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La Dernière

Blû Salt, un one-man-show

L’aile ou la cuisse
08/06/2019

Il devait s’appeler Salt, mais le nom étant déjà pris par un point de vente à l’Aéroport international Rafic Hariri il a été baptisé Blû Salt. Le chef Eddie Diab en est à la fois le propriétaire et le chef. Entièrement investi dans cette entreprise, passionné de cuisine, jeune et talentueux, le soin porté à chaque détail ainsi que le goût de ses plats sont une invitation au voyage au paradis des gourmands.

Ces qualités créent aussi des problèmes, car malheureusement, c’est un one-man-show – le restaurant ferme ses portes lorsque Eddie est en voyage. Le service fourni chez Blû Salt ne suit pas le professionnalisme du chef. Les serveurs ne connaissent pas parfaitement le menu, ce qui est inacceptable. Seuls deux chefs sont en cuisine, ce qui entraîne des retards considérables, car ils ne peuvent pas répondre à toutes les commandes en temps voulu, d’autant que Eddie, qui est partout à la fois, est trop occupé aussi à poser sa dernière touche de placage, sous des lampes chauffantes qui deviennent sans doute de plus en plus désagréables pour lui au fil des heures…

Blû est ensuite décliné dans le sel bleu servi à table. En réalité du sel de l’Himalaya mélangé à du Curaçao pour obtenir la couleur voulue en le chauffant au four. Et dans le vin bleu, qui est fermenté avec des pigments de plantes et des édulcorants, ce qui lui donne un goût de vin de fruits, moelleux et doux. Le bleu est enfin la couleur des portes de la façade et se retrouve dans la conception des lieux grâce à l’éclairage.


Démonstration de style

Le chef Eddie dépose son cœur dans chaque plat qu’il prépare. Il suffit de le regarder à l’œuvre pour le constater, ce qui est aisé puisqu’il est installé juste en face de la porte d’entrée. Ses calamars sont parfaitement marinés dans un mélange de gingembre et de poivrons rouges harissa – un plat divin. Le mille-feuille de mozzarella fraîche est aussi délicieux, mais pas exactement tel que décrit dans le menu, car il ne contenait pas de noix caramélisées, comme promis, et la sauce pesto était à peine perceptible. Le tout servi avec un exquis confit de tomates, qui était censé être l’accompagnement de la salade bresaola ! Une confusion ou une erreur de menu, le résultat final était néanmoins délicieux.

La spécialité de Blû Salt ce jour-là était un Brisket Bao. Chaque jour réserve de nouvelles et certainement bonnes surprises, mais il faut absolument les goûter car elles sont exquises. Le Bao était croustillant à l’extérieur, la viande qu’il enveloppait était délicieuse et sa marinade parfaite. Je dois dire que toutes les entrées étaient parfaites et leur placage un plaisir extrême, autant pour les yeux que le palais.

Puis vint le tour du plat principal – tous nos choix de ce dîner provenaient de la boucherie du chef Eddie. Le magret de canard fumé était un vrai délice, associé à une poire caramélisée alléchante et une pomme de terre lyonnaise. Le Wet-Aged T-Bone servi exactement tel qu’il fut demandé, mais la viande manquait de la saveur attendue. La température de cuisson était correcte, mais la présentation des légumes en accompagnement n’était pas à la hauteur du reste de la cuisson. Il semblerait que la présentation du chef Eddie est davantage mise en valeur dans les entrées et les salades que dans les plats principaux. Et qu’en est-il de toutes ces planches de bois brûlées ? Elles sont déplaisantes à voir, encore moins pour y servir un mets. Quant au bœuf Teriyaki, il était savoureux comme le reste, même si un peu trop salé à notre goût. La pomme de terre servie comme accompagnement a été rehaussée par un soupçon de noix de muscade qui lui a donné une nouvelle saveur.

Les desserts, par contre, n’avaient rien de spécial. La crème brûlée ressemblait à une Mhallabiyyé et le fondant au chocolat n’était clairement pas fait à partir d’un chocolat de qualité. Il y va de même pour le pain, nettement en dessous du reste.

À la fin du repas, le chef a fait le tour des tables pour s’assurer que tout le monde était satisfait. Dans l’ensemble, les plats (à l’exception des desserts) étaient réussis. Mais le niveau du service a gâché ce plaisir. Les boissons commandées n’ont pas toutes été servies, le café était présenté avec du sucre brun exclusivement. De plus, les sachets étaient humides et le sucre collant. Certains verres d’eau étaient abîmés, les cendriers pleins, jamais vidés ou remplacés. La musique, choisie au hasard et diffusée sous forme de vidéoclips sur l’écran de télévision, ne suivait pas vraiment le concept du restaurant. La qualité de la nourriture servie ne suffit pas et ce serait dommage de ne pas régler ces petits problèmes, car le chef Eddie fait un excellent travail en cuisine. À 75 dollars par personne, ce serait alors un très bon rapport qualité/prix, même si un peu cher.

Blû Salt, rue Monnot, Achrafieh.

DATA

Son : Niveau max = 91.0 dB, TWA = 60.3 dB.

Qualité de l’air  : 76/100 (moyen), COV 0,4 ppm, humidité 48 %, température +22 °C.

NOTES

Son : 3/5

Décoration  : 3/5

Personnel  : 2,5/5

Plats : 4/5

Propreté : 4/5

Avis : bon

Prix  : élevé.

En résumé…

On aime bien : calamar mariné, mille-feuille de mozzarella fraîche, salade bresaola, Bao de Brisket, poitrine de canard, la présentation des plats de salades.

On aime moins : les desserts, le service, l’écho permanent.

Le conseil  : allez-y un soir en milieu de semaine, quand le restaurant n’est pas plein, vous serez sûr d’être mieux servi.


*Critique gastronomique.

Trois ans que, sous un nom d’emprunt, cette Cruella des fourneaux sévit under cover dans la Dernière de « l’Orient-le Jour », un samedi sur deux. Qu’elle multiplie ses visites dans un restaurant, observe les gestes, les plats, les goûts, le service et l’aménagement des lieux. Qu’elle apprécie ou critique avec la plus grande objectivité.

Applaudie par beaucoup, haïe par d’autres, crainte par tous, elle permet surtout aux Libanais d’être (enfin) plus exigeants en termes de gastronomie.

FB : www.facebook.com/CordonCourtine/

Insta : cordon.courtine

E-mail : cordoncourtine@gmail.com


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Stes David

Dans la fiche technique de "Qualité de l’air" : niveau du son, humidité, température, on peut aussi ajouter le taux d'utilisation de tabac et de narguilés dans le restaurant. Si par exemple il y a une espace non-fumeur, ca serait utile de savoir. Dans l'article https://www.lorientlejour.com/article/1171693/-au-lieu-dimposer-une-taxe-sur-le-narguile-mieux-vaut-appliquer-la-loi-.html on se pose la question "comment va-t-on contrôler les ventes de narguilé dans les cafés et les restaurants" et la réponse c'est : il faut envoyer inspecteur (ou inspectrice) Cordon Courtine.

Sybille S. Hneine

Effectivement quand je lis tous les désagréments à régler dans ce restaurant je n'ai envie d'y aller ni la semaine ni le WE.
Je vous ai lue plus "tranchée" plus incisive dans vos conclusions.
A 75$ par personne il y a mieux ailleurs. Vous avez noté que la cuisine est "bonne". Il y a donc de la marge...
Complètement d'accord avec le commentaire de Mr Cadige.

Cadige William

Je suis désolé mais pour 75 $ par personne, je fais appel a un excellent traiteur si je n’ai pas envie de faire moi meme la cuisine, et je n’imposerais pas a mes invites pareilles contraintes et une si dure experience ...
N est pas restaurateur qui veut, n’est pas Chef Cusinier qui decide de faire comme...
A lire ces commentaires, cet endroit est franchement nul, et je me pose la question suivante : pourquoi le critique gastronomique tient a punir le lecteur aussi ?

La nouvelle Cuvée 2019 Cordon Courtine L’Orient le Jour n’est plus ce qu’elle était, et j’en suis le premier désolé
Bon Appétit quand même

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