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Syrie

Dans le Nord syrien, des déplacés vivent leur premier ramadan de sans-abris

Plus de 200.000 personnes ont fui les zones de bombardements et de combats ces dernières semaines dans le sud d'Idleb et le nord de la province voisine de Hama, selon l'ONU.

Mona Mteir et ses enfants sous une tente à Atmé, au nord de la Syrie, près de la frontière turque, le 23 mai 2019. AFP / Nazeer Al-khatib

Devant sa tente, Mona Mteir prépare un repas frugal de pommes de terre et de concombres pour la rupture du jeûne musulman de ramadan, le premier qu'elle et sa famille vivent comme sans-abris, après avoir fui les bombardements dans le nord syrien. Durant le ramadan, les musulmans partagent un repas familial après le coucher du soleil, pour rompre le jeûne qui s'étend de l'aube au crépuscule. Mais cette année, la famille Mteir n'a pas pu célébrer ce mois sacré comme de coutume.

Avec l'intensification fin avril des frappes du régime syrien, soutenu par Moscou, contre le dernier grand bastion jihadiste d'Idleb (nord-ouest) et ses environs, la famille Mteir a dû fuir le village d'al-Houmeirat, dans la province de Hama (nord-ouest). Comme d'autres déplacés, cette famille qui dit compter 14 enfants, s'est installée dans une oliveraie près de la frontière turque, dans la région d'Atmé. "Les journées sont longues et dures", déplore Mme Mteir, vêtue d'une longue robe rouge et noire et coiffée d'un foulard assorti. "Nous passons le ramadan ici à contrecœur", ajoute cette mère de 31 ans, devant ses enfants, pieds nus, qui attendent le repas sous une bâche en tissu suspendue à un tronc d'arbre.

Plus de 200.000 personnes ont fui les zones de bombardements et de combats ces dernières semaines dans le sud d'Idleb et le nord de la province voisine de Hama, selon l'ONU. Plus du tiers vit sans-abris faute de place dans les camps formels proches de la frontière turque, où s'entassent déjà des dizaines de milliers de personnes déplacées par les violences dans d'autres ex-fiefs rebelles en huit ans de guerre.



(Lire aussi : Un ramadan frugal pour des Syriens)



"Moins de pommes de terre"
Assise en tailleur sous sa tente, Mme Mteir épluche une pomme de terre. "J'ai cuisiné un peu moins de pommes de terre aujourd'hui", faute de moyens, déplore-t-elle, avant de remplir une assiette de frites et de couper des concombres. Cette nouvelle vie dans une oliveraie contraste fortement avec les mois de ramadan fastes dans son village, déplore la jeune mère. Rejoignant ses enfants et son mari aux pieds d'une vigne pour partager le repas de rupture du jeûne, elle continue d'évoquer sa vie passée: "Il y avait beaucoup d'eau et d'électricité. C'était une belle vie. Regardez ce que nous sommes devenus".

Si certaines associations caritatives offrent des repas composés de riz et de poulet à ces nouveaux déplacés, Mme Mteir affirme n'avoir rien reçu depuis quatre jours. "Notre vie est devenue chaleur et poussière", résume-t-elle.

Autour, d'autres familles ont étendu des draps ou des bâches en plastique entre les arbres. Sur un terrain vague, une chèvre cherche de la nourriture, alors qu'une femme étend son linge propre sur une corde.



(Lire aussi : Le régime syrien poursuit sa politique de la terre brûlée à Idleb)



Pas de vêtements pour le Fitr
Comme la famille Mteir, Hussein al-Nahar, sa femme et leurs six enfants passent également leur premier ramadan sans-abris dans les champs d'Atmé. Ils s'y sont installés après avoir fui, il y a plus de deux semaines, les bombardements du régime sur leur village de Kafr Nabuda, dans le nord de Hama. "Quel doit être le sentiment d'une personne quand elle est contrainte de fuir son foyer en plein ramadan?", s'interroge cet agriculteur de 42 ans. "C'est tellement tragique. Nous n'avons plus rien".

Entourée de ses enfants, sa femme Rihab caresse la tête d'un de ses fils, allongé sur ses genoux. Enceinte d'un septième enfant, cette mère de 30 ans déplore le manque de moyens pour célébrer la fête qui marque la fin du ramadan (la fête du Fitr). Les enfants reçoivent habituellement de nouveaux vêtements lors de cette fête. Mais cette année, la jeune mère, vêtue d'une longue robe grise et d'un foulard beige, ne pourra pas acheter d'habits. "Nous n'avons même pas assez de couvertures" pour dormir dehors, déplore-t-elle.

Au coucher du soleil, les huit membres de la famille se rassemblent autour d'une petite portion de poulet et de riz offerte par une association caritative et d'un plat de pommes de terre frites que Rihab a préparé. "Nous ne manquions de rien" durant les ramadan passés, déplore la mère de famille. Aujourd'hui, "nous attendons qu'un repas nous soit offert par une association, et parfois, nous n'en recevons aucun", poursuit-elle. La veille, c'était la disette: pas un seul ingrédient pour cuisiner, explique-t-elle. "Nous avions mangé du pain et bu du thé".



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