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Culture - Entretien

Mona Tarazi : On fait faire à la marionnette ce qu’on n’ose pas faire soi-même

La marionnettiste présente avec la jeune Caline Khoury un spectacle intitulé « La plante miraculeuse » ce samedi et ce dimanche au théâtre Monnot. Un enchantement pour les tout jeunes et pour ceux qui n’ont pas perdu leur âme d’enfant.

Mona Tarazi, Caline Khoury et les marionnettes de « La plante miraculeuse ». DR

« La plante miraculeuse » est-elle un retour à vos premières amours, vous qui avez baigné dès l’âge de six ans dans cet univers magique ?

Très jeune, j’allais au stade de Chayla assister aux spectacles de marionnettes de René Tarabo. Cela me faisait rêver et je m’étais promis de pénétrer ce monde-là un jour. La vie réserve souvent d’autres surprises et même si je ne suis pas parvenue pendant de longues années à monter mon propre spectacle, l’idée ne m’a jamais quittée. Dans les années 80, j’avais monté ma propre troupe formée de six personnes. Elle portait le nom de Al-3asryé (l’heure du goûter). Et puis récemment, une commande m’avait été faite en décembre dernier par le Child & Mother Welfare Society. C’était une occasion de mettre le pied à l’étrier. J’avais déjà des marionnettes à moitié prêtes que j’ai adaptées au spectacle. Je reprends donc aujourd’hui la même performance après l’avoir peaufinée. J’ai réalisé que l’émerveillement est demeuré intact et c’est cet enchantement que je compte transmettre à d’autres enfants.

De quoi parle ce spectacle et quelles marionnettes utilisez-vous pour traiter ce sujet ?

Dans ce spectacle, il s’agit d’amitié, une valeur qu’on a tendance à oublier de nos jours, puisque chacun se satisfait et se complaît dans sa solitude. L’amitié, c’est lorsqu’on donne et qu’on ne s’attend pas à recevoir. On finit toujours par être récompensé au moment où l’on s’attend le moins. Il n’y a pas de technique propre dans l’art de la marionnette. Il y a des bases dans cet art mais on adapte chaque marionnette au rôle qu’on veut lui prêter. J’ai utilisé pour cette performance une technique que j’ai apprise à Cannes. Ce sont des marionnettes de table. Elles se nomment ainsi parce que leur scène est une table. Leurs têtes sont manipulées par une manette dans le dos. Ainsi, elles peuvent bouger la tête et marcher. Dans ce spectacle, il y a quatre marionnettes et un poisson.

Retour sur votre passé de marionnettiste et comment vivez-vous aujourd’hui votre rêve d’enfant ?

Lorsque j’ai fondé Al-3asryé (l’heure du goûter), le Liban grouillait de troupes avec des spectacles toujours adressés aux enfants. Puis la vie m’a menée ailleurs. Ce n’est que récemment, dans cette dernière décennie, que j’ai décidé de me consacrer à ma passion. En participant d’abord à une biennale puis à des stages à Cannes avec la compagnie Arkétal et enfin au Festival de Charleville qui m’attire tous les deux ans. C’est là où j’ai réalisé que la marionnette avait bien évolué et pouvait traiter de tous les sujets, même adultes. J’ai réalisé aussi que l’enchantement de mon enfance était encore vif. Au Liban, j’ai monté des spectacles pour Acsauvel, et en 2016, à l’initiative de Nadim Tarazi, j’ai fait partie du festival culturel itinérant parrainé par Cobiac (Association de coopération internationale pour le développement des bibliothèques). Mes marionnettes sont devenues nombreuses (à peu près une vingtaine). Je passe mon temps à en construire, même si je n’ai pas de spectacle en vue. En les construisant, je leur parle et les punis si elles me désobéissent. C’est dans ce dialogue qui s’instaure entre nous que je leur souffle leur âme et qu’elles deviennent vivantes. Cette étape de création est la plus importante. Plus importante encore que le spectacle en soi.

Qu’est-ce qui vous attire le plus dans l’art de la marionnette ? Et qu’est-ce qui le différencie de celui du théâtre ?

Du point de vue pédagogique, la marionnette est une projection de soi ou une substitution. Tu fais faire à la marionnette ce que tu n’oses pas faire toi-même. C’est pourquoi à ses débuts, cet art était une manière de critiquer la politique ou la société. On se substituait à sa marionnette. Mais elle est aussi une projection de soi puisque le marionnettiste crée lui-même tout le spectacle. Outre les personnages, il assure le choix de la musique et les décors. Aussi, a-t-il plus de liberté que dans le théâtre. Il peut s’exprimer au public avec les images qu’il a conçues. Sur scène, il est plus facile à l’acteur de communiquer son émotion puisqu’il s’agit de faire passer un message oral. Pour la marionnette, le visuel est très important. Ce qui me séduit dans cet art-là, c’est que je transmets à des personnages inanimés une émotion qu’ils transmettront à leur tour au public. C’est un défi. Et j’aime le relever.

« La plante miraculeuse » est-elle un retour à vos premières amours, vous qui avez baigné dès l’âge de six ans dans cet univers magique ? Très jeune, j’allais au stade de Chayla assister aux spectacles de marionnettes de René Tarabo. Cela me faisait rêver et je m’étais promis de pénétrer ce monde-là un jour. La vie réserve souvent d’autres surprises et même si je...
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