Décryptage

Tensions régionales : l’Iran est-il en train de faire monter les enchères ?

Les houthis ont lancé hier un missile contre l’aéroport d’Abha dans le Sud-Ouest saoudien, qui a fait 26 blessés. Riyad a promis une réponse rapide et ferme.


L’aéroport d’Abha dans le Sud-Ouest saoudien a été la cible hier d’une attaque des houthis, faisant 26 blessés. Photo AFP

Impossible de faire abstraction du contexte régional. Alors que l’Iran et les États-Unis sont à couteaux tirés, une escalade incontrôlée dans un des foyers de tensions au Moyen-Orient peut mettre le feu aux poudres. L’attaque au missile des houthis, hier matin, contre l’aéroport d’Abha dans le Sud-Ouest saoudien, qui a fait 26 blessés, semble s’inscrire dans cette dynamique.

Les rebelles yéménites soutenus par Téhéran ont lancé ce projectile contre l’aéroport saoudien deux jours après l’interception par la défense antiaérienne de deux de leurs drones, et un mois après avoir revendiqué une attaque contre deux stations de pompage d’un oléoduc. Plus qu’une simple allumette mais moins que le franchissement d’une ligne rouge susceptible d’entraîner une réponse américaine, cette nouvelle attaque peut se lire, comme à l’accoutumée, à un double niveau, les houthis entretenant volontairement une forme d’ambiguïté sur la portée politique de leurs actes.Le porte-parole des houthis, Mohammad Abdelsalam, a justifié l’opération comme un acte d’autodéfense contre « l’agression saoudienne » alors que Riyad est à la tête d’une coalition arabe qui intervient militairement au Yémen depuis mars 2015 en soutien aux forces loyalistes. Les houthis insistent sur la dimension locale de l’affrontement, ce qui leur permet notamment de se positionner d’égal à égal vis-à-vis de l’Arabie saoudite. « Les houthis ciblent régulièrement l’Arabie. C’est avant tout lié au conflit qui les oppose, la dimension régionale est secondaire », décrypte pour L’Orient-Le Jour Thomas Juneau, spécialiste du Golfe et professeur associé à l’université d’Ottawa. En visant un aéroport par lequel transitent des milliers de voyageurs tous les jours, les houthis mettent la pression sur Riyad en lui montrant qu’ils conservent, malgré quatre ans de guerre, une capacité de riposte contre leur adversaire. « L’objectif est plus politique que militaire. Les dommages matériels restent minimes du côté de Riyad mais la portée symbolique est importante », ajoute Thomas Juneau.



(Pour mémoire : Riyad obtient un soutien arabe, Téhéran l'accuse de semer la "division")



« Sous le prisme des tensions régionales »
Les Saoudiens voient derrière cette nouvelle attaque la main de l’Iran. « C’est la preuve que les rebelles yéménites continuent de recevoir des armes nouvelles et sophistiquées », a déclaré le porte-parole de la coalition, le colonel Turki al-Maliki, accusant « le régime iranien de continuer d’apporter, au-delà de ses frontières, son soutien aux actions terroristes ».

Si la nature exacte du rapport entre les houthis et l’Iran continuent de faire débat, ce genre d’opérations, qui nécessite non seulement un matériel mais aussi une certaine maîtrise technique, tend à renforcer l’argumentaire saoudien d’un encadrement accru de la part des Iraniens. Dans son bras de fer avec les États-Unis, la carte des houthis semble aujourd’hui être la seule que l’Iran peut utiliser pour faire monter les enchères sans risquer une riposte importante de la part des États-Unis ou d’Israël. Il est possible d’interpréter ces évènements comme une façon pour l’Iran de montrer qu’il est capable de s’attaquer au camp proaméricain sur plusieurs fronts, ce qui lui permet de négocier sur plusieurs tableaux, au moment même où s’amorce une sorte de détente avec la visite de Shinzo Abe en Iran, censé joué les médiateurs entre Washington et Téhéran. « Ces attaques interviennent la matinée même où Abe arrive à Téhéran. Cela va être lu sous le prisme des tensions régionales », note Adam Baron chercheur spécialiste du Yémen pour l’European Council on Foreign Relations. Il est peu probable que les Américains considèrent cette attaque comme un acte devant entraîner une réponse de leur part. Riyad a, de son côté, promis une riposte « rapide et ferme ». Mais le royaume, empêtré dans une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts, paraît incapable d’annihiler complètement les capacités militaires des houthis. Il devrait, comme lors des précédentes attaques rebelles sur son territoire, intensifier ses raids aériens sur les installations rebelles. Alors que l’ONU tente de relancer le processus de paix, cette attaque devrait au contraire renforcer la conviction des acteurs à poursuivre la guerre. Même s’il ne parvient pas à atteindre ses objectifs initiaux, Riyad peut difficilement stopper son offensive alors que les houthis ont clairement démontré qu’ils avaient les moyens, même sous la pression saoudienne, d’envoyer des missiles sur son territoire.



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Impossible de faire abstraction du contexte régional. Alors que l’Iran et les États-Unis sont à couteaux tirés, une escalade incontrôlée dans un des foyers de tensions au Moyen-Orient peut mettre le feu aux poudres. L’attaque au missile des houthis, hier matin, contre l’aéroport d’Abha dans le Sud-Ouest saoudien, qui a fait 26 blessés, semble s’inscrire dans cette dynamique....

commentaires (3)

Et il faut applaudir la mort de plus de 10,000 civils sous les bombes saoudiennes qui agissent sous protection américaine pour ne pas dire à leur initiative

Chady

17 h 11, le 13 juin 2019

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Commentaires (3)

  • Et il faut applaudir la mort de plus de 10,000 civils sous les bombes saoudiennes qui agissent sous protection américaine pour ne pas dire à leur initiative

    Chady

    17 h 11, le 13 juin 2019

  • IL FAUT PUNIR L,IRAN POUR LES PROVOCATIONS DE SES ACCESSOIRES QUI AGISSENT SOUS SES ORDRES ET ARMES PAR LUI.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 26, le 13 juin 2019

  • Et notre drone lancé au dessus de la frontière Sud du pays?

    LeRougeEtLeNoir

    08 h 23, le 13 juin 2019