudiens, un norvégien et un émirati – avaient été la cible de mystérieux « actes de sabotage » au large de l’émirat de Fujairah. Face à cette montée des tensions, les États-Unis ont montré les dents et renforcé leur présence militaire dans le Golfe, faisant état de préparatifs iraniens d’attaques aux contours encore flous contre des intérêts américains dans la région. Bien que directement visés par les attaques des derniers jours, leurs alliés saoudiens et émiratis ont, ces derniers jours, fait preuve d’une certaine prudence, en n’alimentant pas la surenchère. Mercredi soir, le ministre émirati des Affaires étrangères a déclaré que son pays restait attaché à la désescalade, à la paix et à la stabilité. En revanche, Arab News, un journal saoudien, appartenant à un fils du roi Salmane, s’est montré virulent hier estimant que l’Iran ne devait rester impuni, appelant à des « frappes US chirurgicales », comme Donald Trump l’avait ordonné en Syrie en 2018. Le bloc sunnite ne paraît pas, pour l’instant, dans une logique d’affrontements directs avec l’Iran.

Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn, répond aux questions de L’Orient-Le Jour.


(Lire aussi : Iran/USA : ce n’est pas encore la guerre, le commentaire d'Anthony Samrani) 


Depuis l’élection de Donald Trump, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont apparus assez va-t-en-guerre envers l’Iran. Cependant, dans la crise actuelle, ils ont adopté un ton plus « diplomatique » afin d’éviter une escalade, contrairement aux États-Unis qui sont montés au créneau. Comment expliquez-vous leur réaction ?

Je pense que l’idée que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite cherchaient à faire la guerre à l’Iran est inexacte. Le Golfe, en général, s’inquiète de ce qu’il perçoit comme de l’expansionnisme iranien et cherche à le contenir, mais il souhaite dans le même temps éviter une guerre qui pourrait s’avérer catastrophique, notamment si le golfe Persique/Arabique est bloqué pendant une période prolongée, et si les installations pétrolières sont ciblées. La guerre est le pire scénario pour les pays du Golfe, pour l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – ainsi que pour l’Iran – qui préfèrent largement la guerre par procuration à une confrontation directe.


Quels sont les objectifs ultimes de ces pays vis-à-vis de l’Iran ? Se satisfont-ils des sanctions et des pressions économiques ?

L’objectif principal est de contenir l’influence de Téhéran dans la région et, dans ce sens, les sanctions et les pressions économiques ont été très bien perçues. Je pense qu’Abou Dhabi et Riyad auraient souhaité que Washington s’investisse davantage dans des théâtres où ils estiment que les États-Unis ont une chance de contenir plus efficacement l’Iran, comme en Syrie et, dans une moindre mesure, en Irak. La politique de l’administration actuelle – ou du moins celle que Donald Trump soutiendra – consiste plutôt à rester les bras croisés et à faire pression à distance. C’est la raison pour laquelle je pense que les pourparlers sur de vastes déploiements américains sont largement irréalistes à moins que l’Iran ne franchisse une véritable ligne rouge qui imposerait une intervention, telle qu’un blocage plus durable du trafic pétrolier.


(Lire aussi : « La population iranienne dirige sa haine vers les mollahs »)


Les Saoudiens craignent-ils une escalade ?

Ils la craignent tout comme les Iraniens la craignent également. En fin de compte, ni Riyad ni Téhéran n’ont à gagner d’une escalade, mais ont plutôt beaucoup à perdre.

Deux analystes politiques, l’un iranien et l’autre saoudien, ont cosigné mardi une tribune publiée par le « New York Times », dans laquelle ils appellent tous deux à une désescalade entre les deux pays. Cela reflète-t-il une volonté de dialogue existante au sein de ces deux pays ou s’agit-il uniquement d’une initiative personnelle des deux analystes ?

C’est une sorte de jeu de bombage de torse, un jeu assez répandu au Moyen-Orient. Tout le monde veut faire croire qu’il serait prêt à une escalade dans le seul but de dissuader l’autre de le faire.



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Wlek Sanferlou

Quoi qu'on dise et quoi qu'on raconte, l'Iran, l'Arabie, et nous tous au moyen orient ne sont que des marionnettes pour le plaisir des usa qui, jusqu'a nouvel ordre, sûrement après des décennies, est le maître puppeteer!
Yallah khaliha aala allah

HABIBI FRANCAIS

Il faudrait un conflit entre l iran et l arabie saoudite...si ces deux pays etaient rayes de la carte,ce serait une bonne nouvelle pour le monde arabe.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL VA LE ZARIF DE PLACE EN PLACE EXHORTANT LES PAYS A AIDER L,IRAN CONTRE LES SANCTIONS TRUMPIENNES DANS CETTE PERIODE LA PLUS DIFFICILE ET DANGEREUSE DE SON HISTOIRE PRETENDUE MODERNE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND LES ACCESSOIRES PROVOQUENT OU QU,IL SOIT IL FAUT PUNIR L,IRAN... LE COMMANDITAIRE !

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