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Liban

Attaque de Tripoli : l’unité interne contre le terrorisme

Décryptage
07/06/2019

L’attaque terroriste de Tripoli dans la nuit de lundi à mardi, au premier soir de la fête du Fitr pour les habitants de la ville, a ramené le Liban des années en arrière, lorsque la menace terroriste était une réalité quotidienne, sur fond de tiraillements entre les différents services de sécurité. Les Libanais qui croyaient cette page définitivement tournée ont soudain découvert dans la peur et le sang que les terroristes courent toujours et peuvent attaquer un soir de fête, provoquant une sorte de cafouillage général, alimenté par les médias et les responsables sécuritaires. De multiples versions ont aussitôt commencé à circuler. Dans une volonté de rassurer, la ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan s’est rendue sur place accompagnée du chef des FSI, le général Imad Osman. La démarche était certes louable et utile, mais les propos qui ont été tenus ont semé le doute dans les esprits, notamment lorsque la ministre a parlé « des loups solitaires », alors que le général Osman a affirmé que l’auteur de l’attaque souffrait de « troubles psychologiques ». Des déclarations qui, au lieu de rassurer, ont suscité des questions et ouvert une brèche pour de nouvelles polémiques sur un sujet pourtant délicat qui ne supporte pas les surenchères habituelles. Dans les faits, selon une source sécuritaire officielle, Abdel Rahmane Mabsout était connu des services de sécurité libanais. Il avait été arrêté par la Sûreté générale il y a quelques années parce qu’il s’était rendu en Turquie avant de rejoindre les rangs de Daech et de combattre en Syrie. Mais rapidement, le département des renseignements des FSI a demandé qu’il lui soit remis parce que ce dossier précis relevait de sa responsabilité. Le jeune homme a été emprisonné pendant un an avant d’être relâché l’an dernier, sur la base de pressions politiques et confessionnelles, selon la source. Un peu comme ce fut le cas de Chadi Maoulaoui qui avait été arrêté puis relâché et qui est toujours en liberté, ou même du cheikh Bassam Tarras qui avait été aussi arrêté puis relâché en 2016, alors qu’il avait été accusé à un moment d’être derrière un attentat à Zahlé.

Depuis sa remise en liberté, Abdel Rahmane Mabsout n’a pas fait l’objet d’une surveillance particulière. Pourtant, la source sécuritaire officielle affirme qu’il a conservé des liens avec Daech. Il a donc reçu, comme bien d’autres personnes dans la mouvance de cette organisation terroriste, des instructions claires après la fin de la bataille de Baghouz (mars 2019) dans l’Est syrien, à l’issue de laquelle le groupe État islamique a perdu son dernier territoire en Syrie et en Irak. Les instructions demandaient aux partisans de l’organisation de frapper désormais là où ils peuvent, sans plus attendre d’instructions centrales, dans le cadre d’un plan de déstabilisation générale. L’EI est ainsi entré dans une nouvelle phase de sa lutte et en a informé ses partisans. Dès lors, Mabsout a commencé à étudier les possibilités d’action, soucieux de frapper les militaires pour provoquer une discorde entre l’armée et les services de sécurité d’une part, et la population de l’autre.



(Lire aussi : Attentat de Tripoli : Saber Mrad, un anonyme devenu héros)



D’ailleurs, le soir de l’attentat, la facilité avec laquelle il s’est déplacé d’un poste militaire ou sécuritaire à l’autre montre qu’il avait bien étudié son parcours, repérant les véhicules et les postes militaires qui devaient lui servir de cible. Il s’était même, selon certains témoins, enquis des habitudes de certains officiers et responsables sécuritaires dans le secteur.

Plus tard, certaines parties ont affirmé qu’il a pris pour cibles les soldats et les agents des FSI dans une volonté de se venger de ceux qui l’avaient arrêté et l’avaient surveillé tout au long de l’année qu’il a passée en prison. Mais selon la source de sécurité officielle, cette interprétation est contredite par le fait qu’il ait attendu un an avant de frapper. Ce qui est un délai trop long pour un simple acte de vengeance. De plus, son attaque suit de près les instructions données en mars par Daech à ses partisans de frapper là où ils le peuvent. Ensuite, la quantité de munitions et d’armes en sa possession montre qu’il s’agit d’un acte professionnel planifié dans ses moindres détails. Enfin, la mise en scène de ses adieux aux habitants de Tripoli et à son épouse dénotent la volonté de semer une discorde confessionnelle entre eux et l’armée, ainsi qu’avec les autres services de sécurité, comme cela a été un moment le cas pendant les années noires qu’a connues la ville entre 2011 et 2014, en concomitance avec le début de la guerre en Syrie et les troubles qu’elle a entraînés au Liban. Selon la source sécuritaire précitée, l’attaque de mardi soir à Tripoli était donc bel et bien un acte terroriste, dans la lignée des instructions données par Daech à ses partisans. L’action de ceux qu’on appelle « les loups solitaires » s’inscrit dans le cadre d’un même plan de déstabilisation.

Selon la même source, il devrait se trouver au Liban de nombreux terroristes cachés comme Abdel Rahmane Mabsout, qu’ils soient seuls ou regroupés dans ce qu’on appelle « des cellules dormantes ». S’il est vrai, comme l’a déclaré la ministre de l’Intérieur, qu’il est difficile d’éradiquer totalement la menace qu’ils représentent, le meilleur moyen de limiter leur nuisance reste l’unité interne et la coopération étroite entre les différentes institutions militaires et sécuritaires. Les polémiques politiques à coloration confessionnelle peuvent créer des brèches par lesquelles les terroristes pourraient s’engouffrer, comme cela a été le cas pendant quelque temps. Pour cette source sécuritaire, le Liban ne doit en aucun cas revenir en arrière, et aucun courant ou personnalité politique ne doit permettre aux terroristes de sentir qu’ils ont un environnement favorable.

Le Liban a été le premier pays à éliminer les menaces terroristes, ce n’est pas le moment de revenir en arrière pour des intérêts politiques et confessionnels étroits. C’est dans ce but, d’ailleurs, que le chef de l’État a convoqué une réunion de coordination sécuritaire mercredi à Baabda.



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Hitti arlette

Y a-t-il une vie après la mort ? Si oui ,nous aimerions savoir si Abdel Rahman Mabsout "mi- déséquilibré mental","mi-loup solitaire" est mabsout (ironie du sort) là où il se trouve .Quant à ceux qui nous ont raconté des sornettes sur le profil de ce terroriste ,nous leur nous leur disons qu'elles ne passent plus . Qu'il faudra que les services de sécurité procèdent à des enquêtes pointilleuses afin de bien nous informer ,dans les détails les fastidieux ,sur cet attentat terroriste et terrorisant .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL NE SOUFFRE PAS DE TROUBLES PSYCHOLOGIQUES. IL EST MU PAR L,EXTREMISME FANATIQUE QUI LE FAIT MASSACRER DES INNOCENTS QU,IL NE CONNAIT PAS ET MEME DES GENS DE SA COMMUNAUTE. UN ENVOYE DU DIABLE !

Honneur et Patrie

"Loups solitaires" ou "troubles psychologiques" sont les deux faces d'une même monnaie.
Tant que des faibles d'esprit croient qu'un grand paquet de jeunes vierges les attendent quelque part dans les ciels des dieux, il y aura des loups solitaires souffrant de troubles psychologiques.

gaby sioufi

??
s'agit il de subtilite et de nuances palpables par l'auteure seule ?
moi j'y note une contradiction flagrante.
mais il y a plus grave , cette sorte de mauvaise foi partisane somme toute demodee et repetitive , malgre le poison insere ds son article :

""Pour cette source sécuritaire, le Liban ne doit en aucun cas revenir en arrière, et aucun courant ou personnalité politique ne doit permettre aux terroristes de sentir qu’ils ont un environnement favorable"".

FAUT TOUJOURS INCRIMINER L'UNE OU L'AUTRE DES PARTIES LIBANAISES, LES ACCUSER MEME POUR LA CHALEUR TROP TOT ARRIVEE !

Irene Said

Nous constatons que chez nous c'est toujours le S.A.V. (service après vente) ou plutôt le S.A.C. (service après catastrophe) qui est le plus actif, c'est moins fatiguant et ça rapporte plus en publicité gratuite aux responsables de ce malheureux pays !
Irène Saïd

LA VERITE

Le jeune homme a été emprisonné pendant un an avant d’être relâché l’an dernier, sur la base de pressions politiques et confessionnelles, selon la source. Un peu comme ce fut le cas de Chadi Maoulaoui qui avait été arrêté puis relâché et qui est toujours en liberté, ou même du cheikh Bassam Tarras qui avait été aussi arrêté puis relâché en 2016, alors qu’il avait été accusé à un moment d’être derrière un attentat à Zahlé.

BEL ARTICLE QUI AU MOINS N'ENCENSE PAS LE GENDRE COMME A L'HABITUDE

MAIS VOUS ETES JOURNALISTE ET DEVRAIT ENQUETER SUR LA THESE QUE VOUS OULIGNEZ CAD

QUI SONT LES PARTIS OU INDIVIDUS QUI ONT FAIT PRESSION POUR LIBERER LES 3 PERSONNES QE VOUS MENTIONNEZ
C'EST CELA QUE LE LECTEUR VOUDRAIT SAVOIR ET C'EST LA RESPONSABILITE D'UN JOURNALISTE D'ENQUETER AVANT DE LE DIRE ET SURTOUT DE DIRE LES NOMS CAR CES ACCUSATIONS SANS FIN NI ENQUETE POURRISSENT L'ENSEMBLE DES PARTIES ET DES POLITICIENS

MERCI A L'OLJ OU A VOUS MADAME DE NOMMER LES NOMS DE CEUX QUI ONT FAIT PRESSION CAR NOTRE JUSTICE SE RIDICULISE UN EFOIS DE PLUS DANS CE TEXTE

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