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Éclairage

L’ombre des pays du Golfe plane au-dessus du régime soudanais

Un manifestant soudanais portant le drapeau national à Khartoum. Photo Reuters/Stringer

« L’expérience de la région nous a appris qu’une transition ordonnée et préservant l’État et ses institutions est le seul moyen d‘éviter des années de chaos et de déperdition. » Ces propos sont du ministre des Affaires étrangères émirati Anwar Gargash, l’un des hommes les plus influents de la région. Ils font suite à la violente répression menée par les militaires soudanais lundi dernier et ayant fait en trois jours 108 morts et plus de 500 blessés, selon un comité de médecins proche de la contestation. Le message est clair : aux yeux d’Abou Dhabi, qui voit d’un mauvais œil les agitations populaires et les aspirations démocratiques dans la région, la stabilité doit prévaloir sur la liberté.

L’ombre de l’axe prosaoudien, qui comprend principalement Riyad, Abou Dhabi et Le Caire, plane au-dessus de la répression soudanaise. Le général soudanais Abdel Fattah el-Burhane, au pouvoir depuis le 12 avril dernier, s’est rendu fin mai au Caire et à Abou Dhabi afin de rencontrer les dirigeants égyptiens et émiratis, traditionnellement alliés du Soudan. « Cette visite avait un double objectif : d’une part, un objectif diplomatique à savoir s’assurer du soutien politique et international, et d’autre part, un objectif pratique à savoir consulter les intéressés sur les modalités de contrer les sit-in et autres manifestations populaires que ces régimes ont connus et ont su gérer dans le passé », explique à L’Orient-Le Jour Mathieu Guidère, spécialiste de géopolitique et d’histoire du Moyen-Orient. L’homme fort du moment au sein du régime soudanais, Mohammad Hamdan Daglo, est considéré aussi comme un proche des Saoudiens et des Émiratis.

Ces relations ont, selon l’avis de nombreux experts, probablement encouragé les militaires soudanais à accentuer la répression contre les manifestants. « Il y a une dimension psychologique non négligeable dans cette action : se rassurer sur la légitimité de l’action du Conseil militaire. »

Lors des sit-in organisés depuis avril devant le siège de l’armée à Khartoum, les manifestants s’en sont pris aux pays du Golfe et à l’Égypte, alliés aux militaires. Ils ont ainsi adressé des slogans à Riyad, tel que « Non à l’aide saoudienne ».



(Lire aussi : Les Emirats arabes unis inquiets pour la "stabilité" du Soudan)



« Le royaume craint une influence du Qatar »
Les liens entre le Soudan et les pays du Golfe ne sont pas nouveaux. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou même le Qatar entretiennent de très bonnes relations avec Khartoum depuis le début de la présidence de l’ancien chef de l’État Omar al-Bachir, récemment renversé. Durant les dernières années de son mandat, le Soudan s’est fortement rapproché des pays du Golfe, rompant ainsi ses relations diplomatiques avec l’Iran. Fort de ces alliances, le Soudan s’est également engagé au Yémen depuis 2015 où il combat aux côtés de l’Arabie saoudite, entre autres, contre les rebelles houthis.

Le départ forcé de Omar al-Bachir, le 11 avril dernier, semble avoir accentué l’influence de l’axe pro-saoudien au Soudan. Dès la prise de pouvoir par le général Abdel Fattah el-Burhane, le 12 avril, Riyad et Abou Dhabi se sont empressés de lui apporter leur soutien. Plusieurs raisons peuvent expliquer le maintien de ces alliances. Les pays du Golfe tiennent avant tout à assurer la stabilité de la région. Selon Sébastien Boussois, spécialiste des pays du Golfe arabo-persique et auteur de Pays du Golfe, les dessous d’une crise mondiale, interrogé par L’Orient-Le Jour, ces pays « ne veulent pas de mouvements démocratiques, jihadistes ou rebelles qui puissent déstabiliser la région ». L’intervention de l’Arabie saoudite lui permet également de contrer une possible influence du Qatar, tant redoutée par Riyad, selon Sébastien Boussois : « Le royaume craint une influence du Qatar et d’autres pays qui pourraient porter des courants islamistes ou fréristes (Frères musulmans), dont Doha s’est largement éloigné depuis la fin des printemps dits arabes. » Depuis la chute de Omar al-Bachir, le pays semble s’être distancé du Qatar au profit de son rival saoudien. Ces raisons peuvent expliquer le soutien actuel des pays du Golfe au pouvoir militaire en place. Les autorités religieuses de ces pays préfèrent voir un homme fort au pouvoir. « Les ulémas et les muftis de ces régimes insistent sur le fait qu’il vaut mieux un tyran que l’anarchie et la sédition et optent pour le maintien du statu quo pour éviter la guerre civile », explique Mathieu Guidère.

Pour maintenir la stabilité au Soudan, les pays du Golfe n’ont pas hésité à envoyer des sommes d’argent importantes sous la forme d’aides humanitaires. Fin avril, plus de 3 milliards de dollars ont été versés par l’Arabie et les Émirats au Soudan pour « financer les achats du peuple soudanais en produits alimentaires, en médicaments et en produits pétroliers », selon l’agence de presse officielle saoudienne (SPA).

Cette aide apportée au Soudan peut être un moyen pour les pays du Golfe et l’Égypte de conserver un allié important dans la guerre au Yémen. Malgré le départ de Omar al-Bachir, le Soudan a maintenu ses troupes dans ce pays, alors même que leur retrait constitue une des revendications majeures des manifestants soudanais. Ces derniers estiment que cette guerre coûteuse ne doit pas être une priorité pour le Soudan.

Les manifestants soudanais s’opposent plus généralement à l’ingérence des pays du Golfe dans les affaires de leur pays. Ils y voient un moyen de freiner leurs aspirations au pouvoir. « Il y a une impression de déjà-vu chez les Soudanais qui savent que les pays du Golfe ne soutiennent pas le changement. Il y a aussi le précédent du voisin égyptien, qui a vu sa révolution de 2011 transformée en régime militaire », explique Mathieu Guidère.



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N,OUBLIONS PAS QUE LE SUDAN EST ENGAGE AUPRES DES PAYS DU GOLFE AU YEMEN.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 53, le 07 juin 2019

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Commentaires (1)

  • N,OUBLIONS PAS QUE LE SUDAN EST ENGAGE AUPRES DES PAYS DU GOLFE AU YEMEN.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 53, le 07 juin 2019